La Cour suprême des États-Unis a suspendu, jeudi 11 juin 2026 en soirée, l’exécution par inhalation d’azote de Jeffery Lee, condamné pour deux meurtres commis lors d’un cambriolage en 1998 en Alabama. Selon BMF - International, cette décision intervient après qu’un tribunal fédéral avait estimé que cette méthode d’exécution, consistant à diffuser de l’azote gazeux via un masque jusqu’à provoquer l’asphyxie, était probablement contraire à la Constitution américaine.

Ce qu'il faut retenir

  • Jeffery Lee, 49 ans, devait être exécuté par inhalation d’azote, une première dans l’histoire judiciaire américaine pour un condamné à mort.
  • La Cour suprême a bloqué cette exécution en urgence, sans motiver sa décision, une pratique courante pour les arrêts rendus en procédure accélérée.
  • Cette méthode est dénoncée par des experts de l’ONU comme « cruelle et inhumaine », suscitant des débats éthiques aux États-Unis.
  • En 2025, cinq prisonniers ont été exécutés par inhalation d’azote aux États-Unis, sur un total de 47 exécutions dans le pays.
  • L’Alabama a comptabilisé cinq exécutions en 2025, tout comme la Caroline du Sud et le Texas, tandis que la Floride en a enregistré 19.
  • La peine de mort reste en vigueur dans 27 États américains, dont l’Alabama, tandis que 23 l’ont abolie et trois autres appliquent un moratoire.

La décision de la Cour suprême intervient après une bataille judiciaire mouvementée. Mardi 9 juin, une cour fédérale d’Alabama avait interdit l’utilisation de l’azote comme méthode d’exécution, estimant qu’elle constituait un « châtiment cruel et inhabituel » prohibé par le VIIIe amendement de la Constitution. L’État, qui défendait cette technique comme indolore et conforme aux lois locales, avait immédiatement fait appel auprès de la plus haute juridiction du pays. Celle-ci a finalement refusé de lever le sursis demandé par les avocats de Jeffery Lee, sans fournir de justification écrite – une pratique habituelle pour les décisions rendues en urgence.

Jeffery Lee, aujourd’hui âgé de 49 ans, purgeait une peine de mort depuis près de trois décennies pour le meurtre de deux personnes lors d’un braquage commis en 1998 à Huntsville, en Alabama. Son cas illustre les tensions persistantes autour des méthodes d’exécution aux États-Unis, où les États cherchent des alternatives à l’injection létale, de plus en plus contestée pour son caractère aléatoire et parfois douloureux. Depuis 2020, plusieurs États, dont l’Alabama, l’Oklahoma et le Mississippi, ont légalisé l’inhalation d’azote comme nouvelle technique, présentée comme « rapide et indolore » par ses partisans. Pourtant, des études et des témoignages, comme celui d’un journaliste ayant assisté à une exécution par peloton, soulignent les risques de souffrance prolongée et de complications médicales.

L’inhalation d’azote, bien que peu utilisée à ce jour, suscite une opposition croissante. Selon BMF - International, cette méthode a été appliquée à cinq reprises en 2025 aux États-Unis, sur un total de 47 exécutions recensées dans le pays. L’Alabama, l’un des États les plus actifs en matière de peine de mort, a exécuté cinq condamnés en 2025, tout comme la Caroline du Sud et le Texas. La Floride domine ce classement avec 19 exécutions, principalement réalisées par injection létale. Cette technique, qui consiste à administrer un produit provoquant un arrêt cardiaque, reste la plus répandue, ayant concerné 39 des 47 exécutions en 2025.

Les défenseurs des droits humains, dont Amnesty International, dénoncent une hausse historique des exécutions à l’échelle mondiale. En 2025, au moins 2 707 condamnations à mort ont été recensées, un chiffre record depuis des décennies. Aux États-Unis, la peine capitale reste un sujet clivant. Si 23 États l’ont abolie, 27 la maintiennent dans leur arsenal judiciaire, et trois appliquent un moratoire. Le président Donald Trump, farouche partisan de la peine de mort, a régulièrement appelé à son élargissement pour les « crimes les plus graves ». Cette position contraste avec une tendance globale à l’abolition ou à la réduction des exécutions, portée par des mouvements abolitionnistes de plus en plus influents.

