Le titre Eramet a bondi de près de 9,5 % à la Bourse de Paris ce vendredi 12 juin 2026, selon les données de BFM Bourse, dans un contexte de rumeurs persistantes concernant une possible prise de participation du fonds américain Orion Critical Mineral Consortium (Orion CMC) au capital du groupe minier français. Ces informations, relayées par le Financial Times, ont alimenté l’intérêt des investisseurs pour une action jusqu’alors fragilisée par des difficultés financières et managériales.

Selon le quotidien britannique, Orion CMC, créé en 2025 avec un capital initial de 1,8 milliard de dollars et soutenu par les États-Unis ainsi que les Émirats arabes unis, envisagerait d’acquérir tout ou partie des 37 % de parts détenues par la famille industrielle Duval, premier actionnaire d’Eramet. Ces discussions, si elles aboutissaient, s’inscriraient dans une stratégie plus large visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques, comme le lithium ou les terres rares, face à la domination chinoise sur ces ressources.

Ce qu'il faut retenir

  • Eramet en hausse de 9,5 % à Paris ce 12 juin 2026, après des rumeurs sur l’entrée au capital d’Orion CMC.
  • Le fonds, soutenu par les États-Unis et les Émirats arabes unis, pourrait racheter jusqu’à 37 % des parts de la famille Duval, premier actionnaire.
  • Cette opération s’inscrit dans une volonté de contrer la dépendance aux minerais chinois, notamment pour le lithium et les terres rares.
  • Eramet traverse une période difficile : perte nette de 477 millions d’euros en 2025 et endettement élevé, malgré une augmentation de capital de 500 millions d’euros autorisée fin mai.
  • Le groupe a connu des turbulences managériales en 2026, avec le départ de plusieurs dirigeants, dont le directeur général Paulo Castellari.

Un fonds stratégique pour contrer la domination chinoise

Les ambitions d’Orion CMC s’inscrivent dans une logique géopolitique claire : réduire la dépendance des pays occidentaux vis-à-vis de la Chine, qui domine actuellement une large partie des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques. « Un partenariat avec Orion CMC constituerait une nouvelle étape dans la volonté des pays alliés de nouer des partenariats sur les chaînes d’approvisionnement en minéraux », a souligné le Financial Times, citant des sources proches du dossier. Les discussions entre Eramet et Orion CMC interviennent alors que le fonds a déjà engagé des négociations avec le groupe minier anglo-suisse Glencore, notamment pour une prise de participation dans ses actifs en République démocratique du Congo (RDC).

En février 2026, Orion CMC et Glencore ont signé un protocole d’entente non contraignant prévoyant une possible acquisition de 40 % des actifs miniers de Glencore en RDC, incluant les filiales Mutanda Mining et Kamoto Copper Company (KCC), spécialisées dans l’extraction de cuivre et de cobalt. Ces minerais sont essentiels pour les industries technologiques et énergétiques, notamment dans le cadre de la transition vers les énergies renouvelables.

Eramet affaibli par une année 2025 difficile

Le groupe minier français, dont l’État français est le deuxième actionnaire après la famille Duval, traverse une période complexe. Après une année 2025 marquée par une perte nette de 477 millions d’euros et un endettement élevé, les actionnaires ont autorisé fin mai 2026 une augmentation de capital de 500 millions d’euros pour redresser la situation financière. Une décision prise dans un contexte déjà tendu, où le groupe a subi plusieurs secousses managériales en début d’année.

Début 2026, Eramet a enregistré le départ de Paulo Castellari, recruté quelques mois plus tôt au poste de directeur général, puis la « dispense d’activité » du directeur financier, remplacé fin mai par Simon Enochsberg, ancien directeur de cabinet de la présidente-directrice générale Christel Bories. Cette dernière, qui avait dirigé le groupe pendant une décennie avant de conserver uniquement la présidence du conseil d’administration, a repris la direction générale par intérim pour tenter de stabiliser la situation.

Un silence des parties prenantes

Ni Eramet ni Orion CMC n’ont souhaité réagir officiellement aux informations publiées par le Financial Times. Contacté par l’AFP, le groupe minier s’est refusé à tout commentaire, tandis que le fonds américain n’a pas répondu dans l’immédiat. Cette absence de réaction officielle contraste avec l’engouement des investisseurs, qui ont massivement acheté le titre en milieu de journée, faisant de Eramet l’un des plus forts gagnants du CAC 40 et du SBF 120 ce 12 juin.

Le mouvement s’inscrit dans une tendance plus large du marché, où les valeurs minières et technologiques liées aux métaux stratégiques bénéficient d’un regain d’intérêt, notamment en raison des tensions géopolitiques et des enjeux de souveraineté industrielle. D’autres titres du secteur, comme Vicat (+6,9 %) ou Forvia (+5,97 %), ont également enregistré des performances notables, tandis que les grandes valeurs énergétiques comme TotalEnergies (-3,44 %) ont reculé.

Et maintenant ?

Plusieurs éléments restent à éclaircir dans les semaines à venir. D’abord, la faisabilité d’une entrée d’Orion CMC au capital d’Eramet, alors que le groupe doit d’abord finaliser son augmentation de capital de 500 millions d’euros, dont le succès dépendra de l’appétit des investisseurs. Ensuite, l’impact concret que pourrait avoir un éventuel partenariat sur les stratégies industrielles d’Eramet, notamment dans le développement de ses activités liées aux minerais critiques.

Enfin, la réaction des autorités françaises, deuxième actionnaire du groupe, sera déterminante. Paris pourrait en effet voir d’un bon œil une alliance avec un fonds soutenu par les États-Unis et les Émirats arabes unis, mais devrait probablement veiller à ce que les intérêts stratégiques du pays soient préservés dans la gouvernance d’Eramet.

En attendant, l’évolution du titre Eramet dépendra des prochaines déclarations officielles, qu’elles émanent du groupe lui-même ou d’Orion CMC. Les investisseurs, qui parient sur un rebond du groupe, attendent des signaux concrets pour confirmer ou infirmer les rumeurs actuelles. Une chose est sûre : dans un secteur minier de plus en plus marqué par les enjeux géopolitiques, la moindre annonce peut faire basculer les cours.

Reste à savoir si cette embellie boursière se traduira par une amélioration durable de la situation financière et industrielle d’Eramet, ou si elle ne restera qu’un feu de paille dans un contexte économique toujours aussi incertain.

Orion CMC se concentre principalement sur les minerais stratégiques comme le lithium, indispensable pour les batteries des véhicules électriques, et les terres rares, utilisées dans les technologies high-tech et les énergies renouvelables. Le fonds s’intéresse également au cuivre et au cobalt, essentiels pour la transition énergétique et la production d’électronique.

L’État français est le deuxième actionnaire d’Eramet après la famille Duval, qui détient 37 % du capital. La participation de l’État, bien que non précisée dans les documents publics récents, est généralement estimée entre 15 % et 20 % du capital, selon les données disponibles.