Quatorze des vingt-sept États membres de l'Union européenne ont critiqué la réouverture du pavillon russe à la Biennale de Venise, selon Euronews FR. Lors d'une réunion des ministres de la Culture à Bruxelles mardi, une majorité des participants a exprimé son opposition à la participation de la Russie, jugeant que cette présence instrumentalise les institutions culturelles.
Ce qu'il faut retenir
- Quatorze pays de l'UE ont dénoncé la réouverture du pavillon russe à la Biennale de Venise, selon des diplomates présents lors de la réunion.
- La Commission européenne a gelé une subvention de 2 millions d'euros à la Fondation de la Biennale pour cette participation.
- La ministre lettone de la Culture, Agnese Lāce, a appelé à empêcher « l'instrumentalisation des institutions culturelles par la Russie ».
- La Fondation de la Biennale défend sa position, affirmant que l'événement doit rester un « lieu de dialogue et de liberté artistique ».
- La Russie a participé à la Biennale en 2019, puis s'est retirée en 2022 avant de prêter son pavillon à la Bolivie en 2024.
Une réunion tendue entre ministres européens
Une majorité des ministres de la Culture de l'UE ont vivement critiqué la réouverture du pavillon russe à la Biennale de Venise lors de leur réunion à Bruxelles, mardi 13 mai 2026. Selon des diplomates interrogés par Euronews FR, quatorze États membres se sont opposés à cette participation, jugée contraire aux valeurs européennes. La question a été portée par la ministre lettone de la Culture, Agnese Lāce, qui a dénoncé « l'instrumentalisation des institutions culturelles par la Russie ».
Plusieurs pays, dont la Belgique, l'Espagne et la Pologne, ont réaffirmé que la culture ne saurait servir à « blanchir » la guerre d'agression russe en Ukraine. Ils ont également insisté sur la nécessité d'éviter tout contournement des sanctions contre les individus russes impliqués dans l'exposition. La Commission européenne et la présidence tournante chypriote de l'UE ont appelé à la suspension immédiate du financement européen de la Biennale et à la réaffectation de ces fonds à la reconstruction de l'Ukraine.
Bruxelles dénonce une « plateforme de propagande »
La Commission européenne a fermement condamné la décision de la Biennale d'autoriser la Russie à participer. Dans un communiqué, elle a rappelé que la culture « ne devrait jamais être utilisée comme une plateforme de propagande » et a averti que le pavillon russe pourrait devenir « une tribune pour les individus ayant activement soutenu ou justifié l'agression contre l'Ukraine ». Depuis avril, Bruxelles a engagé une procédure de réduction des subventions, notifiant à la Biennale une violation des conditions de son financement européen. Si la situation n'est pas corrigée, la subvention pourrait être suspendue ou résiliée.
La Fondation de la Biennale a répondu qu'elle ne pouvait exclure un État reconnu par l'Italie, rappelant que tout pays participant doit respecter les règles de l'événement. Elle a insisté sur le caractère « apolitique » de l'exposition, affirmant que la Biennale devait rester « un lieu de dialogue, d'ouverture et de liberté artistique ». Pourtant, cette position a été vivement contestée par une partie des États membres, qui y voient une contradiction avec les principes fondamentaux de l'Union.
Des divisions au sein du gouvernement italien
La participation de la Russie à la Biennale de Venise 2026 a provoqué des tensions au sein du gouvernement italien. Le ministre de la Culture, Alessandro Giuli, a boycotté la cérémonie d'ouverture, tandis que le vice-premier ministre Matteo Salvini a défendu la « liberté de l'art » en se rendant au pavillon russe. Cette division illustre les clivages au sein de la coalition gouvernementale italienne sur la question de l'art et de la géopolitique.
L'édition 2026 de la Biennale a été marquée par des protestations dès son ouverture. Les collectifs dissidents russes Pussy Riot et ukrainiens Femen ont manifesté dans les allées de l'exposition, seins nus et cagoulés, brandissant des slogans contre Vladimir Poutine. Ces actions ont mis en lumière l'atmosphère tendue qui entoure l'événement cette année, d'autant que le jury international a démissionné collectivement après avoir été critiqué pour sa décision d'exclure des prix les pays dont les dirigeants sont visés par des mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale.
Un pavillon russe à l'histoire récente mouvementée
La Russie a participé pour la dernière fois à la Biennale de Venise en 2019. En 2022, les artistes russes se sont retirés en signe de protestation contre l'invasion de l'Ukraine. En 2024, le pays n'a pas présenté de pavillon, préférant céder son espace à la Bolivie. En 2026, malgré les critiques et les pressions, la Russie a donc fait son retour dans la célèbre exposition internationale d'art contemporain.
Selon les règles de la Biennale, chaque État reconnu par l'Italie peut décider de participer ou non à chaque édition. Le pavillon russe, situé dans la zone d'exposition, est donc géré de manière autonome par les organisateurs locaux, sans contrôle direct de Moscou. Cette situation a alimenté les débats sur la neutralité de l'art et le rôle des institutions culturelles dans les conflits géopolitiques.
La question de la participation de la Russie à la Biennale de Venise soulève des enjeux plus larges : jusqu'où l'art peut-il rester neutre face aux conflits politiques ? Et comment concilier liberté artistique et responsabilité morale dans un contexte de guerre ? Autant de questions qui pourraient dominer les prochains débats sur la scène culturelle internationale.
Selon les règles de la Biennale, tout État reconnu par la République italienne peut demander à participer à l'exposition, et la Russie a choisi de le faire en 2026. La Fondation de la Biennale a expliqué ne pouvoir exclure un pays sans motif juridique, malgré les pressions politiques et les critiques venues de l'UE.
La suspension du financement de 2 millions d'euros affaiblirait financièrement la Biennale, qui dépend en partie des subventions européennes. La Fondation pourrait alors devoir réduire la portée de l'événement ou chercher des financements alternatifs. Une suspension prolongée pourrait également nuire à la réputation internationale de l'exposition.