Dans le nord du Chili, où transitent chaque année des milliers de migrants en provenance principalement du Venezuela, d’Haïti ou de Colombie, les autorités locales ont récemment creusé des tranchées dans l’espoir de limiter les flux migratoires irréguliers. Pourtant, ces dispositifs, ordonnés par le président d’extrême droite José Antonio Kast, peinent à remplir leur objectif. « Les bandes criminelles observent déjà le dispositif pour voir comment le détourner », a expliqué à Le Monde un responsable de la police des frontières chilienne, sous couvert d’anonymat. Une situation qui illustre les limites des mesures symboliques face à un phénomène migratoire structurel.
Ce qu'il faut retenir
- Des tranchées ont été creusées dans le nord du Chili sur ordre du président José Antonio Kast pour tenter de limiter les entrées migratoires irrégulières.
- Ces dispositifs, situés près de la frontière avec la Bolivie, sont déjà observés par des groupes criminels cherchant à les contourner.
- Les migrants continuent d’entrer irrégulièrement, malgré la présence de ces obstacles.
- Les autorités reconnaissent l’inefficacité partielle de ces mesures, jugées insuffisantes pour endiguer le phénomène.
Un dispositif censé dissuader, mais rapidement contourné
Les quelques kilomètres de tranchées, creusées à proximité des villes frontalières comme Arica ou Iquique, devaient servir de barrière physique pour ralentir l’afflux de migrants. Pourtant, selon les observateurs locaux, leur efficacité reste très limitée. « Les passeurs connaissent déjà ces dispositifs », précise un agent de la police chilienne cité par Le Monde. « Ils adaptent leurs routes en fonction des obstacles, et les migrants, souvent désespérés, trouvent toujours un moyen de passer. » Autant dire que ces tranchées, bien que visibles, ne constituent pas un frein sérieux à l’immigration irrégulière.
Les autorités chiliennes, elles, minimisent l’ampleur du problème. Le gouvernement de José Antonio Kast, arrivé au pouvoir en 2022, mise sur une politique migratoire restrictive, mais les résultats concrets peinent à se faire sentir. Les chiffres officiels indiquent que près de 50 000 entrées irrégulières ont été recensées en 2025 dans la région, un chiffre en légère baisse par rapport aux années précédentes, mais qui reste élevé.
Une frontière poreuse, malgré les discours
Le nord du Chili, avec ses 1 800 kilomètres de frontière avec la Bolivie et le Pérou, est un point de passage traditionnel pour les migrants sud-américains en quête d’une vie meilleure. Les autorités locales estiment que plus de 200 000 personnes ont traversé illégalement cette zone au cours des cinq dernières années. Malgré les promesses du gouvernement Kast de « rétablir l’ordre », la réalité sur le terrain reste complexe. Les migrants utilisent des routes secondaires, traversent de nuit ou s’appuient sur des réseaux de passeurs pour éviter les contrôles.
Un représentant d’une ONG locale, qui souhaite rester anonyme, a confié à Le Monde que « les tranchées sont plus un symbole politique qu’une solution réelle ». « Le gouvernement veut montrer qu’il agit, mais ces mesures ne résolvent pas le problème de fond, à savoir l’absence de politiques d’accueil dignes de ce nom. » Une critique récurrente adressée à l’exécutif chilien, souvent accusé de privilégier la fermeté à l’humanitaire.
Dans l’immédiat, les migrants continuent d’affluer, certains prêts à tout pour échapper à la pauvreté ou à l’insécurité dans leur pays d’origine. Les tranchées, elles, restent en place – mais leur utilité réelle reste à prouver.
Ces tranchées, ordonnées par le président José Antonio Kast, visent officiellement à limiter les entrées migratoires irrégulières en créant un obstacle physique. Selon le gouvernement chilien, cette mesure s’inscrit dans une politique de « contrôle renforcé » des frontières, alors que le pays fait face à une hausse des flux migratoires depuis plusieurs années.