Avec l'arrivée des beaux jours, les moustiques reprennent du service — et avec eux, les démangeaisons et les questions sur leurs méthodes de chasse. Selon nos confrères de Top Santé, ces insectes ne choisissent pas leurs victimes au hasard. Leur capacité à nous localiser, à nous traquer et à nous piquer repose sur une combinaison de signaux biologiques et environnementaux, que des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) ont décryptés. Une enquête qui révèle pourquoi 20 % de la population attire davantage les moustiques, et comment limiter les risques.
Ce qu'il faut retenir
- Les moustiques utilisent l’odeur corporelle, le CO₂ expiré, la chaleur et l’acide lactique pour identifier leurs cibles.
- 20 % des humains sont plus attractifs pour ces insectes, selon des études menées par le MIT.
- Les femmes enceintes et les personnes ayant un métabolisme actif émettent plus de signaux attractifs.
- Certaines bactéries cutanées et groupes sanguins (notamment O) augmentent l’attraction.
- Des solutions existent : vêtements longs, répulsifs, et modifications de l’hygiène de vie peuvent réduire les piqûres.
Un système de détection ultra-performant, inspiré par la nature
Les moustiques ne se contentent pas de voler au hasard en attendant un bras à piquer. Leur système de pistage repose sur cinq sens aiguisés, dont la détection des odeurs à plusieurs centaines de mètres. « Ils perçoivent d’abord le dioxyde de carbone que nous expirons, un indicateur clé de présence humaine », explique le Dr John Carlson, professeur de biologie moléculaire à l’université de Yale, spécialiste des insectes vecteurs. Un adulte émet en moyenne 20 litres de CO₂ par jour — une information que les moustiques, comme Aedes aegypti ou Anopheles gambiae, savent interpréter avec une précision redoutable.
Une fois dans un rayon de 10 à 15 mètres, les moustiques affinent leur recherche en analysant les composés organiques volatils (COV) émis par la peau. Ces molécules, issues de la transpiration, des bactéries cutanées ou des produits cosmétiques, varient selon les individus. « Certaines personnes produisent jusqu’à 300 types de COV différents », précise le Dr Carlson. Parmi eux, l’acide lactique — produit lors d’un effort physique — et l’ammoniac attirent particulièrement les femelles, seules à piquer pour se nourrir de protéines avant la ponte. — autant dire que les sportifs ou les travailleurs manuels sont des cibles privilégiées.
Enfin, la chaleur corporelle et l’humidité jouent un rôle décisif. Les moustiques repèrent une différence de température de seulement 0,05 °C, ce qui leur permet de cibler les zones les plus vascularisées, comme les chevilles ou les poignets. Une étude publiée en 2023 dans la revue Current Biology a montré que les personnes souffrant d’hyperhidrose (transpiration excessive) étaient jusqu’à 2,5 fois plus piquées que la moyenne.
Pourquoi certains sont-ils plus « appétissants » que d’autres ?
Si tout le monde est potentiellement une cible, 20 % de la population mondiale attire particulièrement les moustiques, selon les travaux du MIT dirigés par le Dr Meg Younger, neurobiologiste. Cette prédisposition s’explique par une combinaison de facteurs biologiques et environnementaux. « Le groupe sanguin O, par exemple, est 83 % plus attractif que les autres », indique le Dr Younger. Ce phénomène s’expliquerait par la présence de sucres spécifiques sur la peau des personnes du groupe O, que les moustiques détectent via leurs récepteurs olfactifs.
Autre élément clé : la composition du microbiote cutané. Une étude de l’université de Wageningen (Pays-Bas), publiée en 2024, a identifié 50 souches bactériennes différentes dont la présence sur la peau influence l’attraction. Les bactéries Corynebacterium et Staphylococcus émettent des odeurs particulièrement prisées des moustiques. À l’inverse, les personnes utilisant des savons antibactériens ou des crèmes parfumées aux agrumes voient souvent leurs émissions de COV diminuer — et donc leur attractivité.
Le métabolisme joue également un rôle. Les femmes enceintes, dont la température corporelle est en moyenne plus élevée de 0,7 °C, émettent 21 % de CO₂ en plus par rapport à la normale, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Résultat : elles sont jusqu’à 3 fois plus exposées aux piqûres. Même constat pour les personnes atteintes de diabète ou d’hyperthyroïdie, dont le taux d’acide lactique est souvent plus élevé.
Les moustiques, ces prédateurs évolutifs aux stratégies redoutables
L’efficacité des moustiques à nous repérer n’est pas le fruit du hasard, mais d’une course évolutive de plus de 200 millions d’années. Ces insectes, apparus à l’ère mésozoïque, ont développé des mécanismes de survie exceptionnels pour localiser leurs hôtes. « Leur système sensoriel est l’un des plus performants du règne animal », souligne le Dr Paul Reiter, entomologiste à l’Institut Pasteur. Ils combinent vision infrarouge, détection des mouvements et chimioréception, le tout en temps réel.
