La baisse drastique de l’aide financière des pays donateurs menace les progrès enregistrés dans la lutte contre le VIH, selon un rapport rendu public ce vendredi 12 juin 2026 par l’Onusida. Le document, qui évalue l’impact des coupes budgétaires opérées notamment par les États-Unis et d’autres nations, met en garde contre un retour en arrière dans la prévention et les soins aux personnes infectées.

Ce qu’il faut retenir

  • Les États-Unis ont réduit leur contribution de 30 % depuis 2024, une baisse qui représente plus de 1,2 milliard de dollars par an.
  • L’Onusida chiffre à 500 000 le nombre de nouvelles infections évitées chaque année grâce aux programmes financés par cette aide.
  • Plusieurs pays africains, comme l’Afrique du Sud ou le Kenya, risquent de voir leurs programmes de dépistage et de traitement réduits de moitié.
  • Le rapport souligne que 1,5 million de personnes pourraient perdre l’accès aux antirétroviraux d’ici 2027 sans une reprise des financements.
  • L’organisation appelle les États à maintenir leurs engagements pris lors de la Déclaration politique de l’ONU sur le VIH en 2021.

Une réduction des fonds qui fragilise les systèmes de santé

Selon le rapport publié par l’Onusida d’après Le Monde, les coupes opérées par plusieurs pays donateurs, en tête desquels les États-Unis, ont déjà des conséquences concrètes. En 2025, 18 pays à revenu faible ou intermédiaire ont vu leurs budgets dédiés à la lutte contre le VIH diminuer de plus de 20 %. Parmi eux, l’Afrique du Sud, qui dépend à 60 % de l’aide internationale pour ses programmes de prévention, pourrait devoir réduire ses centres de dépistage de 40 %.

« Ces réductions ne sont pas anodines, a expliqué Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’Onusida. Chaque dollar coupé aujourd’hui coûtera bien plus cher demain, en termes de vies humaines et de dépenses de santé. » Elle a rappelé que 39 millions de personnes vivaient encore avec le VIH dans le monde en 2025, dont 20 millions sous traitement.

Les États-Unis, premier contributeur mondial, réduisent leur effort

Les États-Unis, qui représentaient à eux seuls plus de 50 % du financement international contre le VIH en 2020, ont drastiquement revu à la baisse leur contribution. En 2024, leur budget est passé de 5,5 milliards à 3,8 milliards de dollars, avant une nouvelle baisse annoncée pour 2026. Cette décision s’inscrit dans un contexte de restrictions budgétaires plus larges aux États-Unis, mais elle intervient alors que l’épidémie progresse dans certaines régions.

« La réduction de l’aide américaine aura un impact direct sur les programmes de prévention ciblée, notamment auprès des populations clés comme les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes ou les travailleurs du sexe, a précisé le rapport. Or, ces groupes représentent 65 % des nouvelles infections dans le monde. » L’Onusida rappelle que sans traitement, une personne séropositive transmet le virus à 20 autres personnes en moyenne sur une année.

L’Afrique subsaharienne en première ligne

L’Afrique subsaharienne, qui concentre 65 % des personnes vivant avec le VIH, est la région la plus touchée par les coupes budgétaires. Au Kenya, par exemple, le nombre de tests de dépistage gratuits proposés chaque mois a chuté de 35 % depuis 2024. Au Malawi, les stocks de médicaments antirétroviraux pourraient être épuisés d’ici la fin de l’année si les financements ne sont pas rétablis.

« Les pays donateurs justifient ces réductions par la nécessité de maîtriser leurs dépenses, mais ils oublient que les économies réalisées aujourd’hui se transformeront en coûts bien plus élevés demain, a souligné Winnie Byanyima. Une personne non traitée coûte en moyenne 10 000 dollars par an à un système de santé, contre 300 dollars pour une personne sous traitement. »

Et maintenant ?

L’Onusida a appelé les États membres de l’ONU à honorer leurs engagements pris lors de la Déclaration politique de 2021, qui prévoyait un financement annuel de 29 milliards de dollars pour la lutte contre le VIH d’ici 2025. Pour l’instant, seulement 19 milliards ont été collectés. Une réunion exceptionnelle du Conseil de sécurité de l’ONU est prévue en septembre 2026 pour tenter de relancer les financements. D’ici là, plusieurs organisations non gouvernementales ont lancé des appels aux dons d’urgence pour éviter une interruption des traitements dans les pays les plus vulnérables.

La question reste entière : les pays donateurs accepteront-ils de revenir sur leurs décisions, ou faudra-t-il attendre une nouvelle dégradation de la situation sanitaire pour que les budgets soient rétablis ?