Jean Maïa, nouveau président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), a présenté ce 12 juin 2026 au Premier ministre le rapport d’activité de l’institution pour l’année 2025. Selon Le Monde, cette édition se distingue par un volume inédit de dossiers traités et une intensification des missions face aux enjeux géopolitiques actuels. Cette hausse d’activité reflète l’extension des prérogatives de la HATVP, notamment dans la lutte contre les ingérences étrangères, un sujet devenu central dans le paysage institutionnel français.

Ce qu'il faut retenir

  • Jean Maïa, président de la HATVP, a remis au Premier ministre le rapport d’activité 2025 de l’institution le 12 juin 2026.
  • L’année 2025 a marqué un taux d’activité sans précédent pour la HATVP, avec une augmentation significative du nombre de dossiers traités.
  • Les missions de l’autorité ont été élargies en 2025 pour répondre aux risques accrus d’ingérences étrangères dans la vie publique française.
  • Le rapport inclut des propositions de réforme structurelle visant à renforcer l’indépendance et l’efficacité de l’institution.

Une année 2025 marquée par l’intensification des missions

Selon les données communiquées par la HATVP, l’institution a enregistré une croissance de 40 % du nombre de signalements traités en 2025 par rapport à l’année précédente. Cette hausse s’explique en grande partie par l’élargissement de ses compétences, notamment dans la détection des interférences étrangères dans les processus démocratiques. Les rapports d’évaluation des déclarations de patrimoine et d’intérêts des responsables publics ont également connu une progression de 25 %, reflétant une vigilance accrue des citoyens et des médias.

Parmi les évolutions notables, la HATVP a renforcé ses outils de surveillance des conflits d’intérêts et des prises de position publiques des élus. « Nous avons adapté nos méthodes pour répondre à un environnement où les pressions extérieures se multiplient », a expliqué Jean Maïa lors de la présentation du rapport. Il a souligné que 20 % des dossiers ouverts en 2025 concernaient des alertes liées à des ingérences potentielles, un chiffre en forte augmentation par rapport aux années précédentes.

Des propositions de réforme pour moderniser l’institution

Le rapport remis ce jour au gouvernement contient une série de mesures destinées à renforcer l’autonomie de la HATVP. Parmi les pistes avancées figurent l’augmentation des effectifs de l’autorité, actuellement composée de 80 agents, et l’élargissement de ses pouvoirs de sanction. Jean Maïa a insisté sur la nécessité de doter la HATVP de moyens juridiques plus robustes pour sanctionner les manquements graves, notamment en cas de dissimulation de patrimoine ou de conflits d’intérêts non déclarés.

Autre proposition phare : la création d’un fichier national des lobbies, visant à renforcer la transparence des interactions entre responsables publics et groupes d’influence. « La crédibilité de nos institutions passe par une transparence absolue », a-t-il déclaré. Ce projet, s’il est adopté, devrait entrer en vigueur d’ici fin 2026, sous réserve de l’aval du Parlement.

Et maintenant ?

Les propositions de la HATVP devraient faire l’objet d’un examen par Matignon dans les semaines à venir. Selon des sources proches du dossier, le gouvernement pourrait intégrer une partie de ces mesures dans le projet de loi sur la transparence, prévu pour être présenté à l’automne 2026. L’adoption définitive des réformes dépendra toutefois des arbitrages politiques et des négociations parlementaires, qui s’annoncent serrées sur un sujet aussi sensible. Une commission mixte pourrait être mise en place d’ici septembre pour étudier les amendements.

Par ailleurs, la HATVP a annoncé qu’elle publierait d’ici la fin de l’année un guide des bonnes pratiques à destination des élus et des hauts fonctionnaires, afin de clarifier les règles applicables en matière de conflits d’intérêts. Cette initiative s’inscrit dans une logique de prévention, alors que plusieurs affaires de corruption ou de prise illégale d’intérêts ont défrayé la chronique ces dernières années.

Enfin, l’institution a réaffirmé son intention de renforcer ses collaborations avec les autorités européennes, notamment dans le cadre de la lutte contre les ingérences russes et chinoises. Une réunion est prévue en septembre 2026 avec la Commission européenne pour harmoniser les pratiques et partager les outils de détection des interférences étrangères.

Selon le rapport, les ingérences concernent principalement trois domaines : la diffusion de désinformation via les réseaux sociaux, l’influence sur les décisions économiques stratégiques (notamment dans les secteurs de l’énergie et des technologies) et les pressions sur les élus locaux ou nationaux pour orienter des politiques publiques en faveur d’intérêts étrangers. Les rapports mentionnent notamment des tentatives d’influence en provenance de Russie, de Chine et, dans une moindre mesure, d’États du Golfe.