Un métal lourd toxique et cancérogène, présent dans de nombreux aliments du quotidien, fait l’objet d’une attention croissante de la part des professionnels de santé et des élus. Selon Franceinfo – Santé, le cadmium contamine une partie de l’alimentation en France, avec près d’un adulte sur deux dépassant les seuils considérés comme sans risque pour la santé. Face à ce constat, une proposition de loi visant à réduire sa teneur dans les engrais phosphatés sera examinée à l’Assemblée nationale en juin, portée par les députés Benoît Biteau (Les Écologistes, Charente-Maritime) et Clémentine Autain (L’Après, Seine-Saint-Denis).

Ce qu'il faut retenir

  • Près d’un adulte français sur deux dépasse les seuils de cadmium considérés comme sans risque pour la santé.
  • Le cadmium, présent dans le pain, les pommes de terre, le chocolat ou les céréales, s’accumule dans l’organisme pendant des décennies.
  • L’Anses recommande de réduire la limite maximale autorisée dans les engrais phosphatés de 90 mg/kg à 20 mg/kg en France.
  • Le blé et les pommes de terre figurent parmi les aliments les plus contaminés, représentant plus de 20 % de l’exposition des adultes.
  • Une proposition de loi pour encadrer le cadmium dans les engrais sera examinée en juin 2026 à l’Assemblée nationale.

Un métal lourd sous surveillance

Le cadmium, classé comme cancérogène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), est un métal lourd présent naturellement dans les sols, mais aussi dans certains engrais phosphatés utilisés en agriculture. Son accumulation dans l’organisme humain est particulièrement préoccupante, car il reste stocké pendant plusieurs décennies et peut provoquer des effets toxiques même à faible dose. Selon les données sanitaires citées par Franceinfo – Santé, près de la moitié des adultes français dépasseraient les seuils tolérés, un chiffre qui illustre l’ampleur de la contamination.

Les alertes se multiplient depuis plusieurs années. Dès 2021, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) avait recommandé une réduction immédiate des limites maximales de cadmium dans les engrais phosphatés, passant de 90 mg/kg à 20 mg/kg en France – une mesure déjà en vigueur dans certains pays européens comme l’Allemagne. Pourtant, cinq années d’inaction ont suivi avant que le sujet ne trouve un écho politique, malgré les pétitions citoyennes dépassant les 100 000 signatures et les mobilisations de soignants.

Des aliments du quotidien concernés

Les sources de contamination sont multiples et touchent des produits consommés quotidiennement. Parmi eux, le blé et les pommes de terre figurent en tête de liste. « Le blé, c’est le plus contaminé avec les pommes de terre », a indiqué le docteur Pierre Souvet, cardiologue et cofondateur de l’association Santé Environnement France (ASEF). Ces deux aliments représentent à eux seuls plus de 20 % de l’exposition au cadmium pour les adultes, et autant pour les enfants. Viennent ensuite les biscuits salés et sucrés, ainsi que le chocolat – notamment celui originaire d’Amérique du Sud, souvent plus riche en cadmium en raison des sols locaux.

Pour limiter l’exposition, les experts recommandent une diversification alimentaire. « Si tous les jours vous avez des patates ou une baguette, évidemment c’est embêtant », explique le docteur Souvet. Il conseille notamment de varier les sources de glucides en privilégiant des alternatives comme le sarrasin ou le seigle, moins contaminés que le blé, ou encore de remplacer les biscuits industriels par des fruits, des yaourts ou du pain de seigle pour le goûter des enfants. Ces recommandations s’adressent particulièrement aux familles, les enfants étant aussi exposés au cadmium présent dans les poussières domestiques, notamment dans les logements situés à proximité d’industries polluantes.

Un médecin en colère face à l’inaction

Parmi les voix les plus engagées contre cette pollution invisible, celle du docteur Pierre Souvet résonne avec force. Cardiologue de formation, il cofonde en 2008 l’association Santé Environnement France (ASEF), qui milite pour une meilleure prise en compte des enjeux de santé environnementale. Depuis plusieurs années, il alerte sur les risques cardiovasculaires liés au cadmium, soulignant que « le risque augmente dès le premier microgramme absorbé ». « C’est le véritable plan général qu’il faut mettre en place, mais ça commence », a-t-il déclaré, saluant les premières mesures envisagées par les agences sanitaires pour réduire les taux dans les engrais.

