Un collectif de chercheurs alerte, dans une tribune publiée par Le Monde – Politique, sur la tendance croissante à mobiliser les savoirs scientifiques comme arguments de communication, plutôt que comme outils de décision éclairée. Une pratique qui, selon eux, creuse davantage la fracture démocratique en France.

Ce qu'il faut retenir

  • Un collectif de chercheurs dénonce l’utilisation sélective de la science à des fins politiques.
  • Cette instrumentalisation aggrave les fractures démocratiques selon les signataires.
  • Les scientifiques appellent à une utilisation rigoureuse des données, indépendante des intérêts partisans.
  • La tribune est publiée dans un contexte de défiance croissante envers les institutions.

Une tribune pour alerter sur les dérives de l’expertise

Publiée ce 12 mai 2026 dans Le Monde – Politique, la tribune signée par plus d’une centaine de chercheurs met en lumière une pratique de plus en plus répandue : celle d’invoquer la science lorsque ses conclusions servent un discours politique, puis de l’ignorer dès qu’elles le contredisent. « Les sciences ne peuvent pas être un argument de communication quand elles arrangent, puis être écartées quand elles dérangent », soulignent les auteurs, qui dénoncent une instrumentalisation systémique des savoirs au service de l’agenda gouvernemental ou partisan.

Les signataires, issus de disciplines variées – biologie, climatologie, économie –, rappellent que cette logique affaiblit la confiance dans les institutions. Pour eux, la science ne doit pas être un « faire-valoir » politique, mais un outil de décision publique fondé sur des preuves tangibles. Autant dire que la démarche actuelle, selon eux, relève davantage de la communication que de la recherche de solutions.

Une fracture démocratique aggravée par le mépris des faits

Le collectif pointe du doigt une tendance lourde : celle de sélectionner les études ou les rapports scientifiques en fonction de leur adéquation avec les discours politiques. « On observe une cherry-picking systématique des données », explique l’un des principaux signataires, le climatologue Jean-Marc Jancovici, connu pour ses prises de position sur l’urgence écologique. Selon lui, cette méthode, loin d’éclairer les débats, les polarise davantage en donnant l’illusion d’un consensus scientifique là où il n’y a qu’un alignement opportuniste sur des positions idéologiques.

Le phénomène n’est pas nouveau, mais il prend une ampleur inquiétante, estiment les chercheurs. D’après un sondage récent cité par Le Monde – Politique, près de 62 % des Français estiment que les décisions politiques sont de plus en plus éloignées des réalités scientifiques. Un chiffre qui reflète une défiance généralisée, alimentée par des polémiques récurrentes – comme celle autour des passes sanitaires pendant la crise du Covid-19, où les justifications scientifiques ont été tantôt brandies, tantôt contestées.

Quelles solutions pour restaurer la crédibilité de la science ?

Face à ce constat, les signataires de la tribune appellent à plusieurs mesures concrètes. D’abord, la création d’une instance indépendante, composée de scientifiques de différents horizons, chargée d’évaluer la pertinence des données mobilisées dans les débats publics. Ensuite, un renforcement des moyens alloués à la recherche publique, afin de limiter les dépendances aux financements privés, souvent porteurs d’intérêts spécifiques. Enfin, une transparence accrue sur les méthodologies utilisées, pour éviter que des études ne soient présentées de manière tronquée dans l’espace médiatique.

Ces propositions s’inscrivent dans un contexte où les fake news et les théories du complot gagnent du terrain. Pour Le Monde – Politique, cette tribune s’ajoute à une série d’alerte lancées ces derniers mois par des personnalités du monde scientifique, comme l’appel des Académies des sciences et de médecine en mars 2026 pour un « retour à l’intégrité scientifique ». Un signe, peut-être, que la prise de conscience commence à poindre.

Et maintenant ?

La tribune devrait relancer le débat sur le rôle de la science dans la sphère politique, alors que les prochaines élections législatives, prévues en 2027, approchent. Les signataires espèrent que leur appel sera relayé par les partis, mais aussi par les médias, souvent pris en étau entre l’exigence de rapidité et le respect des faits. Reste à voir si cette mobilisation suffira à inverser la tendance, ou si elle restera lettre morte dans un paysage où l’opportunisme l’emporte trop souvent sur la rigueur.

En attendant, la question reste entière : jusqu’où la société civile pourra-t-elle résister à la tentation de instrumentaliser la science pour servir des causes, fussent-elles louables ? Une chose est sûre, la réponse déterminera en grande partie la qualité du débat démocratique dans les années à venir.

Parmi les principaux signataires figurent le climatologue Jean-Marc Jancovici, l’économiste Gaël Giraud, ainsi que plusieurs chercheurs affiliés au CNRS et à l’INSERM. La liste complète est disponible dans la tribune publiée par Le Monde – Politique.