Une étude récente met en lumière les conséquences durables d’une infection par le virus Andes, longtemps considérée comme guérie après la phase aiguë. Selon Euronews FR, les survivants du syndrome cardiopulmonaire à hantavirus (HCPS) continuent de souffrir, plusieurs mois après leur sortie d’hôpital, de symptômes physiques et psychologiques persistants. Ces résultats, issus d’un suivi de 21 patients par des chercheurs de la Pontificia Universidad Católica de Chile, soulèvent des questions sur la prise en charge des maladies infectieuses au-delà de leur phase critique.

Ce qu'il faut retenir

  • Une période d’incubation pouvant atteindre huit semaines, couplée à l’absence de traitement antiviral ou de vaccin, rend ce virus particulièrement redouté.
  • Le syndrome cardiopulmonaire à hantavirus (HCPS) affiche un taux de mortalité pouvant atteindre 50 % sans prise en charge précoce en soins intensifs.
  • Sur les 21 survivants suivis entre trois et six mois après leur sortie d’hôpital, aucun n’était totalement rétabli.
  • Plus de 60 % des patients déclarent ne pas être complètement remis, avec en moyenne 11 à 12 symptômes persistants par personne.
  • Près d’une personne sur cinq n’avait pas repris le travail ou les études six mois après l’infection.

Un virus connu mais redouté pour son évolution imprévisible

Le virus Andes, responsable du HCPS, n’est pas une nouveauté. Des recherches menées depuis des années ont identifié les zones où il circule, ses modes de transmission — principalement par contact avec des rongeurs infectés — et son mécanisme pathogène. Pourtant, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle, selon Euronews FR, qu’aucune preuve ne permet d’affirmer qu’il pourrait déclencher une pandémie comparable à celle du Covid-19. Deux éléments alimentent cependant les craintes : une période d’incubation pouvant durer jusqu’à deux mois, rendant le diagnostic tardif, et l’absence de tout traitement antiviral ou vaccin autorisé à ce jour.

Lorsque l’infection évolue vers un HCPS, la maladie se manifeste par une forme grave de détresse respiratoire. Dans ce cas, une prise en charge immédiate en unité de soins intensifs s’avère cruciale. Sans cela, le taux de mortalité peut atteindre la moitié des patients atteints. Malgré ces risques bien documentés, la prise en charge post-hospitalisation reste insuffisante pour de nombreux survivants.

Le « long hantavirus » : une réalité méconnue

La pandémie de Covid-19 a modifié la perception des maladies infectieuses. Elle a notamment mis en lumière l’existence de symptômes persistants après la phase aiguë, comme le « Covid long ». Cette prise de conscience a conduit les scientifiques à s’interroger sur un phénomène similaire pour le hantavirus. Une étude chilienne, menée par des chercheurs de la Pontificia Universidad Católica de Chile, a suivi 21 survivants du HCPS pendant trois à six mois après leur sortie d’hôpital. Les résultats sont alarmants : aucun patient n’était totalement rétabli à l’issue de ce délai.

Les participants ont été répartis en deux groupes selon la gravité de leur maladie et la nécessité ou non d’une oxygénation par membrane extracorporelle (ECMO), un dispositif de réanimation utilisé en cas de défaillance cardio-pulmonaire. Tous présentaient des symptômes persistants. Plus de 60 % des patients estimaient ne pas être complètement remis, et la charge symptomatique moyenne s’élevait à 11 ou 12 manifestations par personne. Seuls les cas les plus graves, ayant nécessité une ECMO, avaient bénéficié d’un suivi en rééducation, comme de la kinésithérapie ou un accompagnement psychologique. Parmi les autres, à peine 30 % avaient eu accès à ce type de soins.

Des symptômes physiques et psychologiques qui persistent

Les séquelles observées chez les survivants ne se limitent pas à la dimension physique. Les patients, qu’ils aient été gravement ou légèrement atteints, décrivaient une combinaison de troubles persistants. Les symptômes les plus fréquents incluaient fatigue chronique, troubles moteurs, perte de cheveux, insomnie, anxiété, problèmes de mémoire, cauchemars et troubles sensoriels. Si les cas graves présentaient des troubles de la motricité ou des palpitations cardiaques, les formes légères n’étaient pas épargnées pour autant.

La dégradation de la qualité de vie était un constat unanime. Les difficultés ne se cantonnaient pas à la sphère physique : l’isolement social, la stigmatisation et l’automédication sont devenus des réalités pour de nombreux survivants. Près de 100 % des patients ayant présenté une forme légère de HCPS recouraient à des antalgiques, des somnifères ou des compléments vitaminiques pour gérer leurs symptômes. Dans le groupe des patients ayant nécessité une ECMO, 45,5 % se sentaient stigmatisés au travail ou à l’école, craignant une transmission du virus par les rongeurs.

Un retour à la normale long et incertain

Le chemin vers la guérison s’avère particulièrement ardu. Six mois après leur sortie d’hôpital, près d’une personne sur cinq n’avait toujours pas repris le travail ou les études. Parmi ceux qui avaient repris une activité, la reprise s’était étalée sur environ trois mois et demi en moyenne, avec des performances réduites à leur retour. Ce délai de récupération était similaire, quelle que soit la gravité de la maladie ou la nécessité d’une ECMO.

Les auteurs de l’étude soulignent que ces résultats mettent en lumière une lacune majeure dans la prise en charge des patients atteints de maladies infectieuses graves. « Se contenter de maintenir les patients en vie pendant la phase aiguë ne suffit pas », a déclaré l’un des chercheurs, cité par Eurnews FR. « Il faut organiser un suivi à long terme, multidisciplinaire, après la sortie de l’hôpital, et renforcer le soutien social ainsi que la compréhension de l’entourage pour aider les survivants à reconstruire pleinement leur vie. »

Et maintenant ?

Cette étude, bien que limitée par son faible échantillon de 21 patients, ouvre la voie à de nouvelles recherches sur les séquelles à long terme des infections par hantavirus. Les scientifiques appellent à une meilleure prise en charge post-hospitalisation, incluant un suivi médical, psychologique et social. À l’heure où des cas récents ont été signalés parmi des passagers de croisière, la question de la prévention et de l’information du public devient cruciale. Les autorités sanitaires pourraient-elles envisager des campagnes de sensibilisation sur les risques et les mesures de précaution à adopter ? La réponse reste à construire.

Pour l’heure, le virus Andes et le HCPS restent des maladies rares mais redoutables. Leur prise en charge doit évoluer pour ne plus se limiter à la survie, mais inclure la reconstruction de la qualité de vie des patients. Une réflexion qui dépasse le cadre strictement médical pour s’étendre à la société tout entière.

Les survivants rapportent principalement une fatigue chronique, des troubles moteurs, une perte de cheveux, de l’insomnie, de l’anxiété, des problèmes de mémoire, des cauchemars et des troubles sensoriels. Ces symptômes peuvent persister plusieurs mois, voire plus, après la phase aiguë de la maladie.