Plusieurs assistants de politiciens américains ont révélé à NPR, relayé par Cryptoast, avoir utilisé leur position pour parier sur des marchés prédictifs, générant des milliers de dollars de profits. Ces pratiques, bien qu’interdites, se sont répandues au sein des équipes de campagne, exploitant des données non encore publiques pour anticiper l’évolution des sondages ou des événements politiques.
Ce qu'il faut retenir
- Des collaborateurs de campagnes politiques ont parié sur des marchés prédictifs en exploitant des informations internes, malgré l’interdiction officielle.
- Plusieurs milliers de dollars de gains ont été réalisés grâce à ces paris, selon les témoignages recueillis par NPR.
- Un cadre réglementaire encore flou aux États-Unis, avec des États locaux interdisant ces pratiques et la CFTC favorable à leur développement.
- Le PREDICT Act, introduit en mars 2026, vise à sanctionner les élus et leurs proches, mais exclut les collaborateurs de campagne.
- La lutte contre les délits d’initiés reste complexe, notamment en raison des transmissions d’informations à des tiers.
Des paris biaisés grâce à des données internes
Un assistant anonyme a confié à NPR, comme le rapporte Cryptoast, avoir régulièrement parié sur des marchés prédictifs pendant des campagnes électorales. « Vous disposez de toutes ces informations et connaissances qui ne sont pas encore publiques. Ce serait presque stupide de ne pas le faire et parier dessus avant qu’elles le deviennent », a-t-il déclaré. Ces pratiques lui ont permis de réaliser des gains substantiels en anticipant la publication de sondages ou d’événements politiques majeurs.
Un autre collaborateur, ayant travaillé au début des années 2020, confirme que ces méthodes étaient alors courantes. À l’époque, les plateformes comme Polymarket opéraient dans un cadre légal encore flou, avec des contrôles moins stricts. Les plateformes de marchés prédictifs, souvent décentralisées, permettent aux utilisateurs de miser sur l’issue d’événements futurs, allant des élections aux résultats sportifs.
Un cadre réglementaire en pleine mutation
Alors que les marchés prédictifs sont devenus l’un des principaux narratifs de l’année 2026, leur régulation suscite des tensions aux États-Unis. Plusieurs États ont déjà interdit leur utilisation, tandis que la CFTC (Commodity Futures Trading Commission) se montre favorable à leur expansion. Les tribunaux n’ont pas encore tranché clairement sur leur légalité, créant une zone grise propice aux abus.
Au début du mois de mai 2026, le Sénat américain a adopté une loi interdisant aux sénateurs et à leurs collaborateurs d’utiliser ces plateformes. D’autres textes sont en cours d’élaboration, comme le PREDICT Act, introduit en mars 2026. Ce projet de loi prévoit des sanctions civiles équivalant à 10 % de la valeur des transactions réalisées, assorties du remboursement intégral des bénéfices au Trésor. Il étend également les interdictions aux conjoints et enfants à charge des élus.
Les limites d’une régulation encore incomplète
Malgré ces avancées, les nouvelles dispositions ne couvrent pas les collaborateurs de campagne, qui restent en première ligne pour manipuler ces marchés. « Les informations privilégiées peuvent être transmises à des tiers », souligne un expert interrogé par NPR. La lutte contre les délits d’initiés sur les marchés prédictifs s’avère donc particulièrement ardue, d’autant que les maillons de la chaîne politique sont nombreux.
Les risques de conflits d’intérêts persistent, notamment lorsque des données sensibles sont partagées au sein des équipes de campagne. Les régulateurs peinent à encadrer ces pratiques, faute de pouvoir identifier tous les intermédiaires potentiels. « Il est très difficile d’interdire l’accès à tous les maillons de la chaîne », a rappelé un analyste spécialisé dans la régulation des cryptomonnaies.
Reste à savoir si ces réformes parviendront à endiguer les pratiques abusives, alors que l’engouement pour les paris prédictifs ne cesse de croître. Les prochains mois seront déterminants pour observer l’impact de ces nouvelles règles sur le marché.
Comprendre les marchés prédictifs
Les marchés prédictifs, ou prediction markets, sont des plateformes où les utilisateurs peuvent parier sur l’issue d’événements futurs, qu’ils soient politiques, économiques ou sportifs. Ces marchés fonctionnent souvent de manière décentralisée, via des technologies blockchain, ce qui leur confère une transparence relative mais aussi une difficulté accrue pour les régulateurs.
Parmi les plateformes les plus connues, Polymarket s’est imposée comme un acteur majeur, attirant à la fois des investisseurs et des utilisateurs cherchant à spéculer sur des événements géopolitiques ou électoraux. Leur popularité a explosé en 2026, malgré les controverses entourant leur utilisation à des fins spéculatives ou manipulatoires.
Le PREDICT Act, introduit en mars 2026, prévoit des sanctions civiles équivalant à 10 % de la valeur des transactions réalisées illégalement, ainsi que le remboursement intégral des bénéfices au Trésor. Ces mesures s’appliquent aux élus, à leurs conjoints et à leurs enfants à charge, mais pas aux collaborateurs de campagne.
Les marchés prédictifs sont critiqués pour leur potentiel de manipulation, notamment lorsque des « insiders » — personnes détenant des informations privilégiées — les utilisent pour parier avant que ces données ne soient rendues publiques. Leur cadre réglementaire flou aux États-Unis ajoute à ces inquiétudes, avec des tensions entre les États locaux, favorables à l’interdiction, et la CFTC, qui soutient leur développement.