Depuis des années, la lagune de Loubi, située au sud de Brazzaville, subit les conséquences d’une pollution chronique aux hydrocarbures. Les pêcheurs artisanaux de la région dénoncent l’inaction des autorités face à la multinationale TotalEnergies, dont les activités seraient à l’origine de cette dégradation environnementale. Selon Ouest France, le constat est sans appel : « La lagune est toujours polluée », un constat qui menace à la fois les moyens de subsistance des riverains et l’équilibre écologique de ce site naturel.

Ce qu'il faut retenir

  • La lagune de Loubi, au sud de Brazzaville, est polluée aux hydrocarbures depuis plusieurs années.
  • Les pêcheurs artisanaux accusent TotalEnergies d’être responsable de cette pollution.
  • Les autorités congolaises sont pointées du doigt pour leur manque d’action face à la situation.

Une pollution aux conséquences directes sur les populations locales

Pour les quelque 200 familles de pêcheurs qui dépendent de la lagune de Loubi, la pollution aux hydrocarbures a transformé leur quotidien en un combat permanent. Les prises se font de plus en plus rares, et celles qui sont capturées sont souvent impropres à la consommation. « Avant, on rapportait des poissons en abondance. Aujourd’hui, il faut s’éloigner des zones touchées pour espérer trouver quelque chose », a expliqué un pêcheur local sous couvert d’anonymat. Selon Ouest France, les analyses menées par des experts indépendants révèlent des taux de contamination bien supérieurs aux seuils autorisés par l’Organisation mondiale de la santé.

TotalEnergies dans le viseur des associations et des habitants

Les riverains et les associations écologistes pointent du doigt TotalEnergies, dont les infrastructures pétrolières à proximité seraient à l’origine des fuites chroniques d’hydrocarbures. « On a vu des nappes noires apparaître après chaque pluie, et personne ne fait rien », a témoigné un habitant du village de Loubi. Le groupe français, présent au Congo-Brazzaville depuis plusieurs décennies, n’a pas encore réagi publiquement aux accusations. Pourtant, selon des rapports internes consultés par Ouest France, des alertes avaient été lancées dès 2020 par des employés de la compagnie sur des dysfonctionnements dans la gestion des déchets pétroliers.

Un écosystème menacé et des autorités sous pression

La lagune de Loubi, classée parmi les zones humides d’importance internationale par la convention de Ramsar, abrite une biodiversité riche. Selon des biologistes locaux, la faune aquatique, dont certaines espèces endémiques, est en déclin. « On observe une mortalité accrue chez les poissons, les crustacés et même les oiseaux migrateurs », a précisé un chercheur de l’Institut congolais de recherche en environnement. Face à cette crise, les autorités congolaises se retrouvent sous le feu des critiques pour leur inertie. « Le gouvernement parle de développement, mais comment peut-on parler de progrès quand nos enfants tombent malades à cause de l’eau que nous buvons ? », s’interroge une mère de famille de la région.

Et maintenant ?

Une réunion d’urgence est prévue la semaine prochaine entre les représentants des pêcheurs, les associations environnementales et le ministère de l’Environnement congolais. Une date qui pourrait, peut-être, marquer un tournant dans cette affaire. Par ailleurs, une pétition circule en ligne pour demander à TotalEnergies de financer une étude indépendante sur l’étendue des dégâts et les mesures de dépollution à mettre en place. Reste à voir si les promesses se traduiront par des actes concrets.

Cette affaire rappelle, une fois de plus, les défis posés par l’exploitation pétrolière en Afrique centrale, où les intérêts économiques peinent souvent à se concilier avec la préservation des écosystèmes et des populations locales.

Selon les biologistes locaux interrogés par Ouest France, les poissons comme le tilapia ou le poisson-chat sont particulièrement affectés, de même que les crustacés comme les crevettes. Les oiseaux migrateurs, qui se nourrissent dans la lagune, montrent également des signes de contamination.