Selon BFM Business, la liquidation judiciaire d'Ynsect, spécialiste français de l'élevage d'insectes, soulève des questions sur la viabilité de cette filière en France. Avec 148 millions d'euros de financements publics engagés avant sa faillite, cette entreprise emblématique incarnait pourtant les espoirs d'une industrie innovante. Pourtant, les deux acteurs encore en lice, Agronutris et Innovafeed, affirment avoir réussi leur passage à l'échelle industrielle, malgré des défis persistants.
Ce qu'il faut retenir
- Ynsect, leader français de l'élevage d'insectes, a été placé en liquidation judiciaire, mettant en lumière les risques d'un secteur encore en phase de maturation.
- Agronutris et Innovafeed, les deux derniers acteurs majeurs, revendiquent une production industrielle rentable, avec des coûts et des volumes optimisés sur les trois dernières années.
- Les deux entreprises estiment avoir reçu moins de subventions publiques que Ynsect, mais leur modèle économique repose sur des farines d'insectes vendues à un prix premium pour leurs propriétés environnementales et nutritionnelles.
- Un rapport récent de doctorants contestent ces affirmations, soulignant que les farines d'insectes seraient plus polluantes que les protéines traditionnelles, et remettant en cause l'efficacité des financements publics alloués à la filière.
- Malgré des pertes financières significatives (de 10 à 35 millions d'euros entre 2021 et 2024 pour Innovafeed), les deux entreprises misent sur une croissance progressive et une industrialisation maîtrisée pour atteindre la rentabilité.
Une filière sous le feu des critiques après l'échec d'Ynsect
La disparition d'Ynsect, qui avait pourtant levé 148 millions d'euros de fonds publics, marque un tournant pour la filière française de l'élevage d'insectes. Selon BFM Business, cette liquidation illustre les difficultés d'une industrie encore jeune, où le passage du laboratoire à l'échelle industrielle s'avère semé d'embûches. Pourtant, deux acteurs tentent de prouver que le modèle peut fonctionner : Agronutris et Innovafeed, qui produisent principalement des farines d'insectes destinées à l'alimentation aquacole.
Ces deux entreprises mettent en avant leur capacité à produire en volume, tout en soulignant les avantages environnementaux et nutritionnels de leurs produits. « Notre modèle est vu comme profitable par nos financeurs privés. On n'a pas de problème de débouchés. Notre enjeu, c'est de pouvoir produire du volume à un prix compétitif, pour pouvoir être profitable », a déclaré Cédric Auriol, directeur général d'Agronutris, à BFM Business.
Des arguments économiques et écologiques contestés
Cependant, cette vision est loin de faire l'unanimité. Un rapport récent rédigé par Julie Coumau et Tom Bry-Chevalier, doctorants et militants pour la cause animale, remet en cause les vertus écologiques des farines d'insectes. Selon leurs analyses, basées sur plusieurs études, ces protéines seraient plus émettrices de gaz à effet de serre que les alternatives traditionnelles comme la farine de poisson ou les tourteaux de soja. Le rapport dénonce également l'attribution de 60 millions d'euros pour Agronutris et 30 millions pour Innovafeed (selon leurs estimations), des financements publics jugés disproportionnés au regard des résultats obtenus.
Ces conclusions ont suscité une vive réplique de la part des deux entreprises. « Ils ne connaissent visiblement pas le marché », a rétorqué Aude Guo, cofondatrice d'Innovafeed. Elle précise que son entreprise a multiplié par dix ses volumes produits entre 2021 et 2024, tout en divisant ses coûts de production par sept. « Les subventions françaises représentent environ 3% de nos financements, un ratio assez loin des autres projets d'innovation », a-t-elle ajouté.
Une industrialisation progressive pour éviter les pièges
Pour éviter le sort d'Ynsect, dont la chute s'explique par une croissance trop rapide et des coûts mal maîtrisés, Innovafeed et Agronutris ont choisi des stratégies distinctes mais complémentaires. Innovafeed a opté pour une montée en puissance graduelle depuis 2021, en s'appuyant sur une usine adossée à une amidonnerie et une chaudière biomasse pour réduire sa dépendance au gaz. Résultat : entre 2021 et 2024, les ventes sont passées de 400 000 euros à plus de cinq millions, même si les pertes se sont creusées, passant de 10 à 35 millions d'euros.
De son côté, Agronutris a connu une trajectoire plus chaotique. Après avoir levé 100 millions d'euros en 2021 avec le soutien de Bpifrance et une subvention du programme France Relance, l'entreprise a mis plus de temps que prévu pour atteindre son rythme de croisière. Après la liquidation de sa holding financière, elle a trouvé un repreneur en 2025, la Compagnie des insectes, sans recourir à de nouveaux fonds publics.
« Une première usine, dans n'importe quel secteur, c'est compliqué. En voulant passer des petites productions en laboratoire à l'échelle industrielle, on a deux manières de mourir, soit en faisant trop petit, trop lentement, soit en allant trop vite, trop gros, comme Ynsect », a expliqué Aude Guo à BFM Business.
Un secteur en quête de financements et de légitimité
Malgré leurs différends, les dirigeants d'Agronutris et d'Innovafeed s'accordent sur un point : la filière a besoin de soutiens publics pour se consolider. « On ne peut pas s'arrêter aux premiers échecs, il y a des choses qui marchent (...) et aujourd'hui, la filière et l'industrie en général ont plus que jamais besoin de financements publics », a souligné Aude Guo. Elle rappelle que la Chine accélère dans ce domaine, avec de nombreuses usines en construction, tandis que l'Europe, pionnière dans la recherche, risque de se faire distancer.
Cédric Auriol abonde dans ce sens : « Il y a un écart abyssal entre Agronutris et Ynsect en termes de coûts mais aussi de bénéfices environnementaux. Nos clients sont prêts à acheter nos protéines un peu plus cher que des protéines conventionnelles car c'est une solution de décarbonation ». Selon lui, les farines de mouche soldat noire améliorent la santé, la digestibilité et les indices de consommation chez les animaux, justifiant ainsi leur prix plus élevé.
Alors que les débats sur l'impact environnemental des farines d'insectes persistent, une chose est sûre : l'échec d'Ynsect a servi de signal d'alarme pour une industrie encore en quête de crédibilité. Entre innovation et réalisme économique, la filière doit désormais prouver qu'elle peut concilier performance industrielle et durabilité.
Les deux entreprises se concentrent principalement sur la production de farines d'insectes destinées à l'alimentation aquacole, notamment pour l'élevage de poissons. Leurs clients sont prêts à payer un prix plus élevé en raison des propriétés nutritionnelles et environnementales de ces protéines, qui améliorent la santé des animaux et réduisent l'empreinte carbone par rapport aux farines traditionnelles.
Un rapport de doctorants remet en cause l'efficacité des financements publics, estimant que les farines d'insectes seraient plus polluantes que les protéines traditionnelles. De plus, les coûts de production élevés et la rentabilité encore incertaine des entreprises concernées soulèvent des questions sur l'opportunité de ces aides, alors que des alternatives moins chères existent sur le marché.