En Europe, l’Autriche se distingue comme un modèle de renouvellement générationnel dans le secteur agricole. Selon Euronews FR, ce pays mise sur une combinaison de structures locales solides, de circuits courts et de soutien public pour pérenniser ses exploitations et séduire les jeunes. Une réussite qui repose sur des valeurs de proximité, de qualité et de transmission, à l’image des fermes d’Abtenau, près de Salzbourg, où l’agriculture n’est pas seulement un métier, mais un héritage familial.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 200 exploitations agricoles à Abtenau, un village de 6 000 habitants, illustrent la vitalité du modèle autrichien de circuits courts.
  • Josef Quehenberger, éleveur de moutons, vaches et dindes bio, incarne la dixième génération à perpétuer la ferme familiale malgré les épreuves historiques.
  • Johanna Wallinger, productrice de fromages de chèvre, souligne l’authenticité et la proximité avec les consommateurs comme clés de son succès.
  • Une soixantaine de producteurs locaux alimentent une coopérative via un modèle « de la ferme à l’assiette », excluant tout intermédiaire.
  • La Chambre d’agriculture de Salzbourg, forte de 35 000 membres, offre formations, conseils et accompagnement aux jeunes agriculteurs.
  • 2 800 produits certifiés et 40 000 portions par jour dans les cantines scolaires ou restaurants mettent en avant l’origine locale grâce à un label strict.

Un modèle agricole ancré dans l’histoire et la modernité

À Abtenau, en Haute-Autriche, l’agriculture n’est pas un simple secteur économique : c’est une tradition familiale qui traverse les générations et les crises. Josef Quehenberger, 46 ans, en est l’un des visages emblématiques. Ancien commercial, il a repris il y a quinze ans la ferme familiale, élevant moutons, vaches et dindes bio. Il transforme même la laine de ses moutons en granulés pour le jardinage et livre directement sa viande de dinde aux clients. « Je représente la dixième génération d’agriculteurs dans ma ferme, qui a traversé des épidémies, deux guerres mondiales, le coronavirus et le régime nazi. Elle a survécu à beaucoup d’épreuves », explique-t-il à Euronews FR. « Je suis heureux et fier de faire partie de la famille qui la fait perdurer. »

Ce modèle, où le passé et l’innovation se mêlent, séduit de plus en plus de jeunes. Abtenau compte ainsi plus de 200 exploitations pour seulement 6 000 habitants, une densité exceptionnelle en Europe. Johanna Wallinger, arrivée il y a trente ans, en est un autre exemple. Avec 200 chèvres et une fromagerie, sa ferme est aujourd’hui florissante. « Nous pratiquons une agriculture très authentique », souligne-t-elle. « Je pense que l’Autriche a un grand potentiel ici, car nous pouvons vraiment produire de manière naturelle, au plus près des consommateurs. »

Des circuits courts comme levier de résilience économique

Pour dynamiser son agriculture, l’Autriche mise sur des circuits courts qui relient directement producteurs et consommateurs. À Abtenau, une soixantaine de micro-entreprises livrent viande, fromage, yaourts, légumes et herbes aromatiques à une coopérative locale. « L’idée de base était simplement que les micro-entreprises commercialisent elles-mêmes leurs produits et que la valeur ajoutée reste ainsi au niveau local », précise Georg Buchegger, directeur général du magasin partenaire. Ce système permet aux agriculteurs de maîtriser leur prix de vente tout en garantissant une traçabilité totale.

