L’Europe accuse un retard significatif en matière d’investissements militaires par rapport à ses partenaires internationaux, selon les déclarations de Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI), rapportées par BMF - International ce 12 juin 2026.

Cette prise de position intervient dans un contexte géopolitique marqué par une intensification des tensions internationales et une augmentation des budgets de défense chez plusieurs puissances mondiales. Thomas Gomart a souligné, lors d’une intervention publique, que ce décalage pourrait avoir des conséquences stratégiques majeures pour la sécurité du continent.

Ce qu'il faut retenir

  • Un retard d'une génération en matière de dépenses militaires, selon l'IFRI
  • Thomas Gomart, directeur de l'IFRI, met en garde contre les conséquences stratégiques pour l'Europe
  • Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions géopolitiques accrues
  • L'Europe est comparée à d'autres puissances mondiales dont les budgets militaires augmentent rapidement

Un constat alarmant sur la préparation militaire européenne

Thomas Gomart n’a pas hésité à qualifier le retard européen de « génération de retard » lors de son intervention. Selon lui, ce décalage s’explique en partie par des années de sous-investissement dans les capacités de défense, mais aussi par une vision stratégique moins prioritaire que dans d’autres régions du monde. « On observe une prise de conscience tardive de l’importance de la puissance militaire », a-t-il déclaré, soulignant que ce retard pourrait compromettre la capacité de l’Europe à défendre ses intérêts et à répondre aux crises internationales.

Cette analyse rejoint les inquiétudes exprimées par plusieurs responsables politiques et militaires européens, qui pointent du doigt le manque de coordination entre les États membres et la fragmentation des budgets nationaux. « L’Europe doit passer d’une logique de contribution individuelle à une approche collective », a-t-il ajouté, rappelant que la sécurité du continent ne peut plus être assurée de manière isolée.

Des comparaisons défavorables avec les grandes puissances

Le directeur de l’IFRI a mis en lumière les écarts croissants entre l’Europe et d’autres acteurs mondiaux, notamment les États-Unis, la Chine ou encore la Russie. Ces pays ont considérablement augmenté leurs dépenses militaires ces dernières années, souvent dans des proportions bien supérieures à celles de l’Union européenne. « Quand on regarde les budgets alloués à la défense, on constate que l’Europe est en retard sur à peu près tous les tableaux », a-t-il indiqué, sans pour autant chiffrer précisément ce retard.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que l’Europe fait face à des menaces multiples : tensions avec la Russie en Europe de l’Est, instabilité au Sahel, ou encore risques liés à la prolifération nucléaire. « Le continent doit faire face à des défis de sécurité qui n’ont pas diminué, bien au contraire », a-t-il rappelé, insistant sur la nécessité d’une réponse urgente et coordonnée.

Les conséquences d’un sous-investissement prolongé

Les conséquences de ce retard sont multiples et s’étendent bien au-delà du domaine militaire. Selon Thomas Gomart, une capacité de défense insuffisante affaiblit la position de négociation de l’Europe sur la scène internationale. « Quand on dépend des autres pour sa sécurité, on perd une partie de sa souveraineté », a-t-il expliqué. Il a également souligné les répercussions économiques, notamment dans les secteurs de l’industrie de défense, où l’Europe perd du terrain face à des concurrents mieux armés.

Les industries européennes de l’armement, bien que performantes, peinent à rivaliser avec les géants américains ou chinois, qui bénéficient de budgets colossaux et de commandes étatiques massives. « Sans une relance ambitieuse des investissements, l’Europe risque de devenir un acteur secondaire dans les décennies à venir », a-t-il prévenu.

« Il y a des problèmes qui restent en suspens » : la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, a elle aussi pointé du doigt les obstacles à la résolution de certains conflits internationaux, lors d’une intervention récente. Cette déclaration fait écho aux craintes d’un affaiblissement de l’influence européenne dans les négociations de paix et les crises géopolitiques.

Et maintenant ?

Les prochains mois devraient être déterminants pour l’Europe en matière de défense. Plusieurs initiatives sont attendues, notamment au niveau de l’Union européenne, où des discussions sont en cours pour renforcer la coopération militaire entre États membres. Un sommet spécial sur la défense, prévu en septembre 2026, pourrait marquer un tournant dans la stratégie européenne. Reste à savoir si les États membres parviendront à surmonter leurs divergences et à dégager les financements nécessaires.

Dans l’immédiat, la pression s’accentue sur les gouvernements européens pour qu’ils honorent leurs engagements en matière de dépenses militaires, notamment dans le cadre de l’OTAN. Une augmentation significative des budgets nationaux pourrait être annoncée d’ici la fin de l’année, sous peine de voir l’écart se creuser encore davantage.

Alors que le monde reste marqué par des conflits persistants et une course aux armements accélérée, l’Europe semble enfin prendre conscience de l’urgence à agir. Reste à savoir si cette prise de conscience se traduira par des actes concrets, ou si le retard accumulé sera difficile à combler.

D’après les déclarations de Thomas Gomart, les États-Unis, la Chine et la Russie sont régulièrement cités comme exemples de puissances ayant massivement augmenté leurs budgets militaires ces dernières années, creusant ainsi l’écart avec l’Europe.