« Il ne faut pas voir ça comme un échec de la coopération franco-allemande », a affirmé le directeur général de Safran, Carlos Tavares, au lendemain de l’annonce de l’abandon du Système de Combat Aérien du Futur (SCAF). Selon BMF - International, cette décision, prise conjointement par la France et l’Allemagne, marque un tournant dans le développement des capacités militaires européennes, mais ne remet pas en cause les liens stratégiques entre les deux pays.

Ce qu'il faut retenir

  • Carlos Tavares, directeur général de Safran, a qualifié l’abandon du SCAF de « décision difficile » mais pas d’« échec » de la coopération franco-allemande.
  • Le SCAF, projet phare de la défense européenne, devait aboutir à un chasseur de sixième génération et des drones d’accompagnement d’ici 2030.
  • L’Allemagne et la France ont acté ensemble cette fin, soulignant la nécessité de « clarifier les ambitions industrielles » pour l’avenir.
  • Le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’Armée de l’air et de l’espace, a rappelé que « nous en avons besoin », confirmant l’importance stratégique du projet.
  • Des alternatives bilatérales, notamment avec l’Espagne et le Royaume-Uni, pourraient émerger pour combler les besoins capacitaires.

Un projet ambitieux sacrifié sur l’autel des réalités industrielles

L’abandon du SCAF intervient après des années de négociations complexes entre la France, l’Allemagne et l’Espagne. Initialement prévu pour succéder aux Rafale et Eurofighter d’ici 2030, ce programme devait permettre à l’Europe de disposer d’un système de combat aérien intégré, associant un avion de nouvelle génération et des drones de soutien. « Ce n’est pas un échec, mais une décision difficile qui reflète des désaccords sur les objectifs industriels et les investissements à consentir », a précisé Tavares. Côté allemand, la volonté de privilégier des solutions nationales ou transatlantiques a pesé dans la balance.

Des voix militaires qui regrettent un outil stratégique

Le général Jérôme Bellanger n’a pas caché sa déception : « C’est décevant, car nous avions besoin de ce système pour maintenir notre souveraineté opérationnelle », a-t-il déclaré. Selon lui, l’annulation du SCAF laisse un vide capacitaire que ni les programmes existants ni les partenariats actuels ne pourront combler à court terme. « Nous devons désormais explorer d’autres pistes, comme un renforcement des collaborations avec nos alliés européens ou une accélération des programmes nationaux », a-t-il ajouté. Le général Patrick Dutartre, analyste militaire, abonde dans ce sens : « Abandonner le SCAF, c’est prendre le risque de dépendre davantage des États-Unis ou d’autres acteurs extérieurs. »

La coopération franco-allemande, une alliance plus large que le SCAF

Malgré ce revers, Carlos Tavares a tenu à rappeler que « la relation franco-allemande reste solide et essentielle ». Les deux pays continuent de collaborer sur d’autres projets, comme le char du futur MGCS ou les systèmes de défense antiaérienne. « Le SCAF était un symbole fort, mais il ne doit pas occulter les autres succès de notre partenariat », a-t-il souligné. BMF - International note que cette crise pourrait aussi inciter les deux pays à revoir leur approche industrielle, en privilégiant des coopérations plus ciblées et moins ambitieuses à moyen terme.

« La coopération franco-allemande est un pilier de la défense européenne. Le SCAF était un projet complexe, mais cela ne signifie pas que nous devons baisser les bras. »
— Carlos Tavares, directeur général de Safran

Et maintenant ?

Les prochaines semaines devraient voir se préciser les contours des alternatives au SCAF. Selon des sources proches du dossier, Paris et Berlin pourraient engager des discussions bilatérales avec Madrid pour relancer une version allégée du projet, ou se tourner vers des partenariats avec Londres, notamment dans le cadre du Tempest britannique. Une première réunion informelle est attendue d’ici la fin du mois de juin. Par ailleurs, l’OTAN pourrait jouer un rôle dans la coordination des besoins capacitaires des Européens, afin d’éviter une fragmentation des efforts industriels.

Un contexte géopolitique qui pèse sur les choix stratégiques

L’abandon du SCAF survient dans un contexte marqué par l’instabilité en Europe de l’Est et les tensions au Moyen-Orient. Pour les observateurs, cette décision reflète aussi une prise de conscience : les États européens peinent à concilier leurs ambitions industrielles et leurs contraintes budgétaires. « Dans un environnement où les priorités sont multiples, il est difficile de justifier des investissements massifs dans un seul projet », analyse un expert de la défense sous couvert d’anonymat. En Allemagne, certains responsables politiques ont d’ailleurs appelé à une réorientation des fonds vers des programmes existants, comme le futur avion de combat européen (FCAS) ou les drones MALE.

Côté français, le ministère des Armées a déjà indiqué qu’il étudiait « toutes les options » pour préserver les capacités opérationnelles de l’armée de l’Air et de l’Espace. Une étude de faisabilité sur un avion de combat interim, combinant technologies existantes et innovations, serait en cours. Quant à l’Espagne, son rôle dans le SCAF était crucial, et Madrid pourrait désormais négocier une participation renforcée à d’autres initiatives européennes.

Pour l’heure, aucune date n’a été fixée pour une annonce officielle sur la suite à donner à ce dossier. En attendant, les industriels français et allemands continuent de travailler sur des briques technologiques clés, comme les moteurs ou les systèmes de communication, qui pourraient être réutilisées dans d’autres programmes.

Parmi les pistes envisagées figurent un renforcement des collaborations avec l’Espagne sur le FCAS, une accélération des programmes nationaux comme le Rafale F5, ou encore une participation accrue aux initiatives britanniques comme le Tempest. Aucune décision n’a encore été actée, mais des discussions exploratoires sont en cours.

Non. Les deux pays continuent de travailler ensemble sur d’autres projets, comme le char du futur MGCS ou les systèmes de défense antiaérienne. Carlos Tavares a d’ailleurs insisté sur le fait que « la relation franco-allemande reste solide et essentielle », malgré ce revers.