Cette adaptation explique pourquoi les campagnes de lutte antivectorielle peinent à éradiquer ces nuisibles. En Afrique subsaharienne, où Anopheles gambiae transmet le paludisme — tuant plus de 600 000 personnes par an (OMS, 2025) —, les moustiquaires imprégnées d’insecticide restent la première ligne de défense. Pourtant, leur efficacité diminue avec l’émergence de résistances : plus de 80 % des populations de moustiques en Afrique de l’Ouest sont désormais résistantes aux pyréthrinoïdes, selon un rapport de l’OMS publié en février 2026. Une situation qui pousse les chercheurs à explorer des solutions alternatives, comme l’édition génétique (projet Target Malaria) ou les pièges à CO₂ synthétique.
En Europe, la problématique est différente. Avec le réchauffement climatique, des espèces comme Aedes albopictus (moustique tigre) étendent leur territoire. En France, 71 départements sont désormais colonisés (Santé publique France, 2025), contre 30 en 2015. Ce moustique, vecteur de la dengue, du chikungunya et du Zika, est particulièrement agressif : il pique plusieurs fois par heure et repère ses cibles avec une précision de l’ordre du centimètre.
Des solutions existent — mais aucune n’est parfaite
Face à ces prédateurs, les moyens de prévention restent limités, mais certains s’avèrent plus efficaces que d’autres. Les répulsifs à base de DEET, d’icaridine ou d’huile de citronnelle réduisent de 70 à 90 % le risque de piqûre, selon une méta-analyse publiée dans The Lancet Infectious Diseases (2025). Les vêtements traités à la perméthrine, un insecticide textile, offrent une protection supplémentaire, mais leur utilisation est déconseillée pour les enfants et les femmes enceintes.
Autre piste : modifier son environnement. Les moustiques évitent les courants d’air — d’où l’efficacité des ventilateurs en extérieur — et sont repoussés par certaines plantes comme la lavande, la menthe ou le géranium. Une étude menée en Thaïlande en 2024 a montré que l’utilisation de ventilateurs dans les zones rurales réduisait de 65 % les piqûres. En revanche, les bracelets anti-moustiques ou les ultrasons, dont l’efficacité reste controversée, n’ont pas fait leurs preuves scientifiquement.
Enfin, la lutte biologique gagne du terrain. Au Brésil, des scientifiques testent l’introduction de moustiques mâles stériles, capables de réduire les populations locales. En Floride, un projet similaire utilise des bactéries Wolbachia pour bloquer la transmission de virus comme la dengue. « Ces méthodes pourraient changer la donne d’ici 2030 », estime le Dr Reiter. Mais leur déploiement à grande échelle se heurte encore à des obstacles réglementaires et éthiques.
Ce que disent les experts
Face à l’augmentation des cas de maladies vectorielles en Europe, les autorités sanitaires appellent à la vigilance. « Chaque piqûre est une opportunité pour le moustique de transmettre un pathogène », rappelle le Dr Anna-Bella Failloux, virologue à l’Institut Pasteur. En France, 1 300 cas de dengue autochtone ont été recensés en 2025, contre seulement 2 en 2015 — un bond qui illustre l’urgence de la situation.
Côté recherche, les espoirs se tournent vers l’intelligence artificielle. Des algorithmes sont désormais capables de prédire les zones à risque de prolifération en analysant les données météo et environnementales. « Nous pourrions bientôt disposer de cartes interactives indiquant, en temps réel, les zones où les moustiques sont les plus actifs », annonce le Dr Younger. Une avancée qui pourrait révolutionner la prévention, à condition que les outils soient accessibles au grand public.
En attendant, les spécialistes insistent sur un message simple : « Il n’existe pas de protection à 100 %, mais en combinant plusieurs méthodes, on réduit significativement les risques ». Pour les voyageurs en zone tropicale, les autorités sanitaires recommandent de se référer aux conseils des ambassades et des organisations comme l’OMS, qui actualisent régulièrement leurs alertes.
Tout dépend de l’espèce. Aedes aegypti et Aedes albopictus (moustique tigre) sont actifs le jour, avec des pics à l’aube et au crépuscule, tandis que Anopheles gambiae — vecteur du paludisme — pique principalement la nuit. En Europe, le moustique tigre est présent de mai à novembre, avec une activité maximale entre 7h et 11h, puis entre 16h et 22h.
Oui, selon une étude japonaise publiée en 2023. Les personnes ayant consommé de la bière voient leur température corporelle augmenter légèrement, ce qui les rend plus attractives pour les moustiques. De plus, l’alcool modifie la composition de la sueur, émettant des COV plus attractifs. Une raison de plus pour limiter sa consommation en extérieur l’été.
