Avec près de 60 kilogrammes de poisson consommés par habitant chaque année, le Portugal affiche le plus fort taux de consommation européenne, un héritage de sa longue tradition maritime. Pourtant, comme le révèle un reportage diffusé en avril 2026 par la télévision publique portugaise RTP, intitulé Mer promise, près de 80 % du poisson consommé dans le pays provient désormais de l’étranger, selon Courrier International. Une situation paradoxale pour un territoire bordé par l’océan Atlantique et doté de la troisième plus vaste zone maritime de l’Union européenne, après la France et le Danemark.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Portugal est le premier consommateur européen de poisson, avec une moyenne de 60 kg par habitant et par an.
  • Malgré son littoral étendu et sa tradition halieutique, 80 % du poisson consommé y est importé, selon les données de 2026.
  • L’aquaculture nationale ne couvre que 3 % des besoins du pays, avec une production d’environ 20 000 tonnes.
  • La qualité du poisson portugais est telle que la quasi-totalité de la production locale est exportée, notamment vers l’Espagne, les États-Unis et le Canada.
  • Jusqu’à 20 % des transactions mondiales de poisson pourraient être concernées par des fraudes selon un rapport de la FAO.
  • En 2025, le Portugal avait épuisé sa production annuelle de poisson avant la fin mai, rendant le pays vulnérable aux crises internationales.

Un paradoxe halieutique : l’océan qui n’alimente plus le pays

Sur les étals des marchés de Lisbonne, dans les restaurants de quartier ou lors des fêtes populaires, le poisson occupe une place centrale dans l’alimentation portugaise. Pourtant, cette omniprésence cache une réalité économique troublante : le pays importe désormais la majorité des produits de la mer qu’il consomme. Une enquête menée par la RTP en avril 2026, diffusée sous le titre Mer promise, met en lumière ce paradoxe, interrogeant les raisons d’une telle dépendance pour un État membre de l’UE dont le territoire est bordé par l’océan Atlantique sur plus de 1 200 kilomètres de côtes.

Isidro Blanquet, secrétaire général de l’Association portugaise des aquaculteurs, a précisé à O Jornal Economico que l’aquaculture nationale, bien que répondant à des standards sanitaires et environnementaux parmi les plus exigeants d’Europe, ne couvre que 3 % des besoins du pays, soit environ 20 000 tonnes produites annuellement. La qualité de ces produits est telle qu’ils sont presque entièrement exportés, vers l’Espagne, les États-Unis, le Canada ou d’autres pays européens, laissant les consommateurs locaux dépendre des importations pour combler le reste de leur demande.

Exportation de qualité, importation de volume : les rouages d’un système

Le secteur de l’aquaculture portugaise mise en avant ses méthodes de production, souvent considérées comme durables et respectueuses de l’environnement. Pourtant, cette excellence locale ne suffit pas à nourrir le marché intérieur. O Jornal Economico rappelle qu’un récent rapport de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) souligne les risques de fraudes dans les filières mondiales de la pêche et de l’aquaculture : substitution d’espèces, fausse origine des produits ou étiquetage trompeur concerneraient jusqu’à 20 % des transactions à l’échelle planétaire.

Pour les producteurs portugais, cette dépendance aux importations soulève une question cruciale : celle de la traçabilité. Si les normes sanitaires et environnementales portugaises sont parmi les plus strictes d’Europe, les acteurs du secteur dénoncent les pratiques observées hors de l’Union européenne, comme le recours accru aux antibiotiques, les élevages intensifs ou encore les longs transports susceptibles d’altérer la qualité des produits. Autant dire que, pour les consommateurs, la question de l’origine et des méthodes de production reste un sujet de préoccupation majeur.

Sécurité alimentaire et vulnérabilités géopolitiques

Au-delà des enjeux économiques et sanitaires, la dépendance du Portugal aux importations de poisson interroge également sa sécurité alimentaire. Dans un éditorial publié par l’hebdomadaire Sol en 2026, Teresa Castel-Branco, analyste spécialisée, a rappelé qu’en 2025, le pays avait épuisé avant la fin du mois de mai l’équivalent de sa production annuelle nationale de poisson. « Leurs répercussions ne sont pas seulement économiques. La guerre en Iran introduit des risques écologiques majeurs sur des routes maritimes dont le Portugal dépend de manière critique », a-t-elle expliqué. Cette crise illustre la vulnérabilité du pays face aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, qu’elles soient liées à des conflits, à des crises sanitaires ou à des changements climatiques affectant les écosystèmes marins.

La situation n’est pas sans rappeler celle d’autres pays européens, où la dépendance aux importations de denrées stratégiques s’est révélée être un point faible lors de la crise du Covid-19 ou de la guerre en Ukraine. Pour le Portugal, la mer reste un symbole fort, tant dans son histoire que dans son imaginaire collectif. Pourtant, comme le souligne l’article de Courrier International, « pour nourrir sa population, [la mer] ne suffit plus ». Une réalité qui pousse à interroger les politiques publiques en matière de pêche, d’aquaculture et de souveraineté alimentaire.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes pourraient être explorées pour réduire la dépendance du Portugal aux importations de poisson. D’une part, le développement de l’aquaculture locale, bien que freiné par des contraintes environnementales et des coûts de production élevés, pourrait être encouragé par des subventions ciblées. D’autre part, une refonte des normes européennes en matière de traçabilité et de contrôle des importations pourrait permettre de mieux garantir la qualité des produits disponibles sur les étals. Enfin, la promotion de la consommation de poissons moins menacés, comme les espèces locales ou les produits de saison, pourrait contribuer à rééquilibrer la balance commerciale. Les prochaines années seront déterminantes pour voir si le Portugal parvient à concilier sa tradition halieutique avec les défis d’un marché globalisé.

Une chose est sûre : la question de la dépendance aux importations de poisson ne sera pas résolue du jour au lendemain. Pour un pays où la pêche et la consommation de produits de la mer sont ancrées dans la culture, le défi est de taille. Reste à savoir si les pouvoirs publics, les acteurs économiques et les consommateurs sauront s’emparer de cette problématique pour en faire une opportunité de transition vers un modèle plus durable.

Selon les données disponibles, le Portugal importe principalement des espèces comme le thon, le cabillaud, le merlu, le saumon et les crevettes. Ces produits proviennent majoritairement d’Espagne, de Norvège, d’Islande, du Maroc ou encore de Chine.

Plusieurs pistes sont évoquées : le renforcement des investissements dans l’aquaculture locale, la mise en place de quotas pour les espèces surexploitées, l’incitation à la consommation de poissons locaux ou encore la négociation d’accords commerciaux plus stricts en matière de traçabilité et de qualité. Aucune décision concrète n’a encore été annoncée à ce jour.