Une fusée européenne Vega-C a placé ce matin en orbite le satellite Smile, fruit d’une collaboration entre l’Agence spatiale européenne (ESA) et l’Académie chinoise des sciences (CAS). Selon Futura Sciences, ce lancement, réalisé depuis le Centre spatial guyanais à 05h52 (heure de Paris), marque le début d’une mission scientifique ambitieuse visant à étudier la magnétosphère terrestre, ce bouclier invisible qui protège la planète des vents solaires.

L’enjeu est de taille : comprendre comment la Terre résiste aux assauts constants des particules chargées émises par le Soleil, un phénomène dont les conséquences peuvent perturber les technologies spatiales et les réseaux électriques au sol. La mission Smile, dont le coût européen s’élève à 130 millions d’euros, s’inscrit dans le programme Cosmic Vision de l’ESA et devrait fonctionner pendant trois ans.

Ce qu'il faut retenir

  • Une fusée Vega-C a lancé le satellite Smile depuis la Guyane française le 19 mai 2026 à 05h52 (heure de Paris), selon Futura Sciences.
  • Smile est une mission conjointe entre l’ESA et l’Académie chinoise des sciences, destinée à étudier la magnétosphère terrestre et ses interactions avec le vent solaire.
  • Pour la première fois, des observations en rayons X et en ultraviolet seront réalisées pour visualiser en temps réel la réaction de la Terre face aux tempêtes solaires.
  • Le satellite, équipé de quatre instruments, collectera des données pendant 45 heures consécutives pour analyser les aurores boréales et les perturbations magnétiques.
  • Les résultats pourraient améliorer la protection des technologies spatiales et des infrastructures terrestres contre les tempêtes géomagnétiques.
  • La mission a mobilisé plus de 40 entreprises et instituts européens, avec une contribution moyenne de 28 centimes par habitant européen.

Une mission inédite pour comprendre le bouclier invisible de la Terre

Le satellite Smile, dont le nom signifie Solar wind Magnetosphere Ionosphere Link Explorer, a pour objectif d’élucider le fonctionnement du champ magnétique terrestre, ce bouclier invisible qui dévie les particules solaires. Selon Futura Sciences, cette bulle protectrice, appelée magnétosphère, existe depuis près de quatre milliards d’années. Sans elle, les vents solaires auraient érodé l’atmosphère terrestre, transformant la planète en un désert stérile.

Les instruments de Smile permettront pour la première fois d’observer en détail comment la Terre réagit aux flux de particules et aux tempêtes solaires. Deux caméras, l’une sensible aux rayons X et l’autre aux ultraviolets, fourniront des images inédites de ces interactions. Les aurores boréales, visibles aux latitudes polaires, seront ainsi filmées pendant 45 heures d’affilée, une première depuis 2008.

« Nous sommes sur le point d’assister à un spectacle inédit : l’armure invisible de la Terre en action », a déclaré Josef Aschbacher, directeur général de l’ESA. « Avec Smile, nous repoussons les limites de la science pour répondre à des questions majeures sur notre planète, protégée depuis des décennies par cette gigantesque bulle magnétique. »

Une collaboration historique entre l’Europe et la Chine

Smile représente une avancée majeure dans la coopération spatiale entre l’Europe et la Chine. Selon Futura Sciences, cette mission est le fruit de 25 ans de partenariats entre l’ESA et l’Académie chinoise des sciences, depuis les premiers échanges de données dans les années 1990. Les deux agences ont conjointement sélectionné, conçu, lancé et exploité ce satellite, une première dans l’histoire de la recherche spatiale.

L’Europe a fourni le module de charge utile, embarquant trois des quatre instruments scientifiques, tandis que la Chine a développé la plateforme du vaisseau spatial et trois autres instruments. « L’ESA et la Chine entretiennent une coopération de longue date qui témoigne de notre engagement en faveur de l’avancement des connaissances scientifiques et de l’utilisation pacifique de l’espace », a rappelé Josef Aschbacher.

En Europe, plus de 14 pays ont contribué à la mission, avec une implication majeure du Royaume-Uni et de l’Espagne. Le module de charge utile a été construit par Airbus Defence and Space en Espagne, tandis que la caméra à rayons X a été développée par l’université de Leicester, au Royaume-Uni. Au total, plus de 40 entreprises et instituts ont participé à ce projet, dont le budget européen s’élève à 130 millions d’euros.

Des défis techniques relevés pour une orbite optimale

Le lancement de Smile par une fusée Vega-C s’est déroulé sans encombre. Après une séparation réussie à 06h48, le premier signal a été capté par la station au sol de l’ESA à New Norcia, en Australie. Les panneaux solaires du satellite se sont déployés à 06h49, assurant son alimentation énergétique.

Au cours du mois à venir, Smile effectuera 11 mises à feu de son moteur pour atteindre une orbite extrêmement elliptique, oscillant entre 121 000 km au-dessus du pôle Nord et 5 000 km au-dessus du pôle Sud. Cette trajectoire permettra de collecter des données précises tout en transmettant efficacement les résultats aux scientifiques sur Terre. La collecte de données débutera en juillet, après vérification du bon fonctionnement des instruments.

« De l’idée initiale au décollage, des milliers de personnes ont travaillé en équipe pour faire de Smile un succès », a souligné Géraldine Naja, directrice du transport spatial à l’ESA. « L’ingénierie de précision requise pour ce lancement a fait de chaque étape une réussite. »

Et maintenant ?

Dans les prochains mois, les équipes de l’ESA et de la CAS analyseront les données transmises par Smile pour affiner les modèles de la magnétosphère terrestre. Les résultats pourraient conduire à des améliorations significatives dans la protection des satellites et des infrastructures terrestres face aux tempêtes géomagnétiques. La mission devrait également apporter des éclairages nouveaux sur l’évolution du champ magnétique terrestre, un enjeu crucial pour comprendre l’histoire de la planète et anticiper ses futurs défis.

Les données recueillies par Smile seront partagées avec la communauté scientifique internationale. Plus de 200 scientifiques en Europe et en Chine devraient exploiter ces informations pendant plusieurs années, ouvrant la voie à de nouvelles découvertes sur notre environnement magnétique et son rôle dans le système solaire.

Cette mission intervient à un moment où l’activité solaire est particulièrement surveillée. Les tempêtes géomagnétiques, bien que rares, peuvent avoir des conséquences majeures sur les réseaux électriques et les communications. En améliorant la compréhension de ces phénomènes, Smile contribue à renforcer la résilience des technologies spatiales et terrestres face aux caprices du Soleil.

Smile est équipé de quatre instruments scientifiques : un imageur à rayons X (SXI), un imageur ultraviolet (UVI), un analyseur de particules énergétiques et un magnétomètre. Les caméras à rayons X et ultraviolet sont conçues pour observer respectivement les interactions entre le vent solaire et la magnétosphère, ainsi que les aurores boréales.

La magnétosphère protège la Terre des particules solaires qui pourraient endommager l’atmosphère et les technologies spatiales. Comprendre son fonctionnement permet d’anticiper les tempêtes géomagnétiques, qui menacent les satellites, les réseaux électriques et les communications. Ces recherches sont essentielles pour sécuriser les missions spatiales futures et protéger les infrastructures terrestres.