Un bilan humain lourd et toujours susceptible de s’alourdir. Selon Le Monde, plus de 370 civils afghans ont péri au cours des trois derniers mois dans le cadre des violents affrontements opposant Kaboul à Islamabad. La Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) précise que ce chiffre pourrait être largement sous-estimé, nombre de victimes n’ayant pu être identifiées ou recensées.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 370 civils tués en trois mois de conflit, selon les Nations unies.
- Plus de la moitié des victimes ont péri lors d’un bombardement pakistanais sur un hôpital de Kaboul.
- Le bilan réel pourrait être « bien plus haut » en raison des corps non identifiés.
- La MANUA souligne l’urgence d’une enquête indépendante sur ces frappes.
Un bombardement dévastateur à l’origine de la majorité des victimes
C’est l’un des épisodes les plus meurtriers de ce conflit. D’après Le Monde, plus de la moitié des 370 morts — soit près de 200 personnes — ont été recensées après qu’un hôpital de la capitale afghane a été frappé par des frappes aériennes pakistanaises. Cet établissement médical, situé dans le quartier de Khair Khana, abritait des patients et du personnel soignant au moment de l’attaque. L’incident a suscité une vague d’indignation internationale, poussant l’ONU à réclamer une enquête approfondie.
Les autorités afghanes, qui dénoncent une « violation flagrante du droit international humanitaire », ont immédiatement exigé des explications de la part d’Islamabad. Du côté pakistanais, la version officielle évoque une frappe « ciblant des positions terroristes » sans faire de distinction entre combattants et civils. Pourtant, aucun groupe armé n’a été signalé à proximité de l’hôpital au moment des tirs, ce qui interroge sur la précision des frappes.
Un bilan en constante révision
La Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) a tenu à rappeler, dans un communiqué publié hier, que les 370 morts ne représentaient qu’une « estimation minimale ». « Le bilan réel pourrait être bien plus élevé », a indiqué un porte-parole de la mission, invoquant le manque d’accès aux zones reculées et l’impossibilité d’identifier certains cadavres dans les décombres. Les équipes humanitaires s’inquiètent également de la situation dans les provinces frontalières, où des affrontements sporadiques continuent de faire des victimes civiles.
Les Nations unies appellent à une trêve immédiate pour permettre l’évacuation des blessés et l’acheminement de l’aide médicale. « La priorité doit être donnée à la protection des civils, sans quoi cette crise ne fera que s’aggraver », a ajouté le porte-parole. Parallèlement, des organisations non gouvernementales comme Médecins Sans Frontières (MSF) ont suspendu une partie de leurs activités dans la région, invoquant des « conditions de sécurité incompatibles » avec leur mission.
Un conflit aux racines profondes
Les tensions entre l’Afghanistan et le Pakistan ne datent pas d’hier. Elles remontent notamment à la prise de pouvoir des talibans en août 2021, après le retrait des troupes américaines. Islamabad, qui partage une frontière de plus de 2 600 kilomètres avec Kaboul, accuse régulièrement les autorités afghanes de ne pas lutter suffisamment contre les groupes armés pakistanais, comme le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), qui multiplient les attaques dans son territoire. En représailles, l’armée pakistanaise mène depuis plusieurs semaines des frappes aériennes et des opérations terrestres le long de la ligne Durand, une frontière contestée depuis 1893.
Pour Kaboul, ces opérations constituent une « agression pure et simple ». Le gouvernement taliban, dirigé par Hibatullah Akhundzada, a qualifié les frappes de « crimes de guerre » et menace de porter l’affaire devant la Cour pénale internationale (CPI). De son côté, Islamabad rejette ces accusations, affirmant agir en « légitime défense » pour protéger sa population.
Reste à savoir si les parties parviendront à s’entendre sur un mécanisme de surveillance des frappes aériennes. Pour l’instant, les populations civiles, prises en étau, n’ont d’autre choix que de subir les conséquences d’un conflit dont elles ne sont pas les instigatrices.
L’ONU a annoncé qu’une mission d’enquête indépendante se rendrait en Afghanistan dès la semaine prochaine pour évaluer les circonstances des frappes et identifier les responsabilités. Une réunion du Conseil de sécurité est également prévue le 20 mai pour discuter de mesures concrètes, comme un cessez-le-feu ou des sanctions ciblées.