Les Norvégiens ont découvert début mai 2026 l’ampleur des rejets polluants issus des fermes d’élevage de poissons opérant dans leurs eaux territoriales. Selon Courrier International, qui s’appuie sur des données publiées par le quotidien Aftenposten, la quantité d’azote rejetée équivaut aux eaux usées non traitées de 17 millions de personnes, soit près de trois fois la population du pays. Pour le phosphore et le carbone organique, les volumes atteignent respectivement l’équivalent des rejets de 20 millions et 30 millions d’habitants.

Ce qu'il faut retenir

  • 17 millions d’équivalents-habitants pour les rejets d’azote, soit trois fois la population norvégienne.
  • 20 millions et 30 millions d’équivalents-habitants respectivement pour le phosphore et le carbone organique.
  • Un rapport du Sunstone Institute, institut indépendant basé à Oslo, a compilé ces données à partir des statistiques officielles norvégiennes.
  • 1 380 exploitations piscicoles autorisées en Norvège pour l’élevage de salmonidés (saumon, truite, omble chevalier).
  • 900 000 tonnes de poissons produites annuellement par ce secteur en Norvège.
  • Les rejets, composés d’excréments, d’urine et de restes de nourriture, diffèrent des eaux usées domestiques, mais leur impact environnemental reste préoccupant.

Ces chiffres alarmants proviennent d’un rapport publié par le Sunstone Institute, un institut indépendant basé à Oslo. Sa mission, telle qu’elle est présentée sur son site, consiste à « mettre en lumière des tendances cachées et à demander des comptes aux pouvoirs publics ». Les données analysées par l’institut s’appuient sur les statistiques officielles norvégiennes concernant les émissions de 1 380 exploitations piscicoles autorisées dans le pays pour l’élevage de salmonidés — principalement le saumon, mais aussi la truite et l’omble chevalier. En 2025, ces fermes ont produit environ 900 000 tonnes de poissons, un chiffre qui illustre l’ampleur de ce secteur économique, mais aussi de ses externalités négatives.

Les rejets issus de ces élevages, composés d’excréments, d’urine et de restes de nourriture, ne sont pas comparables aux eaux usées domestiques en termes de composition bactérienne, comme l’a précisé Aftenposten. « Leur impact environnemental n’en reste pas moins significatif », a souligné un expert cité par le quotidien. Si la nature des polluants diffère, leur accumulation dans les fjords et les eaux côtières norvégiennes pose des défis majeurs pour les écosystèmes marins. Les nutriments rejetés favorisent en effet la prolifération d’algues nuisibles et contribuent à l’eutrophisation des milieux aquatiques, un phénomène qui menace la biodiversité et la qualité de l’eau.

Un rapport qui interroge la responsabilité des autorités

Le Sunstone Institute, à l’origine de cette étude, se présente comme un acteur indépendant visant à « mettre en lumière des tendances cachées ». Dans un communiqué, l’institut a rappelé que son objectif était de « demander des comptes aux pouvoirs publics » en s’appuyant sur des données tangibles. Les résultats de cette enquête ont été largement relayés par la presse norvégienne, suscitant des interrogations sur la régulation actuelle du secteur. Selon les auteurs du rapport, les rejets actuels dépassent largement les capacités de dilution des milieux naturels, même dans un pays comme la Norvège, où les fjords et les eaux côtières sont réputés pour leur qualité.

Les défenseurs de l’environnement pointent du doigt l’absence de traitement systématique des effluents avant leur rejet dans la mer. Alors que les stations d’épuration municipales en Norvège traitent systématiquement les eaux usées domestiques, les fermes piscicoles, elles, rejettent directement leurs effluents dans l’environnement. « C’est une lacune majeure dans la gestion des eaux », a déclaré un porte-parole de l’ONG Bellona, spécialisée dans la protection des océans. « On ne peut pas continuer à ignorer l’impact de ces rejets, alors que le secteur représente une part majeure de l’économie nationale. »

Un secteur économique clé, mais sous pression

La Norvège est le premier exportateur mondial de saumon, un secteur qui génère des milliards d’euros chaque année et emploie des dizaines de milliers de personnes. En 2025, le pays a exporté près de 1,2 million de tonnes de saumon, principalement vers l’Europe et les États-Unis. Pourtant, cette prospérité économique se heurte désormais à des enjeux environnementaux de plus en plus pressants. Les associations écologistes réclament une réglementation plus stricte, voire l’instauration de systèmes de filtration ou de traitement des effluents avant rejet.

Les pouvoirs publics norvégiens ont jusqu’à présent adopté une approche progressive, privilégiant des mesures incitatives plutôt que des obligations contraignantes. En 2024, le gouvernement a annoncé un plan de 50 millions d’euros pour financer des projets pilotes visant à réduire l’impact des fermes piscicoles. Cependant, les ONG estiment que ces mesures restent insuffisantes au regard de l’ampleur des rejets documentés. « Il faut une action urgente, a insisté un représentant de l’ONG Natur og Ungdom. Les fjords norvégiens ne sont pas une poubelle. »

Et maintenant ?

Les prochaines étapes devraient être marquées par des débats au Parlement norvégien, où plusieurs députés ont déjà annoncé leur intention de déposer une proposition de loi pour renforcer la régulation du secteur. Une commission d’experts, chargée d’évaluer l’impact environnemental des rejets, devrait rendre ses conclusions d’ici la fin de l’année 2026. Dans l’intervalle, les associations écologistes préparent une campagne de mobilisation citoyenne pour alerter l’opinion publique. Les autorités devront trancher entre la nécessité de préserver un secteur économique stratégique et l’urgence de protéger les écosystèmes marins — un arbitrage qui s’annonce délicat.

Ce rapport du Sunstone Institute soulève une question plus large : comment concilier croissance économique et préservation de l’environnement dans un secteur aussi stratégique que la pisciculture ? Alors que la Norvège mise sur l’innovation pour maintenir sa position de leader mondial, les défis environnementaux pourraient bien devenir le principal frein à son développement. Une chose est sûre : l’heure des décisions approche.

Les rejets, composés d’excréments, d’urine et de restes de nourriture, contiennent des nutriments comme l’azote, le phosphore et le carbone organique. Leur accumulation dans les milieux aquatiques favorise l’eutrophisation, un phénomène qui appauvrit l’oxygène dans l’eau et menace la biodiversité marine. Contrairement aux eaux usées domestiques, ces effluents ne sont pas traités avant d’être rejetés en mer.