Plusieurs journalistes mexicains ne verront plus l’année prochaine. C’est la réalité brutale qui a poussé près de quarante médias locaux et l’organisation Reporters sans frontières (RSF) à s’unir pour interpeller la présidente Claudia Sheinbaum. Dans un appel public rendu public ce mercredi 2 septembre 2026, ils réclament des mesures immédiates pour mettre fin à la spirale de violences qui frappe les professionnels de l’information dans le pays. Selon nos confrères de RFI, ce collectif exige notamment la création d’un mécanisme de protection renforcé et la fin de l’impunité dont bénéficient les auteurs d’assassinats de journalistes.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Mexique reste le pays le plus dangereux d’Amérique pour les journalistes, selon les dernières évaluations internationales.
  • Près de 40 médias mexicains et RSF ont lancé un appel commun à la présidente Claudia Sheinbaum.
  • L’appel exige des mesures concrètes pour protéger les journalistes et lutter contre l’impunité.
  • Depuis le début de l’année 2026, plus de 10 journalistes ont été assassinés au Mexique, selon les comptages de RSF.
  • L’appel dénonce l’absence de résultats concrets malgré les promesses répétées des autorités.

Un pays en tête des classements les plus sombres

Avec plus de 150 journalistes tués depuis 2000, le Mexique occupe depuis des années la première place des pays les plus meurtriers pour la presse en Amérique, devant même des zones de conflit ouvert. Selon le dernier bilan de RSF, publié en août 2026, huit professionnels des médias ont déjà perdu la vie cette année dans l’exercice de leurs fonctions. Ces chiffres placent le pays au niveau des zones de guerre, où les risques sont pourtant bien identifiés. Pourtant, les autorités mexicaines affirment depuis des années vouloir inverser cette tendance.

« Combien de collègues doivent encore mourir pour que quelque chose change ? » s’interroge l’appel lancé par les médias et RSF. Cette question, posée sans détour, reflète l’exaspération d’un secteur professionnel sous pression constante. Les signataires rappellent que 90 % des meurtres de journalistes restent impunis au Mexique, un taux d’impunité qui alimente un sentiment d’abandon chez les professionnels de l’information.

Un appel solennel à l’action présidentielle

Dans ce contexte, les signataires de l’appel adressé à Claudia Sheinbaum — qui a pris ses fonctions en octobre 2024 — n’hésitent pas à qualifier la situation de « crise humanitaire ». Le document, rendu public par RFI, souligne que les promesses de protection se heurtent à une réalité implacable : les journalistes continuent de recevoir des menaces quotidiennes, tandis que les enquêtes sur leurs meurtres s’enlisent systématiquement. L’appel demande la mise en place d’un protocole d’urgence, incluant des escortes armées pour les reporters menacés et une cellule dédiée au sein de la procureure générale.

« Nous ne demandons pas des paroles, mais des actes », a déclaré Emiliano Ruiz Parra, directeur de l’ONG Artículo 19 au Mexique, cité dans le document. Il a rappelé que plus de 500 journalistes ont été contraints à l’exil depuis 2010, un chiffre qui illustre l’ampleur de la crise. L’appel exige également que les enquêtes sur les meurtres de journalistes soient confiées à des juges spécialisés, indépendants des pressions locales.

Et maintenant ?

La réponse de la présidence mexicaine n’a pas encore été rendue publique, mais le bureau de Claudia Sheinbaum a indiqué « étudier avec attention » les propositions contenues dans l’appel. Plusieurs observateurs s’attendent à une annonce officielle d’ici la fin du mois de septembre, à l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse. D’ici là, les médias signataires menacent de multiplier les actions symboliques, comme des veillées ou des grèves de l’information, pour maintenir la pression sur les autorités.

Pourtant, les défis restent immenses. Les groupes criminels, souvent liés à des intérêts politiques ou économiques, continuent d’exercer une emprise territoriale qui rend toute protection aléatoire. Les organisations de défense de la presse craignent que, sans une volonté politique claire, le Mexique ne devienne un cimetière pour les journalistes, où la liberté de la presse ne serait plus qu’un lointain souvenir.

Parmi les signataires figurent des titres majeurs comme El Universal, La Jornada, Proceso, ainsi que des chaînes de télévision locales et des radios communautaires. La liste complète des médias participants a été publiée par RFI.

Les signataires demandent la création d’un mécanisme de protection rapide pour les journalistes menacés, l’affectation de juges spécialisés aux affaires de meurtres de professionnels de l’information, ainsi que la publication d’un bilan public trimestriel sur l’avancement des enquêtes.