Le gouvernement hongrois dirigé par Péter Magyar souhaite modifier la Loi fondamentale du pays afin de permettre la destitution du président de la République, Sulyok Tamás, élu en 2024 sous l’influence de Viktor Orbán. Cette annonce intervient après une série de tensions entre le Premier ministre et le chef de l’État, que Magyar accuse d’avoir « trahi » la République hongroise. Selon Euronews FR, cette révision constitutionnelle s’inscrit dans une volonté plus large de réformer les institutions pour les rendre plus représentatives et démocratiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Péter Magyar, Premier ministre depuis avril 2026, accuse le président Sulyok Tamás de ne pas avoir défendu les valeurs démocratiques du pays, notamment face aux déclarations controversées de l’ancien Premier ministre Viktor Orbán.
  • Le gouvernement souhaite modifier la Constitution pour permettre la destitution du président, une procédure actuellement impossible dans l’ordre constitutionnel hongrois.
  • Magyar Péter propose également d’élargir le rôle des citoyens dans l’élection du président, actuellement désigné par les 199 députés de l’Assemblée nationale à scrutin secret.
  • Sulyok Tamás a refusé de démissionner, affirmant vouloir coopérer avec le gouvernement pour le décaissement des fonds européens et attend l’avis de la Commission de Venise.
  • Outre le président, le Premier ministre demande la démission de plusieurs hauts responsables, dont le procureur général, le président de la Cour constitutionnelle et celui de la Cour suprême.

Une crise institutionnelle ouverte entre le Premier ministre et le président

Lors d’une conférence de presse tenue devant le Palais Sándor à Budapest ce 1er juin 2026, Péter Magyar a vivement critiqué Sulyok Tamás, l’accusant d’avoir « abandonné la République hongroise » et de ne pas avoir défendu l’État de droit. « Tout comme Viktor Orbán a abandonné les Hongrois, Sulyok Tamás, qu’il a nommé, a abandonné la République hongroise », a-t-il déclaré. Le Premier ministre a souligné que l’institution présidentielle devait primer sur les individus, et que les silences et manquements des dernières années avaient affaibli son autorité.

Magyar a annoncé vouloir engager une révision de la Loi fondamentale pour permettre la destitution du président. « J’ai informé le président de la République que, s’il maintient sa position et ne démissionne pas de son propre gré, j’informerai dès aujourd’hui les députés de Tisza de sa décision et nous engagerons sans délai les procédures nécessaires », a-t-il précisé. La révision ne viserait pas uniquement Sulyok Tamás, mais s’appliquerait à d’autres dirigeants de l’État, selon ses déclarations.

Des propositions de réforme pour renforcer la démocratie

En marge de cette crise, Péter Magyar a évoqué la possibilité de réformer le mode d’élection du président de la République. Actuellement, celui-ci est élu par les 199 députés de l’Assemblée nationale hongroise lors d’un scrutin indirect à bulletin secret, les candidats devant être parrainés par 40 parlementaires. Le Premier ministre a suggéré d’envisager une élection présidentielle au suffrage universel direct ou une autre formule à discuter avec ses collègues députés. « La Loi fondamentale est parfaitement claire : le président de la République incarne l’unité de la nation et veille au fonctionnement démocratique des institutions de l’État », a-t-il rappelé.

Magyar a également critiqué l’attitude de Sulyok Tamás face aux propos controversés de Viktor Orbán, qui avait évoqué en 2023 l’existence de « parasites » à « balayer » dans la société hongroise. Selon le Premier ministre, le président aurait dû réagir publiquement pour rappeler que « dans la République hongroise, il n’y a pas de citoyens à “balayer” ». Sulyok Tamás aurait répondu que ces déclarations relevaient de l’opinion politique et qu’il n’était pas nécessaire d’intervenir, selon Magyar.

Sulyok Tamás refuse de démissionner et attend l’avis de la Commission de Venise

Dans une vidéo diffusée sur Facebook dimanche 31 mai 2026, Sulyok Tamás a réaffirmé qu’il ne comptait pas démissionner de ses fonctions. « Je souhaite continuer à coopérer avec le gouvernement et à contribuer à l’adoption des lois nécessaires au décaissement des fonds européens », a-t-il indiqué. Il a ajouté qu’il attendrait l’avis de la Commission de Venise concernant sa situation avant de prendre une décision.

En réaction, Péter Magyar a publié un message sur le même réseau social, qualifiant Sulyok Tamás de dirigeant qui « ne s’est jamais rangé ni du côté des plus vulnérables, ni en défense de l’État de droit ». Il a ironisé en soulignant que le président défendait « son salaire mensuel de 6,3 millions de forints » plutôt que de présenter des excuses. Magyar a fixé au 31 mai la date limite pour la démission du chef de l’État et de plusieurs hauts responsables publics, une échéance qu’il a rappelée dimanche après-midi avant de se rendre à la résidence présidentielle lundi matin en compagnie de la ministre de la Justice.

Une liste de hauts responsables visés par la demande de démission

Outre Sulyok Tamás, le Premier ministre a demandé le départ de plusieurs figures clés du système judiciaire et institutionnel hongrois. Parmi elles figurent le procureur général Nagy Gábor Bálint, le président de la Cour constitutionnelle Péter Polt et les 14 autres membres de cette juridiction. Sont également concernés Varga Zs. András, président de la Kúria (Cour suprême), Senyei György Barna, président de l’Office national de la justice, Windisch László, président de la Cour des comptes, Rigó Csaba Balázs, président de l’Autorité de la concurrence, et Koltay András, président de l’Autorité nationale des médias et des communications.

Cette demande s’inscrit dans une volonté affichée par Péter Magyar de « nettoyer » les institutions qu’il juge trop inféodées à l’héritage politique de Viktor Orbán. Par le passé, il avait qualifié Sulyok Tamás de « président marionnette », estimant que sa nomination répondait à un besoin de loyauté envers le Fidesz plutôt qu’à la défense des institutions. Les cinq derniers présidents hongrois – Pál Schmitt, János Áder, Katalin Novák et Sulyok Tamás – ont tous été élus grâce à la majorité constituante du Fidesz et ont soutenu les gouvernements d’Orbán.

Et maintenant ?

Péter Magyar doit discuter des prochaines étapes avec les députés de son parti, Tisza, dans la journée du 1er juin 2026. Une décision concernant la révision constitutionnelle pourrait être prise dès aujourd’hui, mais rien n’est encore certain. La situation reste fluide, notamment en raison de l’opposition de Sulyok Tamás à démissionner et de son recours auprès du Conseil de l’Europe. Les prochaines heures seront déterminantes pour savoir si le gouvernement parvient à faire adopter ses réformes institutionnelles.

Cette crise illustre les tensions persistantes au sein du camp conservateur hongrois depuis la chute du gouvernement Orbán. La révision constitutionnelle, si elle aboutit, pourrait profondément modifier l’équilibre des pouvoirs en Hongrie. Reste à voir comment les institutions européennes, notamment la Commission de Venise, réagiront à cette tentative de destitution d’un président élu.

En Hongrie, le président de la République est élu par les députés depuis l’adoption de la Loi fondamentale en 2011. Ce mode de scrutin indirect a été conçu pour renforcer le contrôle du parti majoritaire sur l’institution présidentielle. Les candidats doivent être parrainés par au moins 40 parlementaires, ce qui limite les possibilités de candidature indépendante. Cette réforme avait été critiquée par l’opposition, qui y voyait une tentative de politisation accrue de la présidence.