Le projet de rapprochement entre Airbus, Thales et Leonardo pour créer un champion européen des satellites, baptisé « Projet Bromo », pourrait bien se heurter à un obstacle juridique. Selon Capital, l’entreprise allemande OHB, dernier acteur indépendant du secteur en Europe, menace de contester devant les tribunaux une éventuelle validation de cette fusion par la Commission européenne. Une décision qui, si elle était autorisée, pourrait redessiner durablement le paysage spatial européen.
Ce qu'il faut retenir
- Projet Bromo : une fusion visant à regrouper les activités satellitaires d’Airbus, Thales et Leonardo pour créer un géant capable de rivaliser avec SpaceX et les acteurs chinois.
- OHB, basé à Brême en Allemagne, menace de saisir la justice si la Commission européenne valide l’accord, craignant une perturbation du marché et un impact sur sa chaîne d’approvisionnement.
- Croissance récente d’OHB : le groupe a enregistré une hausse de 18 % de son chiffre d’affaires trimestriel et une augmentation de 45 % de son carnet de commandes, portant sa capitalisation boursière à près de 5 milliards d’euros.
- La Commission européenne devra statuer sur les risques de réduction de la concurrence que pourrait engendrer cette fusion dans le secteur spatial européen, stratégique tant pour les applications civiles que militaires.
Un projet ambitieux pour concurrencer SpaceX
Annonce en octobre 2025, l’initiative baptisée « Projet Bromo » vise à consolider les activités satellitaires des trois géants européens de l’aéronautique et de la défense. L’objectif ? Créer une entité suffisamment puissante pour rivaliser avec SpaceX, le leader américain, et les concurrents chinois, dans un marché en pleine recomposition. Selon Capital, cette fusion pourrait redéfinir l’organisation du secteur spatial européen au cours des prochaines années, en combinant les expertises complémentaires des trois groupes.
Pour Marco Fuchs, directeur général d’OHB, cette opération représente une menace directe pour l’équilibre concurrentiel du secteur. « Nous exprimons nos inquiétudes car cela a un impact sur notre chaîne d’approvisionnement », a-t-il déclaré à Reuters, qualifiant même cette possible fusion de « perturbation du marché ». Une position ferme qui pourrait se traduire par un recours juridique si la Commission européenne donne son feu vert au projet.
OHB en position de force face à l’opération
Côté allemand, OHB affiche une santé financière remarquable. Les derniers chiffres communiqués ce 7 mai 2026 révèlent une progression de 18 % de son chiffre d’affaires trimestriel, tandis que son carnet de commandes a bondi de 45 %. Autant dire que le groupe, dont la capitalisation boursière a été multipliée par cinq en un an, se trouve en position de force pour mener une bataille juridique.
« Nous n’avons pas d’autre choix que de nous défendre », a insisté Marco Fuchs, soulignant que l’intégration des activités d’Airbus, Thales et Leonardo pourrait entraîner une domination accrue des trois groupes sur le marché, au détriment des acteurs indépendants comme OHB. Pour lui, Bruxelles doit évaluer soigneusement les conséquences de cette fusion sur la concurrence, un enjeu crucial pour l’autonomie stratégique de l’Europe dans l’espace.
Un enjeu stratégique pour l’Europe
Le secteur spatial européen est aujourd’hui un pilier à la fois civil et militaire. La création d’un géant capable de produire des satellites à grande échelle pourrait renforcer l’indépendance du continent face aux États-Unis et à la Chine. Pourtant, cette ambition se heurte à des réalités concurrentielles complexes. Selon Capital, la Commission européenne devra trancher dans les prochains mois sur les risques de réduction de la concurrence que pourrait engendrer le « Projet Bromo ». Une décision qui s’annonce délicate, tant les intérêts des différents acteurs sont divergents.
Les observateurs s’interrogent : cette fusion, si elle aboutit, permettra-t-elle vraiment à l’Europe de combler son retard face à SpaceX ? Ou risque-t-elle, au contraire, de concentrer encore davantage le marché entre les mains de quelques groupes, limitant ainsi l’innovation et la diversité ? Autant de questions qui alimentent le débat au sein de la Commission et dans les cercles industriels européens.
« Nous exprimons nos inquiétudes car cela a un impact sur notre chaîne d’approvisionnement. […] Nous qualifions cette possible fusion de perturbation du marché. »
Marco Fuchs, directeur général d’OHB, à Reuters
Dans un contexte où les tensions géopolitiques et technologiques autour de l’espace s’intensifient, cette affaire dépasse le cadre industriel. Elle engage la souveraineté européenne face aux géants américains et chinois. Pour les observateurs, une issue équilibrée serait idéale : une fusion autorisée, mais encadrée, permettant à l’Europe de rivaliser sans étouffer ses acteurs indépendants.
Le groupe allemand craint que l’intégration des activités satellitaires des trois géants européens ne réduise la concurrence sur le marché, en perturbant sa chaîne d’approvisionnement et en dominant le secteur. Il redoute une position de quasi-monopole pour Airbus, Thales et Leonardo, au détriment des autres acteurs comme OHB.