Le gouvernement britannique fait face à une crise budgétaire et politique au sein de son ministère de la Défense. Selon BFM Business, les dépenses militaires du Royaume-Uni accusent un retard de 28 milliards de livres sterling (soit 32,5 milliards d’euros) pour la période 2026-2030, selon des alertes relayées par des hauts responsables de l’armée.
Ce qu'il faut retenir
- Un déficit de 28 milliards de livres dans le budget de la Défense britannique d’ici 2030, selon des alertes internes rapportées par les médias.
- Les démissions surprises du 11 juin 2026 du ministre de la Défense John Healey et de son secrétaire d’État Al Carns, critiquant le manque de moyens alloués aux forces armées.
- Le Premier ministre Keir Starmer a nommé Dan Jarvis, ancien militaire, pour remplacer Healey, tout en promettant une hausse des dépenses militaires à 2,5 % du PIB dès 2027.
- Le plan d’investissement initial, attendu pour l’automne 2025, n’a toujours pas été publié, alors que le sommet de l’Otan se tiendra les 7 et 8 juillet 2026 en Turquie.
- Les priorités budgétaires font débat : les systèmes autonomes (drones) et les capacités traditionnelles (navires, chars) sont en concurrence pour l’attribution des fonds.
La démission du ministre John Healey, jeudi 11 juin 2026, a révélé un désaccord profond au sein du gouvernement travailliste sur la gestion des dépenses militaires. Dans une lettre publiée le jour même, il a accusé le Premier ministre Keir Starmer et la ministre des Finances Rachel Reeves de ne pas mobiliser les ressources nécessaires pour « défendre le pays en ces temps de menaces croissantes ». Selon les médias britanniques, 13 à 18 milliards de livres seulement seraient finalement ajoutés au budget sur quatre ans, mais ces fonds seraient « concentrés sur la fin de la période », alors que les besoins sont immédiats.
La Revue de défense stratégique, publiée en 2025, avait pourtant fait de la préparation des forces armées une priorité absolue. Elle préconisait notamment le développement de capacités « prêtes au combat », en réponse aux retards industriels accumulés. Pourtant, des responsables militaires cités par le Times estiment que le futur plan d’investissement reste trop axé sur les équipements traditionnels — navires, chars, avions de combat — au détriment des technologies modernes comme les drones, jugées plus adaptées aux conflits actuels.
Le secrétaire d’État sortant, Al Carns, lui-même ancien militaire, a critiqué sur la BBC cette orientation, estimant que le plan se focalisait « sur la manière de mener une guerre du passé plutôt que la prochaine guerre ». Il a pointé l’insuffisance des financements pour les systèmes autonomes, alors que la Revue de défense stratégique en avait fait une priorité pour « tirer les leçons » de la guerre en Ukraine. Pourtant, le ministère de la Défense prévoit de doubler les moyens alloués à ces systèmes d’ici 2029, passant à 4 milliards de livres, avec seulement 450 millions de livres investis depuis juillet 2024.
Les tensions budgétaires surviennent dans un contexte de pressions internationales. Le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, a mis en garde contre une « tendance » à retarder les investissements militaires, selon les propos rapportés par l’AFP et commentés par Fenella McGerty, chercheuse à l’Institut international pour les études stratégiques (IISS). Le président américain Donald Trump a également exhorté à plusieurs reprises ses alliés à augmenter leurs dépenses militaires, alors que le Royaume-Uni s’est engagé à porter son budget à 2,5 % du PIB en 2027, puis à 3 % après 2029 et 3,5 % en 2035.
Cette situation met en lumière les défis structurels du Royaume-Uni, où des années de sous-investissement et de retards industriels ont fragilisé les capacités opérationnelles. Selon Nick Reynolds, analyste au cercle de réflexion Rusi, « l’armée de terre et la Royal Navy ont besoin d’être remises à niveau avant même d’envisager leur modernisation ». Il souligne que le Royaume-Uni n’a pu mobiliser qu’un seul navire de guerre en Méditerranée lors du récent conflit en Iran, illustrant les limites actuelles. Cette faiblesse s’explique en partie par une tendance historique à privilégier des équipements « de plus en plus sophistiqués, longs et chers à produire », au détriment de la quantité et de la disponibilité immédiate, explique Jamie Gaskarth, chercheur à Chatham House.
Le gouvernement travailliste, conscient des enjeux, tente de concilier ambitions stratégiques et contraintes budgétaires. Dans un discours récent, Keir Starmer a estimé que « la Russie pourrait attaquer un pays de l’Otan dès 2030 », soulignant la nécessité d’agir rapidement. Londres dénonce également les risques de guerre hybride, combinant cyberattaques et désinformation, émanant de Moscou comme de Pékin. Pourtant, malgré ces alertes, les arbitrages restent difficiles. Les fonds supplémentaires, estimés entre 13 et 18 milliards de livres sur quatre ans, seraient en grande partie alloués en fin de période, alors que les besoins immédiats concernent notamment la maintenance des équipements existants et le recrutement.
Parallèlement, le gouvernement devra clarifier ses priorités entre modernisation rapide et maintien des capacités existantes. Les experts s’interrogent sur la capacité du Royaume-Uni à combler son retard en matière de systèmes autonomes, alors que les conflits contemporains, comme en Ukraine, ont démontré leur importance croissante. Reste à voir si les promesses de hausse des dépenses se traduiront par des engagements budgétaires concrets et immédiats.
Ce déficit résulte d’années de sous-investissement et de retards industriels, aggravés par des années de restrictions budgétaires. Les alertes des hauts responsables militaires, relayées par les médias, soulignent que les fonds prévus pour 2026-2030 sont insuffisants pour couvrir les besoins immédiats, notamment en matière de maintenance et de modernisation des équipements traditionnels, mais aussi en investissements dans les technologies modernes comme les drones.
Le gouvernement s’est engagé à porter les dépenses militaires à 2,5 % du PIB dès 2027, puis à 3 % après 2029 et 3,5 % en 2035. La Revue de défense stratégique de 2025 a défini comme priorité absolue le développement de capacités « prêtes au combat », avec un accent sur les systèmes autonomes (drones) et la modernisation des forces terrestres et navales. Cependant, les arbitrages budgétaires actuels laissent planer un doute sur la rapidité de ces investissements.