Une méthode controversée, entre arguments médicaux et critiques juridiques

L’Alabama justifiait le recours à l’azote par des arguments médicaux. Selon les autorités locales, cette méthode garantirait une mort « rapide et sans douleur », en privant le cerveau d’oxygène de manière instantanée. Des experts indépendants, ainsi que des rapporteurs spéciaux de l’ONU, contestent cette affirmation. Dans un rapport publié en 2024, ils qualifiaient l’inhalation d’azote de « pratique cruelle et dégradante », rappelant que l’asphyxie peut provoquer des convulsions, des douleurs atroces et une agonie prolongée. « Aucun État ne devrait avoir le droit de torturer un être humain, quel que soit le crime commis », avait alors déclaré Agnès Callamard, rapporteure spéciale de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires.

Le débat dépasse les frontières américaines. En Europe, où la peine de mort est abolie dans la quasi-totalité des pays, cette technique est perçue comme une régression. Plusieurs organisations non gouvernementales, dont Reprieve et Amnesty International, ont appelé les États-Unis à respecter leurs obligations internationales en matière de droits humains. Aux États-Unis même, des procureurs et des juges s’opposent à cette méthode. En 2023, un tribunal du Kentucky avait bloqué une exécution par azote, estimant que son usage violait le principe de « châtiment cruel et inhabituel ». Cette décision avait été confirmée en appel, montrant que les recours juridiques peuvent encore faire obstacle à l’application de cette technique.

Le cas de Jeffery Lee n’est pas isolé. Plusieurs condamnés à mort en Alabama, en Oklahoma et au Mississippi attendent actuellement leur exécution par azote, dans l’attente de décisions judiciaires similaires. Leurs avocats multiplient les recours, invoquant des vices de procédure ou des questions constitutionnelles. Pour l’Alabama, cette suspension représente un revers, mais pas une fin de partie. L’État pourrait tenter de faire annuler la décision fédérale en présentant de nouvelles preuves sur l’innocuité de la méthode. Une audience est d’ailleurs prévue le 25 juin devant une cour d’appel de Birmingham pour trancher définitivement la question.

Et maintenant ?

La prochaine étape judiciaire aura lieu le 25 juin 2026, lorsque la cour d’appel du district nord de l’Alabama examinera les arguments des deux parties. Une décision favorable à l’État pourrait relancer les préparatifs d’exécution pour Jeffery Lee et d’autres condamnés. À l’inverse, une confirmation du blocage fédéral pourrait inciter d’autres États à abandonner cette méthode, déjà rejetée par une partie de la communauté médicale et juridique. Pour l’heure, la Cour suprême n’a pas précisé si elle reviendrait sur sa décision initiale, mais son intervention en urgence montre que la question reste hautement sensible.

Au-delà de ce dossier précis, le débat sur les méthodes d’exécution aux États-Unis devrait s’intensifier dans les mois à venir. Plusieurs projets de loi, visant à interdire ou à encadrer strictement l’usage de l’azote, sont en discussion dans plusieurs États. Parallèlement, les défenseurs des droits humains préparent des recours collectifs, tandis que des enquêtes journalistiques et médicales cherchent à documenter les risques réels de cette technique. Une chose est sûre : l’exécution de Jeffery Lee, quel que soit son dénouement, restera un symbole des tensions persistantes entre justice, éthique et droits fondamentaux aux États-Unis.

Cette méthode est critiquée car elle peut provoquer une asphyxie prolongée et douloureuse, contrairement aux affirmations des autorités locales qui la présentent comme « indolore ». Des experts de l’ONU et des ONG comme Amnesty International la qualifient de « cruelle et inhumaine », rappelant que l’absence d’oxygène peut entraîner des convulsions, une perte de conscience retardée et des souffrances atroces.