Face à la menace croissante des drones sur les champs de bataille modernes, l’armée française explore des solutions innovantes pour adapter ses équipements existants. Selon Numerama, le char Leclerc, principal blindé de l’armée française, vient d’être testé dans un rôle inattendu : celui de chasseur de drones. Une initiative qui illustre les efforts de l’institution pour diversifier ses moyens de défense face à une menace aérienne de plus en plus présente.

Le 5ᵉ régiment de cuirassiers, basé aux Émirats arabes unis, a mené des tirs d’essai sur des cibles aériennes de petite taille et aux trajectoires imprévisibles. Une initiative rapportée le 21 mai 2026 par le Gouverneur militaire de Strasbourg, le général Régis Anthonioz, sur sa page LinkedIn dédiée à la 2ᵉ brigade blindée. Ces exercices, bien que plus exigeants que des conditions réelles de combat, visent à préparer les équipages à des scénarios où la neutralisation de drones deviendrait une priorité tactique.

Ce qu'il faut retenir

  • Le char Leclerc, un blindé de 60 tonnes, a été testé pour neutraliser des drones avec son canon de 120 mm, une utilisation inédite pour ce type d’engin.
  • Les essais ont porté sur des cibles volantes, petites et aux trajectoires erratiques, dans des conditions plus difficiles que celles rencontrées au combat.
  • La solution retenue repose sur l’utilisation d’un obus spécial, l’OEFC F1, qui libère un nuage de 1 100 billes de tungstène à une vitesse supersonique.
  • L’obus OEFC F1, efficace jusqu’à 400 mètres, est conçu pour neutraliser des groupes d’infanterie ou des véhicules légers, mais aussi des drones.
  • Le général Anthonioz a salué ces tests en affirmant : « Pour le service de la France, ne me dites pas que c’est impossible ! »

Un blindé conçu pour le combat de chars utilisé comme arme anti-drones

Depuis l’apparition des drones sur les champs de bataille, les armées du monde entier cherchent des moyens efficaces pour les neutraliser. Selon Numerama, les solutions déployées jusqu’à présent sont variées : lasers, roquettes, missiles, armes légères, voire même des aigles dressés. Pourtant, l’armée française a choisi de tester une approche radicalement différente en utilisant le char Leclerc, un engin de 60 tonnes conçu pour dominer les blindés ennemis. L’idée peut sembler paradoxale, mais elle s’inscrit dans une logique d’adaptation des moyens existants.

Le 5ᵉ régiment de cuirassiers, basé aux Émirats arabes unis, a donc mené des tirs sur des cibles aériennes simulées. Ces exercices, plus exigeants que des conditions réelles, visaient à évaluer la capacité du char à ajuster ses tirs sur des cibles de petite taille et aux trajectoires imprévisibles. Une performance rendue possible grâce à la conduite de tir du Leclerc, considérée comme l’une des meilleures au monde. Pourtant, même avec cette technologie de pointe, l’enjeu reste de taille : abattre un drone avec un obus de 120 mm, c’est comme tenter de toucher une mouche avec un marteau-pilon.

L’obus OEFC F1 : une solution radicale pour un problème moderne

Pour relever ce défi, l’armée française mise sur un type de munition spécifique : l’obus à effets canalisés OEFC F1. Contrairement aux obus classiques, celui-ci ne vise pas à percer une cible, mais à la neutraliser en libérant un nuage de 1 100 billes de tungstène à une vitesse de 1 410 m/s, soit plus de quatre fois la vitesse du son. Une fois tirée, cette munition se transforme en une véritable mitraille volante, capable de frapper une zone de 30 à 40 mètres à 400 mètres de distance.

Comme l’expliquait en 2016 la revue Cavalerie, cet obus est conçu pour « neutraliser un groupe d’infanterie sur un front de 30 mètres à 400 mètres, percer un mur en parpaing, briser des obstacles en concertinas ou arrêter un véhicule léger ». Autant dire qu’un drone n’a aucune chance de survivre à une telle dispersion de projectiles. Le général Anthonioz a confirmé cette efficacité lors de son compte rendu : « Du canon sortent des centaines de billes en tungstène à une vitesse supersonique, la cible est touchée et s’écrase. » Une déclaration qui résume à elle seule l’ambition de cette manœuvre.

« Du canon sortent des centaines de billes en tungstène à une vitesse supersonique, la cible est touchée et s’écrase. »
— Général Régis Anthonioz, Gouverneur militaire de Strasbourg

Pourquoi utiliser un char pour abattre des drones ?

À première vue, l’utilisation d’un char de 60 tonnes pour neutraliser des drones peut paraître disproportionnée. En théorie, l’armement secondaire du Leclerc, composé de deux mitrailleuses capables de tirer des centaines de coups par minute, semble mieux adapté à cette mission. Pourtant, les essais récents démontrent que le canon principal peut représenter une solution de dernier recours, notamment dans des environnements où les autres moyens de défense sont saturés ou inefficaces.

Le choix de l’obus OEFC F1 n’est pas anodin. Conçu à l’origine pour le combat rapproché contre l’infanterie ou les véhicules légers, ce projectile offre une capacité de frappe massive sur une zone étendue. Pour un drone, dont la structure est souvent légère et fragile, le risque d’être détruit par une telle salve est quasi certain. Le général Anthonioz a d’ailleurs conclu ses observations en affirmant : « Pour le service de la France, ne me dites pas que c’est impossible ! », une phrase qui souligne l’audace de cette initiative.

Et maintenant ?

Si ces tests se révèlent concluants, l’armée française pourrait intégrer cette capacité anti-drones dans les doctrines d’emploi du char Leclerc. Une évolution qui permettrait de renforcer la polyvalence de ce blindé, tout en offrant une réponse supplémentaire face à la prolifération des drones sur les théâtres d’opérations. Les prochaines étapes consisteront probablement à valider ces résultats lors d’exercices plus larges, puis à former les équipages à cette nouvelle mission. Reste à savoir si cette solution sera déployée en opération et si elle deviendra une standard dans les arsenaux modernes.

En attendant, ces essais rappellent une fois de plus que, face à des menaces en constante évolution, les armées doivent sans cesse innover et adapter leurs outils. Que ce soit avec des drones ou des chars, l’objectif reste le même : maintenir un avantage tactique dans un environnement de plus en plus complexe.

L’obus OEFC F1 (Obus à EFfets Canalisés) est une munition spéciale qui, au lieu de percer une cible, libère un nuage de 1 100 billes de tungstène à une vitesse de 1 410 m/s. Cette dispersion de projectiles est efficace jusqu’à 400 mètres et permet de neutraliser des drones, des groupes d’infanterie ou des véhicules légers. Sa capacité à couvrir une zone étendue en fait une solution adaptée pour toucher des cibles agiles et petites comme les drones.

Pour l’instant, ces essais restent des tests exploratoires. Si les résultats sont concluants, l’armée française pourrait intégrer cette capacité dans les missions du char Leclerc. Cependant, rien n’indique pour l’instant que cette utilisation deviendra systématique. Les prochaines étapes consisteront à valider ces résultats lors d’exercices plus larges et à former les équipages à cette nouvelle mission.