« Je suis à la fois désespéré et en colère. Les enfants qui votent à droite, à gauche ou au centre, ce sont nos enfants, ils sont tous touchés. Il suffit que les députés lisent quelques études : il en existe 18 000 sur la toxicité du cadmium qui nous alertent toutes. »
Dr Pierre Souvet, médecin cardiologue et cofondateur de l’ASEF

Le médecin critique vivement le retard pris par les pouvoirs publics, alors que les alertes de l’Anses remontent à 2021. Pour lui, la solution ne peut se limiter à une baisse des taux dans les engrais. Elle doit s’accompagner de mesures agroécologiques pour réduire les stocks de cadmium déjà présents dans les sols, ainsi que de conseils individuels pour limiter l’exposition au quotidien. « Moins on en a, mieux on se porte », rappelle-t-il, insistant sur l’importance de la prévention, même si l’élimination totale du cadmium de l’environnement relève de l’utopie.

Une proposition de loi en examen pour juin 2026

C’est dans ce contexte que les députés Benoît Biteau et Clémentine Autain ont déposé une proposition de loi visant à encadrer strictement la teneur en cadmium des engrais phosphatés. Le texte, qui sera soumis au vote des chefs de groupe à l’Assemblée nationale le 12 mai 2026, propose d’aligner la limite française sur les recommandations de l’Anses, soit 20 mg/kg – contre 60 mg/kg en Europe et 90 mg/kg en France actuellement. L’examen en séance plénière est prévu pour juin 2026, une échéance que certains observateurs jugent déjà tardive au regard de l’urgence sanitaire.

Pourtant, des pétitions citoyennes et des mobilisations de soignants ont montré l’ampleur de l’inquiétude. Malgré cela, le cadmium peine à s’imposer comme une priorité nationale, en partie en raison de son caractère insidieux : invisible et inodore, il ne provoque pas de symptômes immédiats, mais ses effets s’accumulent avec le temps. « Il n’y a pas à être partisan dans cette affaire-là », a insisté le docteur Souvet, rappelant que le cadmium ne fait pas de distinction entre les bébés, les adultes ou les seniors.

Et maintenant ?

Si la proposition de loi est adoptée, la France deviendra l’un des pays les plus stricts d’Europe en matière de cadmium dans les engrais. Cependant, cette mesure ne suffira pas à éliminer le problème, car le cadmium persiste dans les sols pendant des décennies. Les prochaines étapes devraient inclure un suivi renforcé des taux dans les aliments, ainsi que des campagnes d’information pour sensibiliser la population aux gestes permettant de réduire son exposition. Les associations comme l’ASEF appellent également à un plan global incluant des alternatives agroécologiques pour assainir les sols à long terme.

Dans l’immédiat, les consommateurs peuvent agir en diversifiant leur alimentation et en privilégiant les produits locaux, moins susceptibles d’avoir été cultivés avec des engrais riches en cadmium. Quant aux parents, ils sont incités à limiter l’exposition des jeunes enfants en lavant régulièrement les sols et en évitant de les laisser ramper sur des surfaces potentiellement contaminées.

Alors que l’examen du texte à l’Assemblée nationale approche, la question du cadmium rappelle une fois de plus les défis posés par la pollution invisible. Un enjeu de santé publique qui dépasse les clivages politiques et qui, pour le docteur Souvet, mérite une mobilisation sans précédent : « On ne baisse pas les bras. On ne s’angoisse pas, mais on est sensibilisés et on agit. »

Selon les données citées par Franceinfo – Santé, le blé et les pommes de terre figurent parmi les aliments les plus contaminés, représentant plus de 20 % de l’exposition des adultes. Viennent ensuite les biscuits salés et sucrés, ainsi que le chocolat, notamment celui originaire d’Amérique du Sud.

L’Anses recommande de réduire immédiatement la limite maximale autorisée de cadmium dans les engrais phosphatés à 20 mg/kg en France, contre 90 mg/kg actuellement. Elle préconise également une diversification de l’alimentation pour limiter l’exposition, en évitant une consommation excessive de blé, de pommes de terre ou de biscuits industriels.