D’après Franceinfo - Santé, les rayons des magasins de cosmétiques voient émerger une nouvelle tendance : des produits de soin et d’hygiène sans eau, présentés comme plus écologiques et concentrés. Mais derrière le discours marketing se cachent des promesses difficiles à tenir, des coûts de production élevés et des questions sur leur réelle efficacité.
Ce qu'il faut retenir
- Jusqu’à 90 % d’eau dans les produits cosmétiques classiques, faisant d’eux les premiers ingrédients des formules.
- Les shampoings solides et crèmes sans eau promettent une meilleure durabilité et une réduction des déchets plastiques.
- Leur prix est souvent 2 à 3 fois supérieur à celui des produits liquides classiques, en raison de coûts de recherche et développement accrus.
- Leur concentration en actifs n’est pas toujours synonyme de meilleure tolérance pour la peau, selon des dermatologues.
- Certaines marques ont mis plus de 300 essais pour trouver une formule efficace sans eau.
- Plus de 80 % des ventes dans certains magasins spécialisés concernent désormais des produits sans eau.
Des produits cosmétiques où l’eau n’est plus reine
Dans l’univers des soins et de l’hygiène, l’eau occupe une place centrale. Elle représente parfois jusqu’à 90 % du volume d’un flacon de shampoing, de dentifrice ou de crème pour le corps. Or, depuis quelques mois, une alternative gagne du terrain : des produits cosmétiques sans eau ajoutée, voire sans eau du tout. Ces formules, souvent solides ou ultra-concentrées, séduisent par leur promesse écologique et leur praticité. Mais leur arrivée sur le marché soulève des interrogations quant à leur réelle utilité et leur accessibilité.
Selon Franceinfo - Santé, cette tendance s’inscrit dans une logique de réduction des déchets et d’optimisation des ressources. Pourtant, derrière l’argument marketing se cachent des défis techniques et économiques de taille. Fabriquer un produit sans eau nécessite en effet des recherches poussées, des ingrédients innovants et un processus de développement long et coûteux. Autant dire que le chemin vers une cosmétique 100 % déshydratée est semé d’embûches.
Des avantages écologiques et pratiques, mais à quel prix ?
Pour Floriane Hébert, sportive régulière, les produits sans eau ont transformé son rituel d’après-effort. Elle utilise désormais un flacon de soin post-entraînement, dont la formule repose sur l’eau naturellement présente dans les fruits comme la pomme. « Déjà, c’est super frais. C’est très agréable à mettre sur la peau. Et après, j’ai vraiment cette sensation d’être propre, en fait », confie-t-elle à Franceinfo - Santé. « Là, c’est vrai qu’il n’y a pas d’eau à rajouter autre que celle des fruits, donc je trouve que c’est super intéressant. »
Côté praticité, les produits solides séduisent aussi par leur format. Silya Illoul, responsable communication chez Lush France, Belgique et Luxembourg, explique que les parfums et huiles de massage solides, sans eau, sont plébiscités pour leur facilité d’utilisation. « On a développé la version solide des parfums. Ce qui est plébiscité notamment sur la version solide et sans eau, c’est le fait de pouvoir l’emporter partout, facilement, de l’appliquer à tout moment de la journée », précise-t-elle. « Et en ce moment, on va avoir aussi les huiles de massage solides. Par exemple, celui-ci, c’est un produit qu’on va appliquer directement sur le corps, qui n’a pas besoin d’eau non plus dans son application. »
Résultat : plus de 80 % des ventes dans certains magasins spécialisés concernent désormais ces produits. Le shampoing solide, par exemple, est présenté comme équivalent à trois bouteilles de shampoing classique, pour un prix de 13 euros. Mais cette économie à long terme se heurte à un coût d’achat initial bien plus élevé que celui des produits traditionnels.
Un processus de fabrication complexe et coûteux
Retirer l’eau d’une formule cosmétique n’est pas une mince affaire. Les matières premières doivent être repensées, et les alternatives à l’eau, comme le jus d’aloe vera, introduisent de nouvelles contraintes. « C’est vraiment très dur de travailler sans eau. Déjà, ce n’est pas facile de trouver les matières premières. Et ça rajoute des contraintes aussi, puisque du coup, on trouve des alternatives à l’eau, comme par exemple le jus d’aloe vera, qui lui contient plein de minéraux qui vont bien déstabiliser les formules », explique Flore Paré, ingénieure recherche et innovation chez Yodi, une marque spécialisée dans les cosmétiques sans eau. « Et donc les développements prennent encore plus de temps. »
Pour aboutir à un shampoing solide efficace, la marque a dû réaliser 300 essais avant de trouver la bonne formule. Un processus long et fastidieux, qui explique en partie le prix de vente : 22 euros le flacon. Hélène Azancot, fondatrice de Yodi, justifie ce tarif par la concentration en actifs « à efficacité prouvée en concentration suffisante pour qu’on puisse avoir une véritable efficacité ». Mais cette concentration est-elle toujours bénéfique pour la peau ?
Une concentration accrue, mais une tolérance parfois douteuse
Si les produits sans eau promettent une efficacité accrue grâce à des actifs plus concentrés, leur tolérance cutanée n’est pas toujours au rendez-vous. Le Docteur Marie Jourdan, dermatologue, met en garde : « En dermatologie, la concentration n’est pas toujours liée à une très bonne tolérance. Parfois, des cosmétiques qui contiennent de l’eau peuvent être plus confortables, plus agréables, plus doux à appliquer. »
Son conseil aux consommateurs ? Surveiller les signes d’intolérance, comme les tiraillements ou les rougeurs, premiers indicateurs d’une mauvaise adaptation à la formule. « Si on ressent un inconfort, il faut arrêter immédiatement », recommande-t-elle. Pour autant, elle ne rejette pas en bloc ces nouvelles formules, reconnaissant qu’elles peuvent convenir à certains types de peaux, notamment celles sujettes aux allergies ou aux peaux sensibles.
En attendant, les experts s’accordent sur un point : le choix d’un produit cosmétique, qu’il soit avec ou sans eau, doit avant tout s’adapter aux besoins spécifiques de chaque individu. Comme le rappelle le Docteur Jourdan, « il n’y a pas de solution universelle. Ce qui compte, c’est d’écouter sa peau et de ne pas hésiter à consulter un professionnel en cas de doute. »
Ils réduisent l’empreinte carbone liée au transport de l’eau et limitent l’utilisation de conservateurs, mais leur fabrication peut aussi générer d’autres impacts environnementaux, notamment en raison des ingrédients alternatifs utilisés (comme l’aloe vera ou les huiles végétales). Leur bilan écologique dépend donc de leur mode de production et de leur composition exacte.
Ils restent principalement disponibles dans les magasins spécialisés bio ou éco-responsables, ainsi que sur les plateformes en ligne dédiées. Les grandes surfaces et pharmacies commencent à en proposer, mais leur choix reste limité et souvent plus cher que les produits classiques.