Selon Le Figaro, Augustine Passilly, correspondante en Éthiopie du quotidien français La Croix depuis septembre 2023, a été expulsée du pays à la suite du retrait de son accréditation accordée par les autorités éthiopiennes. Cette décision, annoncée le 12 juin 2026 par La Croix, intervient après le retour de la journaliste d’un reportage mené dans la région du Tigré, située dans le nord du pays et actuellement sous haute tension.
Ce qu'il faut retenir
- Augustine Passilly, correspondante de La Croix en Éthiopie depuis septembre 2023, a été expulsée après le retrait de son accréditation début juin 2026.
- La décision a été prise au retour d’un reportage réalisé dans la région instable du Tigré, où elle travaillait notamment sur le sujet du recrutement forcé.
- Thomas Hofnung, chef du service international de La Croix, dénonce une « décision arbitraire et incompréhensible », assimilée à une atteinte à la liberté de la presse.
- L’Éthiopie, dirigée par le Premier ministre Abiy Ahmed depuis 2018, recule en matière de liberté de la presse, selon Reporters sans frontières (RSF).
- Le pays occupe le 148ᵉ rang sur 180 au classement mondial de RSF en 2026, avec cinq journalistes emprisonnés.
Cette expulsion survient alors que les relations entre les autorités fédérales et les autorités locales du Tigré restent extrêmement tendues, risquant de plonger la région dans un nouveau conflit armé. Entre 2020 et 2022, un premier affrontement dans cette zone avait déjà causé, selon les estimations de l’Union africaine — parfois jugées sous-évaluées —, la mort d’au moins 600 000 personnes.
Une décision qualifiée d’arbitraire par le média français
Pour La Croix, la mesure prise à l’encontre d’Augustine Passilly relève d’une volonté délibérée de restreindre l’accès à l’information dans une région en proie à une crise humanitaire et politique. Le retrait de son accréditation, effectif en début de semaine, a entraîné son expulsion immédiate, sans qu’aucune explication officielle ne soit fournie aux autorités du quotidien français.
« C’est une décision incompréhensible qui est une atteinte à la liberté de la presse. Elle a été expulsée à partir du moment où on lui a retiré son accréditation », a affirmé Thomas Hofnung, chef du service international de La Croix, lors d’une déclaration rapportée par Le Figaro. Selon lui, la journaliste n’a « enfreint aucun règlement » et s’était rendue au Tigré dans le cadre de reportages, notamment sur la question du recrutement forcé dans cette région.
« Nous ressentons de la stupeur car elle n’a enfreint aucun règlement, elle s’était rendue au Tigré pour faire des sujets, notamment sur le recrutement forcé au Tigré. »
Thomas Hofnung, chef du service international de La Croix
Le gouvernement éthiopien n’a pas encore réagi publiquement à cette affaire. Cependant, ce type de mesure s’inscrit dans un contexte plus large de restriction progressive des libertés fondamentales dans le pays. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed en 2018, des signes d’ouverture avaient initialement été observés, comme la libération de plusieurs opposants politiques et journalistes. Pourtant, les organisations de défense des droits humains, dont Reporters sans frontières (RSF), constatent aujourd’hui un durcissement croissant du régime.
L’Éthiopie recule en matière de liberté de la presse
Selon le dernier classement publié par RSF en 2026, l’Éthiopie occupe désormais la 148ᵉ place sur 180 pays en matière de liberté de la presse, soit un recul de trois places en un an. Cette dégradation reflète une « forte reprise en main de l’information » par le pouvoir central, selon l’ONG. Cinq journalistes sont actuellement emprisonnés dans le pays, un chiffre en hausse ces dernières années.
Les tensions autour du Tigré, région autonome du nord de l’Éthiopie, jouent un rôle central dans cette dynamique. Après un premier conflit entre 2020 et 2022 ayant fait, selon les estimations, au moins 600 000 morts, les autorités locales et fédérales s’affrontent à nouveau sur des questions de gouvernance, de ressources et de contrôle territorial. La présence de milices et de forces armées non régulées aggrave encore l’instabilité.
Dans ce contexte, l’expulsion d’une journaliste étrangère comme Augustine Passilly illustre les difficultés croissantes rencontrées par les médias internationaux pour couvrir les événements dans certaines zones du pays. Plusieurs organisations non gouvernementales ont déjà dénoncé les restrictions imposées aux reporters, qualifiées de « censure déguisée » par certains observateurs.
Un précédent inquiétant pour les correspondants étrangers
Cette affaire n’est pas isolée : elle s’ajoute à une série de mesures restrictives prises ces derniers mois à l’encontre de journalistes étrangers en Éthiopie. En avril 2026, une journaliste française accréditée à Tel-Aviv avait également été refoulée par les autorités israéliennes alors qu’elle couvrait le conflit israélo-palestinien, comme l’avait rapporté Le Figaro à l’époque. Ces deux cas soulèvent des questions quant à l’accès des médias internationaux à des zones de conflit ou de crise.
Pour La Croix, cette expulsion représente une perte majeure pour la couverture médiatique du Tigré, une région où la désinformation et le manque d’informations indépendantes compliquent la compréhension des dynamiques locales. « La liberté de la presse est un pilier essentiel de la démocratie. Quand une journaliste est expulsée sans raison valable, c’est toute la société qui en pâtit », a souligné Thomas Hofnung.
Côté éthiopien, aucune date n’a été communiquée concernant un éventuel retour de la journaliste sur le territoire. Les observateurs s’attendent à ce que les autorités maintiennent leur position, au risque de voir la crise diplomatique s’amplifier. Pour La Croix, cette expulsion rappelle les défis persistants rencontrés par les médias indépendants dans des régions où l’information est de plus en plus contrôlée par les pouvoirs en place.
L’Éthiopie est classée 148ᵉ sur 180 pays par Reporters sans frontières (RSF) en 2026 en matière de liberté de la presse, en raison notamment d’un durcissement du régime, de l’emprisonnement de journalistes et d’une censure accrue. Les tensions régionales, comme celles observées au Tigré, aggravent encore les difficultés pour les médias internationaux souhaitant couvrir les événements.
La Croix a annoncé qu’elle allait saisir les autorités diplomatiques françaises pour obtenir des explications et, si possible, une révision de la décision. L’objectif est de faire pression sur les autorités éthiopiennes afin de permettre le retour de sa correspondante ou, à défaut, de garantir l’accès des médias à des informations fiables depuis le Tigré.