Ce modèle n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une stratégie régionale plus large, soutenue par les autorités de Salzbourg. Ces dernières ont mis en place un label d’origine locale, contrôlé par l’agence Salzburg Agrar Marketing. « Nous comptons actuellement environ 2 800 produits certifiés, ainsi que 170 restaurateurs certifiés et 90 cuisines de restauration collective, qui préparent à elles seules 40 000 portions par jour », détaille Günther Kronberger, son directeur général. « Elles répondent à certains critères concernant les produits régionaux qu’elles transforment, critères que nous contrôlons également. »

Un soutien public ciblé pour les jeunes agriculteurs

Le renouvellement générationnel ne repose pas seulement sur la transmission familiale. Il est aussi porté par des structures publiques dédiées. La Chambre d’agriculture de Salzbourg, forte de 35 000 membres, joue un rôle clé. Elle propose aux agriculteurs — et particulièrement aux jeunes — des formations techniques, des conseils juridiques et commerciaux, ainsi qu’un accompagnement dans les démarches administratives liées aux subventions européennes. « Les problèmes auxquels sont confrontés les agriculteurs de Salzbourg sont exactement les mêmes que ceux des autres agriculteurs européens », observe Rupert Quehenberger, président de la Chambre. « Nous devons faire face à la bureaucratie et à des marchés tout aussi exigeants. »

Selon lui, l’atout de l’Autriche réside dans sa structure agricole, composée majoritairement de petites exploitations. « Notre avantage, qui est aussi notre inconvénient, c’est notre structure. Nous savons que nous ne pouvons pas rivaliser avec les grands producteurs. Notre seule chance de survie sur le marché repose sur la qualité et sur la reconnaissance du produit, il doit avoir un visage. »

Former la relève : un enjeu national

L’éducation est un pilier de cette stratégie. L’Autriche compte environ 70 écoles spécialisées dans la formation agricole. Parmi elles, l’école d’agriculture Winklhof, près de Salzbourg, accueille 260 élèves âgés de 14 à 17 ans. Selon sa direction, les demandes d’inscription ont « explosé » au cours des cinq dernières années. « Nous essayons de former les jeunes de manière à ce qu’ils puissent non seulement s’épanouir dans leur vie professionnelle, mais aussi acquérir les compétences fondamentales nécessaires à leur vie personnelle », explique Georg Springl, son directeur.

Les professionnels du secteur y voient un moyen essentiel de motiver les nouvelles générations. « Si vous ne faites que vous plaindre tout le temps ou que vous ne voyez que les inconvénients, la prochaine génération n’aimera pas non plus ce métier », rappelle Johanna Wallinger. Un message qui résonne particulièrement dans un contexte où les défis climatiques et économiques pèsent sur le moral des agriculteurs.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient influencer l’avenir du modèle autrichien. D’ici 2027, la Commission européenne doit finaliser sa réforme de la Politique agricole commune (PAC), dont les subventions restent cruciales pour les petites exploitations. Par ailleurs, l’augmentation des demandes d’inscription dans les écoles agricoles suggère une tendance durable, mais la question de la transmission des fermes — notamment face à la hausse des coûts — pourrait devenir un défi majeur. Enfin, la certification des produits locaux devra prouver son efficacité face à la concurrence des grandes surfaces et des importations. Les prochaines années seront déterminantes pour valider ce modèle, encore en phase de maturation.

Avec ses paysages verdoyants, ses exploitations familiales et ses circuits courts, l’Autriche semble avoir trouvé une recette pour concilier tradition et modernité. Reste à savoir si ce modèle pourra essaimer au-delà de ses frontières, ou s’il restera une exception alpine.

L’Autriche mise sur une structure agricole composée majoritairement de petites exploitations familiales, associées à un label strict de produits locaux et à des circuits courts. Ce modèle privilégie la qualité, la traçabilité et une relation directe avec les consommateurs, contrairement aux grandes exploitations industrielles dominantes ailleurs en Europe.

Plusieurs leviers sont actionnés : formations spécialisées (70 écoles agricoles dans le pays), accompagnement administratif et technique via les Chambres d’agriculture, et soutien financier via les subventions européennes. Les structures locales, comme la Chambre de Salzbourg, jouent un rôle clé dans la motivation des jeunes en leur offrant des perspectives concrètes.