Le spécialiste français de la robotique autonome et des systèmes de navigation Exail Technologies (ex-Groupe Gorgé) a chuté de 16% ce vendredi 12 juin à la Bourse de Paris, après avoir annoncé un différend financier de 380 millions d’euros avec son partenaire, le fonds d’investissement britannique ICG. Selon BFM Bourse, ce désaccord porte sur les modalités de remboursement et de rachat des obligations et actions de préférence détenues par ICG dans la filiale Exail Holding.

Ce qu'il faut retenir

  • Un désaccord de 380 millions d’euros oppose Exail Technologies à son actionnaire ICG sur la valorisation de la sortie financière d’ICG.
  • Exail Technologies estime le coût de sortie à 580 millions d’euros, contre 1,1 milliard selon la méthode d’ICG, basée sur le cours de Bourse.
  • L’écart provient principalement de la prime de 18,7% de la création de valeur post-transaction prévue dans l’accord de 2022.
  • Exail Technologies a perdu 16% à la Bourse de Paris dès l’ouverture, après l’annonce du différend.
  • Le groupe prévoit un refinancement avant fin 2026, avec un besoin estimé entre 630 et 897 millions d’euros, selon les méthodes de calcul.
  • La société dispose d’environ 727 millions d’euros de trésorerie d’ici fin 2026, grâce à une émission d’ODIRNANES de 500 millions.

Un litige né d’un accord financier complexe signé en 2022

Le conflit trouve son origine dans l’acquisition d’iXblue, réalisée en 2022 par la filiale Exail Holding, avec le soutien financier d’ICG. À l’époque, Groupe Gorgé (devenu Exail Technologies) détenait 62% d’Exail Holding et s’était engagé à racheter, dans un délai de 4 à 7 ans, l’intégralité des instruments financiers détenus par ICG. Les conditions de ce rachat, dont la formule de calcul était déjà déterminée, prévoyaient également une prime de 18,7% sur la création de valeur post-transaction pour ICG.

Depuis septembre 2025, Exail Technologies travaille activement à son refinancement pour solder cette opération. Or, selon les dernières estimations, la méthode de valorisation retenue par le groupe diffère radicalement de celle proposée par ICG. Exail Technologies a mandaté un cabinet d’expertise pour évaluer la valeur d’Exail Holding. Celui-ci a conclu que le groupe devrait débourser 580 millions d’euros pour racheter les participations d’ICG et 130 millions supplémentaires pour les actionnaires minoritaires. ICG, de son côté, table sur une valorisation basée sur le cours de Bourse d’Exail Technologies, ce qui porterait le coût total à près de 1,1 milliard d’euros.

Un écart de valorisation qui cristallise les tensions

L’écart de 380 millions d’euros entre les deux méthodes d’évaluation illustre les désaccords persistants. « Malgré ce différend, la société va poursuivre les discussions avec son partenaire », a indiqué Exail Technologies dans un communiqué publié jeudi soir. Les contrats prévoient d’ailleurs un protocole de règlement en cas d’impasse, incluant la possibilité de faire appel à des banques d’affaires pour trancher le litige.

Les analystes de TP ICAP Midcap soulignent que ce désaccord était « prévisible », d’autant que les actionnaires s’interrogeaient déjà sur la sortie d’ICG depuis juillet 2025. La performance boursière récente d’Exail Technologies – +24% depuis le début de l’année et près de +500% sur trois ans – a en effet alimenté les débats. Le groupe, spécialisé dans les technologies critiques pour la défense et la navigation, a bénéficié de contrats majeurs liés à l’intensification des tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient et autour du détroit d’Ormuz.

« Exail pourrait être victime de son propre succès, mais cela était en partie anticipé par les actionnaires, qui soulevaient de nombreuses questions sur la sortie d’ICG depuis juillet 2025. »
TP ICAP Midcap

Des répercussions immédiates sur la valorisation et le refinancement

L’annonce du désaccord a provoqué une chute brutale de l’action Exail Technologies à l’ouverture de la séance du 12 juin, avec un recul de 16% à 11h10. Selon Portzamparc, cité par Reuters, la méthode d’ICG, qui indexe le coût de sortie sur le cours de Bourse, crée une boucle où toute amélioration de la valorisation renchérit mécaniquement la facture. Ce mécanisme limite temporairement le potentiel de hausse de l’action, déjà sous pression après les levées de fonds récentes.

Ce litige intervient alors qu’Exail Technologies doit finaliser son refinancement d’ici fin 2026. Les émissions d’obligations convertibles perpétuelles réalisées en octobre 2025 et janvier 2026 devaient couvrir une partie des besoins estimés. Les analystes de TP ICAP Midcap estiment que le groupe devra rembourser entre 630 et 897 millions d’euros selon les méthodes de calcul. Cependant, la trésorerie disponible devrait atteindre 727 millions d’euros grâce à l’émission de 500 millions d’ODIRNANES.

Julien Thomas, analyste chez TP ICAP Midcap, estime que « les deux parties opteront pour un règlement amiable ». Il table sur un décaissement effectif compris entre 210 millions d’euros (méthode Exail) et 477 millions (méthode basée sur le cours). « Dans notre modèle, nous retenons 350 millions d’euros. Nous ne voyons donc pas de surprise majeure », précise-t-il. Dans le scénario le plus défavorable, Exail Technologies pourrait lever 170 millions d’euros de dette bancaire, ce qui maintiendrait son levier financier à un niveau « confortable » (1,3x fin 2026, <1x en 2027).

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des négociations entre Exail Technologies et ICG. Si aucun accord n’est trouvé, les contrats prévoient un recours à des banques d’affaires pour arbitrer la valorisation d’Exail Holding. Le groupe devra également finaliser son refinancement avant la fin de l’année, une échéance qui pourrait être compliquée par ce litige. Les observateurs s’attendent à une résolution amiable, mais le différend illustre les tensions croissantes autour de la valorisation des participations dans un contexte de forte croissance boursière.

Les prochains mois seront donc décisifs pour Exail Technologies, qui devra concilier ses ambitions de refinancement avec la nécessité de trouver un terrain d’entente avec ICG. La capacité du groupe à lever les fonds nécessaires tout en maintenant sa croissance dans un environnement géopolitique instable restera un défi majeur.