L'archipel des Comores s'enfonce dans une crise économique et sociale alors qu'une grève générale, déclenchée par le principal syndicat des transports, paralyse depuis trois jours l'ensemble du territoire. Selon France 24, cette mobilisation s'inscrit dans un contexte de flambée des prix des carburants, directement liée aux tensions persistantes au Moyen-Orient, où la guerre entre l'Iran et la coalition israélo-américaine continue de perturber les marchés énergétiques mondiaux.

Le conflit, qui oppose depuis plus d'un an Téhéran à une alliance dirigée par Washington et Tel-Aviv, a provoqué une hausse de plus de 40 % du cours du baril de pétrole en six mois. Aux Comores, où le prix de l'essence a atteint un niveau historique de 1,80 euro le litre — soit une augmentation de 35 % sur un an —, les conséquences se font sentir immédiatement. « Les transporteurs ne peuvent plus assumer les coûts, et les commerçants ferment boutique faute de pouvoir livrer leurs marchandises », a expliqué hier le secrétaire général du syndicat des transports, Moussa Bacar, lors d'une conférence de presse improvisée à Moroni.

Ce qu'il faut retenir

  • Une grève générale paralyse les Comores depuis trois jours, déclenchée par le principal syndicat des transports.
  • Le prix du carburant a augmenté de 35 % sur un an, atteignant 1,80 euro le litre.
  • La hausse des prix est directement liée à la guerre au Moyen-Orient entre l'Iran et la coalition israélo-américaine.
  • Plusieurs commerces et entreprises ont fermé leurs portes en raison des pénuries et des coûts insoutenables.
  • La crise s'ajoute à une situation économique déjà fragile, avec un taux de chômage dépassant 30 %.

Une économie à l'arrêt : commerces fermés et transports paralysés

Sur l'île principale de Grande Comore, comme sur Anjouan et Mohéli, les rues des villes sont désertes. Les stations-service, faute de stock, ont cessé de distribuer du carburant, tandis que les chauffeurs de taxi et les propriétaires de minibus refusent de prendre la route. « Nous n'avons plus les moyens d'acheter du diesel pour nos véhicules. Si la situation persiste, c'est toute l'économie locale qui s'effondrera », a témoigné Ali Soilihi, gérant d'une petite entreprise de transport à Iconi. Les fermetures d'entreprises se multiplient : boulangeries, épiceries, ateliers de réparation... Autant de secteurs touchés de plein fouet par l'incapacité à se ravitailler en carburant ou à payer des salaires décents.

Selon les premières estimations, plus de 60 % des commerces de la capitale, Moroni, ont suspendu leurs activités. Les marchés, où s'approvisionnent quotidiennement des milliers de ménages, sont en partie à l'abandon. Les autorités locales, déjà en difficulté pour importer des denrées de base, peinent à trouver des solutions. « Nous dépendons à 90 % des importations pour notre énergie et notre nourriture. Sans carburant, rien ne fonctionne », a souligné le gouverneur de Grande Comore, Saïd Attoumani, dans un communiqué diffusé ce matin.

Un contexte régional explosif

La crise aux Comores s'inscrit dans une région africaine déjà sous tension. En Afrique de l'Est, les pays comme le Kenya ou la Tanzanie subissent eux aussi les répercussions de la hausse des prix de l'énergie, mais avec des moyens différents pour y faire face. Aux Comores, l'archipel ne dispose ni de réserves stratégiques ni d'une industrie pétrolière locale pour amortir le choc. « Nous sommes un petit État insulaire, sans ressources naturelles majeures. Notre dépendance au pétrole importé nous rend particulièrement vulnérables », a rappelé l'économiste comorien Youssouf Said, professeur à l'Université des Comores.

Cette vulnérabilité est d'autant plus préoccupante que les Comores traversent une période de sécheresse prolongée, affectant les récoltes et augmentant les besoins en importations alimentaires. Le Fonds monétaire international (FMI) avait déjà alerté en 2025 sur la « fragilité accrue » de l'économie comorienne, avec une dette publique représentant plus de 60 % du PIB. Aujourd'hui, la crise actuelle pourrait aggraver encore ce déséquilibre.

Et maintenant ?

La direction du syndicat des transports a annoncé une nouvelle réunion avec le gouvernement ce 14 mai 2026 pour tenter de trouver une issue à la grève. Les revendications portent sur un gel immédiat des prix des carburants et une subvention exceptionnelle de l'État. Du côté des autorités, le ministre de l'Économie, Mohamed Said Fazul, a évoqué la possibilité de solliciter une aide d'urgence auprès de l'Union africaine ou de la Banque africaine de développement, sans préciser de calendrier. « Nous étudions toutes les options, y compris une éventuelle négociation avec les fournisseurs de pétrole », a-t-il indiqué hier soir.

Dans l'immédiat, les Comoriens doivent faire face à des files d'attente interminables devant les rares commerces encore approvisionnés. Les observateurs craignent que la situation ne dégénère si les pénuries s'aggravent, notamment en produits de première nécessité comme le riz ou le sucre. Une réunion d'urgence du Conseil des ministres est prévue pour demain, mais les solutions à court terme restent limitées. « Sans carburant, il n'y a pas de livraisons, et sans livraisons, il n'y a pas de nourriture. C'est un cercle vicieux », résume un responsable humanitaire sous couvert d'anonymat.

Cette crise aux Comores illustre une fois de plus l'extrême fragilité des petits États insulaires face aux chocs externes, qu'ils soient géopolitiques, économiques ou climatiques. Pour l'archipel, l'enjeu n'est plus seulement de survivre à la grève actuelle, mais de repenser en profondeur son modèle de développement — avant que la prochaine perturbation ne frappe.