Khaled Mohamed Ali al-Hishri deviendra le premier ressortissant libyen jugé par la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes commis contre des réfugiés et migrants. Selon Le Figaro, cet ancien responsable de la prison de Mitiga, située à Tripoli, est actuellement détenu à La Haye depuis décembre 2025. Les charges retenues à son encontre s’élèvent à 17 chefs d’accusation, incluant viols, meurtres, tortures et réduction en esclavage. Ces actes présumés ciblaient principalement des prisonniers originaires d’Afrique subsaharienne et du Moyen-Orient en quête d’asile.
Ce qu'il faut retenir
- Premier procès libyen à la CPI : Khaled Mohamed Ali al-Hishri sera jugé pour 17 chefs d’accusation, dont crimes contre l’humanité.
- Lieu et date : Le procès, dont l’ouverture est prévue dans les prochains mois, se tiendra à La Haye (Pays-Bas).
- Crimes présumés : Violences sexuelles, meurtres, tortures et esclavage sur des migrants et réfugiés en Libye.
- Contexte : Ces accusations visent des pratiques documentées depuis des années par les ONG et les Nations unies.
- Réactions : Des militants saluent cette étape, soulignant l’inaction passée des politiques européennes et libyennes.
Un responsable pénitentiaire sous le feu des accusations
Khaled Mohamed Ali al-Hishri occupait le poste de directeur de la prison de Mitiga, l’une des principales structures carcérales de Tripoli. Les enquêtes menées par la CPI et plusieurs organisations de défense des droits humains — dont Refugees in Libya, cofondée par David Yambio — révèlent un système de violence systémique. Selon les éléments recueillis, des centaines de migrants et réfugiés auraient été victimes de traitements inhumains entre 2019 et 2024, période durant laquelle al-Hishri aurait exercé son autorité.
Parmi les méthodes documentées figurent des violences physiques et psychologiques, des travaux forcés sous la menace d’armes, ainsi que des viols collectifs. Les victimes, majoritairement des ressortissants soudanais, érythréens ou somaliens, étaient souvent interceptées en Méditerranée ou dans des centres de détention informels avant d’être transférées vers Mitiga. Le Figaro indique que la CPI a confirmé l’intégralité des charges en juin 2026, ouvrant ainsi la voie à un procès historique.
Une procédure judiciaire saluée par les défenseurs des droits humains
Pour David Yambio, cofondateur de Refugees in Libya et lui-même survivant des réseaux de trafics libyens, cette audience représente une avancée majeure. « Cela fait des années que nous parlons de ces crimes contre l’humanité. Les politiques, en Libye comme en Europe, ne veulent pas le reconnaître. Mais, aujourd’hui, nous avons un tribunal indépendant qui dit que, oui, il y a bien eu des actes qui méritent d’être jugés », a-t-il déclaré à Le Figaro. Il précise que cette procédure pourrait encourager d’autres victimes à témoigner, malgré les risques de représailles dans un pays où les milices armées et les réseaux criminels conservent une forte influence.
Les organisations non gouvernementales rappellent que la Libye, depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, est devenue une plaque tournante du trafic d’êtres humains. Le pays, divisé entre gouvernements rivaux et milices, n’a jamais ratifié le statut de Rome — fondement juridique de la CPI — mais accepte néanmoins sa compétence pour les crimes commis sur son territoire. Les experts soulignent que ce procès pourrait servir de précédent pour d’autres responsables libyens impliqués dans des réseaux similaires.
En Europe, cette affaire relance le débat sur la responsabilité des États dans la gestion des flux migratoires. Plusieurs députés européens ont déjà demandé à la Commission d’examiner les liens entre des fonds européens et les centres de détention libyens, où des violations des droits humains sont régulièrement signalées. Pour les associations, ce procès ne doit pas rester une exception : « Ce qui compte maintenant, c’est que d’autres responsables soient poursuivis », a rappelé Yambio, alors que des familles de victimes attendent toujours des réponses.
La CPI doit d’abord finaliser l’examen des preuves et des témoignages, une phase qui pourrait durer plusieurs mois. Ensuite, une date sera fixée pour l’ouverture des débats, probablement avant la fin de l’année 2026. Les avocats de la défense disposeront alors de 30 jours pour préparer leur argumentaire.
La Libye n’a pas ratifié le statut de Rome, mais elle a accepté la compétence de la CPI pour les crimes commis sur son sol. L’arrestation d’al-Hishri en décembre 2025, puis son transfert à La Haye, montre une coopération minimale. Cependant, les autorités locales peinent à poursuivre d’autres suspects en raison de l’instabilité politique et de l’influence des milices.