D’après RFI, la société civile sénégalaise a pris position ce week-end contre la dérive autoritaire constatée au Tchad. Lors d’une conférence de presse organisée à Dakar le 17 mai 2026, plusieurs associations et collectifs ont appelé les soutiens internationaux du pouvoir tchadien à suspendre immédiatement leurs financements, en réaction à la condamnation récente de huit opposants politiques.
Parmi eux figurent des membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), condamnés à huit ans de prison ferme. Cette décision s’inscrit dans un contexte de durcissement politique au Tchad, marqué par l’incarcération prolongée de l’opposant Succès Masra, détenu depuis plus d’un an.
Ce qu'il faut retenir
- Huit opposants du GCAP ont été condamnés à 8 ans de prison ferme pour leurs activités politiques.
- Succès Masra, figure de l’opposition, est détenu depuis un an dans des conditions non précisées.
- La société civile sénégalaise a organisé une conférence de presse à Dakar pour alerter sur la situation au Tchad.
- Les militants appellent à la suspension des financements étrangers soutenant le régime tchadien.
- La mobilisation dépasse les frontières du Tchad et s’étend à la région ouest-africaine.
Une condamnation qui illustre la répression politique au Tchad
Les huit militants du GCAP, condamnés par la justice tchadienne, incarnent selon les observateurs une nouvelle vague de répression contre les voix dissidentes. Leur sentence de huit ans de prison ferme, prononcée récemment, a été qualifiée d’« excessive et disproportionnée » par plusieurs ONG locales et internationales. Leurs familles dénoncent des procès à huis clos, sans garantie d’un procès équitable.
Par ailleurs, la détention de Succès Masra, leader du parti Les Transformateurs, atteint désormais son premier anniversaire. Son incarcération, intervenue après des tensions post-électorales en 2025, avait déjà suscité des condamnations de la part de la communauté internationale. « La durée de sa détention interroge sur la volonté des autorités tchadiennes de respecter les droits fondamentaux », a souligné un représentant de la société civile dakaroise.
La société civile sénégalaise s’engage pour les droits humains
Réunis dans la capitale sénégalaise, une trentaine d’associations, syndicats et collectifs ont décidé de briser le silence. Leur conférence de presse, tenue dans un hôtel de Dakar, visait à alerter l’opinion publique africaine sur les dérives du régime tchadien. « Nous ne pouvons pas rester indifférents face à une telle répression », a déclaré Mame Boye Diao, porte-parole du Collectif des organisations de la société civile sénégalaise (COSC). « Les soutiens financiers extérieurs au régime de N’Djamena doivent être suspendus jusqu’à ce que des garanties démocratiques soient rétablies. »
Parmi les participants figuraient des représentants de l’Union des forces de changement (UFC) et du Parti socialiste (PS), qui ont insisté sur l’urgence d’une réaction régionale. « La stabilité de l’Afrique de l’Ouest dépend aussi du respect des droits humains dans chaque pays », a ajouté un militant présent sur place.
Un appel relayé par des acteurs internationaux
La mobilisation sénégalaise s’inscrit dans un mouvement plus large de condamnation de la situation au Tchad. Plusieurs organisations internationales, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont déjà documenté des cas de détentions arbitraires et de restrictions des libertés publiques. « Les partenaires financiers du Tchad doivent examiner leur coopération avec un régime qui emprisonne ses opposants », a rappelé un rapport publié en avril 2026 par ces ONG.
Du côté des capitales africaines, l’Union africaine (UA) n’a pas encore pris de position officielle, mais des diplomates confirment des discussions en cours. « La question est sur la table des instances régionales, mais aucune décision concrète n’a été annoncée pour l’instant », a indiqué une source proche du dossier.
La situation au Tchad reste donc sous haute surveillance, alors que les appels à la suspension des financements étrangers se multiplient. Reste à voir si cette pression diplomatique et citoyenne portera ses fruits dans les prochains mois.
Succès Masra est le leader du parti politique Les Transformateurs, principal opposant au régime tchadien. Il a été emprisonné après des tensions post-électorales en 2025, officiellement pour des accusations de trouble à l’ordre public et de menace à la sécurité nationale. Ses soutiens dénoncent un emprisonnement politique.