Le renforcement de la coopération judiciaire entre la France et l’Algérie s’est illustré lors de la visite de Gérald Darmanin en Algérie le 18 mai 2026, un déplacement marqué par des échanges bilatéraux avec le ministre de la Justice algérien, Lotfi Boudjemaa. Selon Courrier International, la lutte contre la criminalité organisée, et plus particulièrement le dossier de la « DZ Mafia », a occupé une place centrale dans les discussions entre les deux responsables.

Ce qu'il faut retenir

  • La « DZ Mafia », réseau criminel actif dans le sud de la France, a été au cœur des échanges entre Gérald Darmanin et Lotfi Boudjemaa.
  • La France demande l’extradition d’au moins 124 personnes recherchées, selon Maghreb Emergent.
  • L’Algérie conditionne cette coopération à l’extradition de personnalités comme l’ex-ministre Abdelslam Bouchouareb ou l’ancien chef de la gendarmerie Ghali Belkecir.
  • Plusieurs médias algériens et marocains évoquent des « moyens de pression » dans ce dossier.
  • Les relations franco-algériennes, après une période tendue, semblent entrer dans une phase d’apaisement.

Née à Marseille et spécialisée dans le trafic de stupéfiants, la « DZ Mafia » tire son nom de l’origine algérienne (« Dzayer ») de ses membres fondateurs. Toutefois, le réseau s’est élargi au-delà de cette nationalité initiale. D’après Independent Arabia, cité par Courrier International, l’organisation a étendu son influence bien au-delà des frontières françaises, et ses membres se réfugient dans plusieurs pays, dont l’Algérie, les Émirats arabes unis et le Maroc.

Une demande française d’extradition et des contreparties algériennes

Lors de leur rencontre, Gérald Darmanin a officiellement sollicité l’extradition de plusieurs individus recherchés par la justice française. Maghreb Emergent indique qu’au moins 124 personnes seraient actuellement réfugiées en Algérie. Cependant, Alger a clairement fait savoir que ce dossier ne pouvait être traité isolément. La justice algérienne exige en retour l’extradition de personnalités installées en France, parmi lesquelles figurent l’ex-ministre de l’Industrie Abdelslam Bouchouareb, l’ancien chef de la gendarmerie nationale Ghali Belkecir, ainsi que des militants condamnés dans leur pays.

Cette dynamique de « donnant-donnant » reflète les tensions persistantes entre les deux pays, malgré une volonté affichée de normalisation. Comme l’a souligné El-Moudjahid, les relations franco-algériennes « entrent dans une nouvelle phase de discours apaisé ». Le quotidien d’État tempère cependant cet optimisme en rappelant que « cette évolution dans le discours français ne peut susciter ni enthousiasme naïf ni surinterprétation diplomatique ».

Des accusations croisées entre Alger, Rabat et Paris

La presse algérienne, à travers des titres comme TSA, remet en cause la légitimité des poursuites engagées contre Alger. Le média algérois estime que l’Algérie est « stigmatisée » par la France, rappelant que le réseau criminel en question n’a « rien d’algérien, hormis l’origine lointaine de certains de ses membres ». TSA ajoute que cette affaire alimente le discours de l’extrême droite française et contribue à un climat anti-algérien dans l’Hexagone. L’article souligne également que d’autres pays, comme les Émirats arabes unis ou le Maroc, accueillent également des membres de la « DZ Mafia » sans subir la même pression diplomatique.

Du côté marocain, Le 360 fustige ouvertement l’Algérie, l’accusant de maintenir sur son territoire des individus recherchés par la justice française « comme moyens de pression sur Paris dans des dossiers politiques et sécuritaires sensibles ». Cette accusation est partagée par Tamurt, un site d’information kabyle basé en Allemagne, qui évoque même l’hypothèse de « liens possibles entre les services algériens et les réseaux mafieux en France », une allégation démentie par Alger. Ces prises de position illustrent les rivalités régionales et les divergences persistantes entre les capitales maghrébines.

Un contexte diplomatique en mutation

Ces échanges surviennent alors que les relations entre la France et l’Algérie connaissent une période de réchauffement après des années de tensions. Depuis 2022, les deux pays ont progressivement rétabli le dialogue, marqué par des visites officielles et des déclarations conjointes. Pourtant, les contentieux restent nombreux, qu’il s’agisse de l’immigration, de la mémoire coloniale ou des dossiers sécuritaires. La question de la « DZ Mafia » s’inscrit dans ce cadre complexe, où la coopération judiciaire devient un test pour la solidité des relations bilatérales.

Pour l’Algérie, ce dossier représente une opportunité de négocier sur d’autres sujets sensibles. Outre les personnalités politiques et militaires recherchées, Alger pourrait exiger des concessions sur des thèmes comme les visas, les investissements français ou encore la reconnaissance des crimes coloniaux. De son côté, la France cherche à renforcer sa lutte contre la criminalité organisée, un enjeu majeur dans le sud du pays, où la « DZ Mafia » est particulièrement active.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines devraient être déterminantes pour savoir si les deux pays parviendront à un accord sur ces extraditions. Une réunion des ministres de l’Intérieur des deux pays est attendue d’ici la fin du mois de juin 2026, selon des sources proches du dossier. Pour autant, les observateurs restent prudents : les relations franco-algériennes, bien qu’en amélioration, restent fragiles et sujettes à des revirements rapides. La question de la « DZ Mafia » pourrait ainsi devenir un symbole des avancées… ou des limites de cette coopération.

Dans l’immédiat, la balle est dans le camp des autorités algériennes, qui devront trancher entre la satisfaction des demandes françaises et la défense de leurs propres intérêts stratégiques. De son côté, la France devra faire preuve de pragmatisme pour éviter que ce dossier ne devienne un nouveau point de friction dans une relation déjà complexe.

Parmi les personnalités citées figurent Abdelslam Bouchouareb, ancien ministre de l’Industrie, Ghali Belkecir, ex-chef de la gendarmerie nationale, ainsi que des militants condamnés dans divers affaires en Algérie. Ces noms ont été mentionnés par Maghreb Emergent et repris par plusieurs médias.

La « DZ Mafia » est un réseau criminel actif dans le trafic de stupéfiants, notamment dans le sud de la France. Son démantèlement est une priorité pour les autorités françaises, qui y voient un enjeu de sécurité publique et de lutte contre le crime organisé.