Depuis leur commercialisation en France fin 2024, les médicaments anti-obésité comme le Wegovy ou le Mounjaro, initialement réservés aux personnes souffrant d’obésité morbide, suscitent une vague d’effets indésirables parmi les utilisateurs. Selon Franceinfo - Santé, ces traitements, à base d’agonistes des récepteurs du GLP-1 comme l’Ozempic, sont de plus en plus détournés par des personnes en léger surpoids ou sans indication médicale, malgré les risques avérés pour la santé.
Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène, où des milliers d’utilisateurs partagent leur expérience quotidienne avec ces médicaments. Pourtant, les effets secondaires, bien que souvent bénins, s’avèrent parfois graves. Une enquête diffusée dans l’émission « Complément d’enquête » sur France 2, prévue pour le 21 mai 2026, révèle des données alarmantes sur ces dérives et les dangers d’un usage non encadré.
Ce qu'il faut retenir
- Les médicaments Wegovy et Mounjaro, à base de GLP-1, sont détournés de leur usage initial malgré des effets secondaires fréquents et parfois graves.
- Les effets indésirables incluent des troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhées), des pancréatites, des allergies graves et même des comas hypoglycémiques.
- Près de 30 % des patients arrêtent leur traitement en raison de ces effets secondaires, selon le professeur Pierre Cochat.
- Un rapport du CHU de Montpellier recense 36 cas d’effets indésirables graves liés à un mésusage, dont 25 ont nécessité une hospitalisation.
- Le marché noir de ces médicaments, notamment via les réseaux sociaux et les sites en ligne, expose les consommateurs à des produits falsifiés, comme de l’insuline à la place d’Ozempic.
Des médicaments efficaces mais détournés par une population non éligible
Commercialisés sous les noms de Wegovy ou Mounjaro, ces traitements par injection hebdomadaire permettent une perte de poids significative, comprise entre 15 % et 25 % du poids initial. Leur prescription est strictement encadrée : ils sont réservés aux patients en situation d’obésité avérée, avec un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 30. Pourtant, leur popularité grandissante sur les plateformes comme Instagram ou Snapchat encourage leur usage chez des personnes en simple surpoids, voire sans problème de poids.
Cette tendance inquiète le corps médical, d’autant que l’obésité touche déjà près de 10 millions de Français et plus d’un milliard de personnes dans le monde. Comme le souligne le professeur Pierre Cochat, qui a évalué ces molécules pour la Haute Autorité de santé, « les effets secondaires gastriques sont les plus fréquents : nausées, remontées acides, vomissements, diarrhées ou constipation. » Ces symptômes, bien que souvent temporaires, rendent le traitement difficile à suivre sur la durée.
Des effets secondaires sous-estimés et parfois mortels
Au CHU de Montpellier, le centre de pharmacovigilance centralise les signalements d’effets indésirables liés à ces médicaments. Les données collectées par le professeur Jean-Luc Faillie révèlent des complications bien plus graves que les troubles digestifs initiaux. Parmi les cas recensés figurent des allergies sévères, des pancréatites, des lithiases biliaires ou encore des problèmes ophtalmologiques. Certains de ces effets ont nécessité une hospitalisation en urgence.
Le rapport du professeur Faillie met en lumière un mésusage particulièrement préoccupant : l’utilisation de ces médicaments par des proches non éligibles. C’est le cas d’une jeune fille de 17 ans, légèrement en surpoids, qui a consommé l’Ozempic de sa mère diabétique. Résultat : une réaction pancréatique grave l’a conduite en urgence à l’hôpital. Au total, 25 cas graves sur les 36 signalements ont conduit à une hospitalisation.
Le marché noir, une menace supplémentaire
L’augmentation des falsifications de ces médicaments en ligne aggrave encore la situation. Le professeur Faillie alerte sur les risques liés à l’achat de produits contrefaits via des circuits parallèles : « Un patient de 30 ans a frôlé la mort après avoir consommé un produit acheté sur Internet, censé être de l’Ozempic, mais qui s’est avéré contenir de l’insuline. » Le jeune homme a présenté une hypoglycémie si sévère qu’elle a provoqué un coma. Les analyses biologiques n’ont révélé aucune trace de l’agoniste du GLP-1.
Ces produits frauduleux, vendus à des prix exorbitants, sont souvent présentés comme des solutions miracles pour maigrir rapidement. Pourtant, ils exposent les consommateurs à des substances non contrôlées, avec des conséquences potentiellement dramatiques. Les plateformes comme TikTok, Instagram ou Snapchat, où ces médicaments sont promus, deviennent ainsi des terrains propices à la diffusion de fausses informations et de produits dangereux.
En attendant, les professionnels de santé appellent à la prudence et rappellent que ces médicaments ne doivent être utilisés que sous strict contrôle médical. Comme le rappelle le professeur Cochat, « les bénéfices de ces traitements restent indéniables pour les patients obèses, mais leur détournement expose à des risques inutiles. »