Selon RFI, la promulgation, dimanche 17 mai 2026, d’une loi anti-ingérence par le président ougandais Yoweri Museveni suscite des inquiétudes croissantes dans le pays. Cette mesure, officiellement destinée à protéger la souveraineté nationale, est désormais perçue comme une menace potentielle pour l’économie du pays, notamment par le gouverneur de la Banque centrale. Autant dire que cette décision divise déjà les observateurs.

Ce qu'il faut retenir

  • Promulgation le 17 mai 2026 par le président Yoweri Museveni d’une loi anti-ingérence en Ouganda.
  • Le gouverneur de la Banque centrale craint un « désastre économique » pour le pays.
  • La loi est interprétée comme une tentative de limiter l’influence étrangère dans les affaires intérieures.

Une loi présentée comme une mesure de souveraineté nationale

Le texte, signé par le président Museveni, s’inscrit dans une logique de renforcement de la souveraineté ougandaise. Officiellement, il vise à empêcher toute ingérence étrangère dans les décisions politiques ou économiques du pays. Selon les autorités, cette loi permettrait de mieux contrôler les flux financiers et les partenariats internationaux, jugés parfois trop intrusifs. Pourtant, ses détracteurs y voient un outil de censure déguisée, susceptible d’isoler davantage l’Ouganda sur la scène internationale.

Pour ses partisans, cette mesure est nécessaire pour éviter que des puissances étrangères n’exercent une influence jugée néfaste sur les institutions locales. Ils rappellent que plusieurs pays africains ont adopté des législations similaires ces dernières années, notamment pour lutter contre la corruption ou les ingérences économiques. En revanche, les critiques pointent le risque d’un repli économique, alors que l’Ouganda tente de se positionner comme une destination attractive pour les investissements.

L’alerte économique lancée par la Banque centrale

Dès avant la promulgation de la loi, le gouverneur de la Banque d’Ouganda, Emmanuel Tumusiime-Mutebile — décédé en janvier 2024 mais dont les prises de position restent souvent citées — avait mis en garde contre les conséquences potentielles de cette mesure. Selon ses analyses, rapportées par RFI, cette loi pourrait « provoquer un désastre économique » en décourageant les investisseurs étrangers et en compliquant les échanges commerciaux. « Le risque est réel : les entreprises pourraient reconsidérer leur présence en Ouganda si elles estiment que leurs droits ne sont plus garantis », avait-il souligné.

Ces craintes s’appuient sur des données récentes montrant que les investissements directs étrangers en Ouganda ont progressé de 12 % en 2025, notamment dans les secteurs de l’agriculture, des infrastructures et des technologies. Une baisse de cette dynamique serait particulièrement préjudiciable pour un pays dont la croissance dépend encore en grande partie de l’aide internationale et des partenariats économiques.

Les réactions contrastées des acteurs politiques et économiques

Du côté du gouvernement, on défend une loi « nécessaire pour préserver l’indépendance du pays ». Le ministre des Finances, Matia Kasaija, a indiqué que les craintes étaient « exagérées », ajoutant que des garanties seraient mises en place pour rassurer les investisseurs. « L’Ouganda reste ouvert aux échanges, mais nous ne permettrons pas que des acteurs étrangers dictent notre politique », a-t-il déclaré à la presse locale.

En revanche, l’opposition politique dénonce une loi « liberticide » qui pourrait servir à museler la société civile et les médias. Plusieurs associations de défense des droits humains ont déjà annoncé leur intention de contester le texte devant les instances judiciaires internationales. « Cette loi est un pas de plus vers l’autoritarisme », a réagi Frank Mugisha, militant LGBTQ+ et figure de l’opposition, interrogé par RFI.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’impact réel de cette loi. Le gouvernement ougandais devrait publier d’ici fin juin 2026 des décrets d’application précisant les modalités de contrôle des flux financiers et des partenariats internationaux. Par ailleurs, les réactions des partenaires commerciaux de l’Ouganda — notamment l’Union européenne et les États-Unis — pourraient influencer la perception de cette loi sur la scène internationale. Une chose est sûre : les débats sur son opportunité ne font que commencer.

En attendant, les acteurs économiques locaux et internationaux observent avec attention l’évolution de la situation, conscients que les décisions à venir pourraient redéfinir les équilibres économiques du pays.

Les secteurs les plus exposés sont ceux dépendant fortement des investissements étrangers, comme les infrastructures, les technologies et l’agriculture. Les investisseurs pourraient craindre une perte de garanties juridiques ou une complexification des procédures.