Un texte écologiste visant à limiter l'exposition au cadmium, un métal lourd classé cancérigène, sera examiné à l'Assemblée nationale début juin. Cette initiative, portée par les députés Benoît Biteau et Clémentine Autain, intervient alors que les autorités sanitaires alertent depuis des mois sur les risques liés à cette contamination, principalement d'origine alimentaire. Selon Franceinfo - Santé, l'examen de cette proposition de loi est prévu la semaine du 1er juin, dans le cadre des initiatives transpartisanes, après accord des groupes politiques.
Ce qu'il faut retenir
- L'alimentation représente la première source d'exposition au cadmium en France, avec 47,6 % de la population adulte dépassant les valeurs toxicologiques de référence, selon l'Anses.
- Une proposition de loi écologiste propose de réduire la teneur maximale en cadmium des engrais phosphatés à 40 mg/kg dès 2027, puis 20 mg/kg en 2030.
- Des dépistages remboursés du cadmium seront proposés dès cet été pour les populations exposées, sur prescription médicale.
- Les engrais phosphatés contribuent à 50 à 70 % de la quantité de cadmium entrant dans les sols, selon l'Inrae.
Une urgence sanitaire reconnue
L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses) a publié en mars une étude révélant que près de la moitié des adultes français dépassent les seuils d'exposition au cadmium considérés comme sûrs. « Le cadmium touche une grande diversité de denrées, notamment les produits céréaliers, les pommes de terre et les légumes racinaires comme les carottes ou les navets », ont expliqué Karine Tack, cheffe de l'unité d'évaluation des risques liés aux aliments, et Yann Le Bodo, coordinateur du rapport de l'Anses. Ce métal lourd, naturellement présent dans les sols, est aussi issu des pratiques industrielles et agricoles, en particulier l'utilisation d'engrais phosphatés.
Face à cette situation, la Confédération paysanne a qualifié la situation d'« urgence sanitaire ». « Arrivez à 20 mg/kg, c'est largement faisable. Il n'y a pas de raison d'attendre », a estimé Stéphane Galais, porte-parole du syndicat. De son côté, la FNSEA, premier syndicat agricole français, a confirmé que les fournisseurs d'engrais phosphatés, principalement situés au Maroc, étaient en mesure de produire des engrais contenant moins de cadmium à des prix abordables.
Un texte porté par des députés écologistes
La proposition de loi, défendue par Clémentine Autain et Benoît Biteau, s'appuie sur les recommandations de l'Anses. Elle vise à réduire la teneur maximale en cadmium autorisée dans les engrais phosphatés, passant de 60 mg/kg en 2027 (selon le gouvernement) à 40 mg/kg, puis à 20 mg/kg dès 2030. Ce calendrier est plus ambitieux que celui envisagé par l'exécutif, qui prévoyait un abaissement progressif jusqu'en 2038. « Cette inscription à l'ordre du jour marque une étape décisive : elle ouvre enfin la voie au débat parlementaire sur un enjeu de santé publique majeur, trop longtemps repoussé », a souligné le groupe écologiste dans un communiqué.
Clémentine Autain s'est félicitée sur le réseau social X : « Victoire ! La mobilisation paie ! Les autorités sanitaires ne cessent d'alerter sur les risques de cancer liés à une imprégnation préoccupante de la population, dès l'enfance et tout au long de la vie. » Léa Balage El Mariky, porte-parole du groupe Écologiste et social, a salué une « victoire pour les écologistes, la société civile, mais aussi les médecins qui alertent depuis de nombreux mois ».
Des dépistages remboursés dès cet été
Pour mieux évaluer l'exposition des Français, des dépistages du cadmium seront mis en place et remboursés dès cet été. Ces analyses, réalisées en laboratoire de ville, concerneront en priorité les populations exposées en raison de leur lieu de résidence. D'autres critères pourront être pris en compte par les médecins, comme des problèmes rénaux ou osseux. « Ce sera au médecin de juger, face à un problème rénal ou osseux par exemple, de la nécessité de ces analyses », a précisé le ministère de la Santé à l'AFP. L'objectif est de cibler les personnes les plus à risque et d'adapter les mesures de prévention en conséquence.
Les légumes et les céréales constituent les principales sources alimentaires de cadmium, mais d'autres denrées peuvent aussi être contaminées. L'Anses recommande de varier son alimentation pour limiter l'exposition. « Les légumes qui poussent dans le sol, notamment les légumes racinaires (carottes, navets, radis...), peuvent être plus concernés que d'autres aliments », ont indiqué les experts de l'agence sanitaire. Selon l'Anses, l'alimentation représente la première source d'exposition au cadmium en France, devant l'eau ou l'air.
Les engrais phosphatés, principale source de pollution des sols
Les engrais phosphatés contribuent à 50 à 70 % de la quantité de cadmium entrant chaque année dans les sols en France, selon Thibault Sterckeman, ingénieur agronome à l'Inrae. Cependant, cette quantité ne représente que 0,1 % du stock total de cadmium présent dans les sols, qui provient majoritairement de sources anciennes, comme l'activité industrielle (mines, fonderies) ou géologique. Le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, par exemple, est particulièrement touché par cette pollution historique.
Pour l'Anses, la réduction de la teneur en cadmium des engrais minéraux phosphatés est le levier le plus efficace pour agir rapidement sur la contamination des sols. « Il faut réduire durablement la contamination des sols », a rappelé l'agence. La proposition de loi écologiste s'inscrit dans cette logique, en visant une réduction progressive des seuils autorisés, conformément aux recommandations sanitaires.
En attendant, les experts et les associations appellent à une prise de conscience collective sur les risques liés au cadmium. Les consommateurs peuvent déjà limiter leur exposition en diversifiant leur alimentation et en privilégiant des produits locaux ou issus de l'agriculture raisonnée. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si la France parviendra à concilier protection de la santé publique et réalités agricoles.
Les produits céréaliers, les pommes de terre et les légumes racinaires (carottes, navets, radis) sont les plus concernés, selon l'Anses. Les légumes cultivés dans des sols contaminés peuvent absorber davantage de cadmium.
Les dépistages seront ciblés sur les populations exposées en raison de leur lieu de résidence. D'autres critères, comme des problèmes rénaux ou osseux, pourront être pris en compte par les médecins. Les analyses seront réalisées en laboratoire de ville et remboursées dès cet été.