Le débat sur l’orientation des jeunes filles vers les filières scientifiques et ses conséquences sur leur vie professionnelle future vient d’être relancé par une tribune publiée dans Le Monde. Lauriane Mouysset, directrice de recherche au CNRS, y défend une approche duale : neutraliser les stéréotypes de genre dans le parcours scolaire, tout en intégrant pleinement cette problématique dans l’évolution des carrières professionnelles.

Ce qu'il faut retenir

  • Une tribune du CNRS, publiée dans Le Monde, propose de distinguer deux approches face aux inégalités de genre dans les carrières scientifiques : la neutralisation des stéréotypes dès l’école et la prise en compte des asymétries professionnelles.
  • Lauriane Mouysset, directrice de recherche au CNRS, souligne que ces deux leviers ne sont pas contradictoires mais complémentaires pour réduire les inégalités.
  • Selon elle, les lycéennes intériorisent des freins liés aux stéréotypes de genre, tandis que les femmes subissent des déséquilibres structurels dans leur parcours professionnel.

Une approche en deux temps pour réduire les inégalités

Dans sa tribune publiée par Le Monde, Lauriane Mouysset expose une stratégie en deux volets pour lutter contre les inégalités entre hommes et femmes dans les sciences. D’un côté, elle plaide pour une neutralisation des stéréotypes de genre dans le parcours scolaire, afin que les jeunes filles ne s’auto-censurent pas dans leur orientation. De l’autre, elle insiste sur la nécessité d’intégrer pleinement la question du genre dans l’évolution des carrières, pour corriger les asymétries professionnelles que subissent les femmes une fois entrées dans la vie active.

Pour la directrice de recherche au CNRS, ces deux dimensions ne s’opposent pas mais se renforcent mutuellement. « Corriger d’un côté les stéréotypes que les filles intériorisent, et de l’autre les asymétries que les femmes subissent », résume-t-elle. Selon elle, cette approche permettrait de briser un cercle vicieux où les choix d’orientation et les contraintes professionnelles se renforcent mutuellement.

Les stéréotypes de genre persistent dans les filières scientifiques

Malgré les progrès accomplis ces dernières décennies, les stéréotypes de genre continuent de peser sur les choix d’orientation des jeunes. Les études montrent que les lycéennes sont encore moins nombreuses que leurs homologues masculins à se diriger vers des filières scientifiques et techniques, en particulier dans les domaines de l’ingénierie ou de l’informatique. Ces choix s’expliquent en partie par des représentations sociales qui associent encore ces disciplines à des qualités perçues comme « masculines », comme la logique ou la rigueur technique.

Pourtant, comme le rappelle Lauriane Mouysset, ces stéréotypes sont souvent intériorisés dès le plus jeune âge, influençant non seulement les aspirations professionnelles, mais aussi la confiance en soi des jeunes filles face aux matières scientifiques. Une étude de l’OCDE publiée en 2024 soulignait que, dès 15 ans, les écarts de confiance entre garçons et filles dans les sciences commencent à se creuser, même lorsque leurs performances sont équivalentes.

Les inégalités professionnelles, un défi persistant pour les femmes scientifiques

Une fois entrées dans la vie active, les femmes scientifiques se heurtent à d’autres obstacles. Selon les données de l’INSEE pour 2025, les femmes représentent seulement 28 % des ingénieurs et cadres techniques en France, et leur présence diminue à mesure que l’on monte dans la hiérarchie. Les écarts de salaire persistent également : à poste et expérience égaux, une femme gagne en moyenne 9 % de moins qu’un homme dans le secteur scientifique, un écart qui atteint 15 % dans certains domaines comme la recherche académique.

Lauriane Mouysset souligne que ces inégalités ne sont pas uniquement liées à des choix individuels, mais aussi à des structures professionnelles qui ne prennent pas suffisamment en compte les contraintes spécifiques auxquelles sont confrontées les femmes. « Les carrières scientifiques sont souvent conçues comme si leurs parcours pouvaient s’accommoder d’une conciliation parfaite entre vie professionnelle et vie familiale, ce qui n’est pas le cas », explique-t-elle. Pour elle, il est donc essentiel de repenser l’organisation du travail dans ces secteurs pour permettre une meilleure articulation entre vie professionnelle et personnelle.

Et maintenant ?

La tribune de Lauriane Mouysset pourrait alimenter les réflexions en cours au sein du ministère de l’Éducation nationale et de la Recherche, où plusieurs groupes de travail planchent sur l’orientation des jeunes filles vers les filières scientifiques. Une réforme des programmes scolaires, intégrant une meilleure prise en compte des enjeux de genre, est évoquée pour la rentrée 2027. Par ailleurs, des discussions sont en cours avec les grandes écoles et les entreprises du secteur pour promouvoir des politiques plus inclusives en matière de carrières scientifiques.

Reste à voir si ces propositions seront suivies d’effets concrets. Comme le souligne la directrice de recherche, « il ne s’agit pas seulement de changer les mentalités, mais aussi les structures qui les produisent ».

Selon les dernières données disponibles, les écarts de représentation entre hommes et femmes sont particulièrement marqués dans les filières d’ingénierie (20 % de femmes), de mathématiques appliquées (30 %) et d’informatique (15 %). Ces chiffres, issus d’un rapport de la Commission européenne publié en 2025, montrent que certaines disciplines restent très masculines, malgré les efforts de sensibilisation.