Selon Ouest France, les feux de forêt représentent une menace croissante pour les populations et les habitations en France, un risque jusqu’ici largement sous-estimé. Pauline Vilain-Carlotti, géographe spécialisée dans l’étude des interfaces entre zones habitées et espaces naturels, souligne l’urgence d’agir sur deux leviers majeurs : la prévention et l’aménagement du territoire. « Lutter contre l’étalement urbain est le nerf de la guerre », a-t-elle déclaré dans un entretien accordé au quotidien régional. Une prise de position qui intervient alors que les épisodes de feux de forêt se multiplient en Europe, aggravés par les effets du réchauffement climatique.

Ce qu'il faut retenir

  • Les feux de forêt menacent de plus en plus les habitations et les populations, un risque jusqu’ici négligé par les politiques publiques.
  • Pauline Vilain-Carlotti, géographe, insiste sur l’urgence de réduire l’étalement urbain pour limiter ces risques.
  • L’interface entre zones habitées et forêts, mal encadrée, aggrave la vulnérabilité des territoires face aux incendies.
  • Les feux de forêt en Europe se multiplient, exacerbés par les effets du changement climatique.

Un risque sous-estimé pour les populations

Pour Pauline Vilain-Carlotti, les incendies de forêt ne concernent plus uniquement les espaces naturels isolés. « Les feux touchent désormais des zones de plus en plus proches des habitations, avec des conséquences directes sur les vies humaines et les biens », explique-t-elle. Selon ses travaux, près de 30 % des feux récents en France ont affecté des zones habitées ou périurbaines, un chiffre en constante augmentation depuis une décennie. Les exemples récents, comme les incendies en Provence-Alpes-Côte d’Azur ou en Occitanie, illustrent cette tendance.

Le phénomène s’explique en partie par l’urbanisation croissante en bordure des massifs forestiers. Les territoires ruraux se densifient, tandis que les forêts, moins entretenues, deviennent plus inflammables. « On assiste à une artificialisation des sols qui réduit les espaces de régulation naturelle et expose davantage les populations », précise la géographe.

L’étalement urbain, un accélérateur de risques

L’un des principaux problèmes identifiés par Pauline Vilain-Carlotti réside dans l’étalement urbain, qui favorise la création de zones dites « d’interface habitat-forêt ». Ces secteurs, où les maisons et les forêts se côtoient, sont particulièrement vulnérables aux incendies. « Quand une forêt brûle à proximité d’un lotissement, les flammes se propagent plus rapidement et les évacuations deviennent chaotiques », souligne-t-elle. En 2025, plus de 5 000 hectares de zones urbaines ou périurbaines ont été ravagés par des feux en France, selon les données de l’Observatoire de la forêt méditerranéenne.

Pour y remédier, la spécialiste plaide pour un encadrement strict des constructions en bordure de forêt. « Il faut limiter les nouvelles implantations dans ces zones à risque et imposer des normes de sécurité renforcées, comme des défrichements préventifs ou des coupures de végétation autour des habitations », propose-t-elle. Une approche qui pourrait, selon elle, réduire significativement les dégâts humains et matériels.

Des solutions existent, mais leur mise en œuvre reste limitée

Face à l’ampleur du défi, Pauline Vilain-Carlotti rappelle que des mesures concrètes ont déjà été proposées, sans toujours être appliquées. Parmi elles, la création de « zones tampons » entre forêts et zones habitées, ou encore l’obligation de débroussaillage pour les propriétaires riverains. « La loi existe, mais son application est inégale », constate-t-elle. En 2024, seulement 40 % des communes concernées par des risques d’incendie avaient mis en place un plan de prévention adapté, selon un rapport du Ministère de la Transition écologique.

La géographe insiste aussi sur la nécessité de mieux informer les populations. « Beaucoup de propriétaires ne mesurent pas les dangers auxquels ils s’exposent en construisant en bordure de forêt », explique-t-elle. Des campagnes de sensibilisation, comme celles menées dans les Alpes-de-Haute-Provence ou les Pyrénées-Orientales, montrent pourtant des résultats encourageants. « Quand les habitants comprennent les risques, ils adoptent des comportements plus responsables », note-t-elle.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes pourraient être explorées dans les mois à venir pour renforcer la prévention. Un projet de loi visant à mieux encadrer l’urbanisation en zones à risque est actuellement à l’étude au Parlement. Son adoption, prévue d’ici la fin de l’année, pourrait marquer un tournant dans la gestion des interfaces habitat-forêt. Par ailleurs, des discussions sont en cours entre l’État et les collectivités locales pour accélérer la mise en œuvre des plans de prévention des risques incendies (PPRI), souvent jugés trop lents à se concrétiser.

Pour Pauline Vilain-Carlotti, l’enjeu est désormais de passer des déclarations aux actes. « On parle beaucoup de résilience face aux incendies, mais la vraie résilience, c’est d’éviter que les catastrophes ne se produisent », conclut-elle. Une urgence qui ne saurait attendre.

Selon les données disponibles, les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur, Occitanie et Corse restent les plus touchées, suivies par Auvergne-Rhône-Alpes et Nouvelle-Aquitaine. Ces territoires cumulent à la fois un climat sec, des forêts denses et une forte pression urbaine en bordure des massifs.