Mardi 12 mai 2026, les présidents de groupes parlementaires devaient trancher sur l’inscription à l’agenda de l’Assemblée nationale d’une proposition de loi portée par le sénateur Xavier Darcos, visant à instaurer une présomption d’utilisation des contenus culturels par les entreprises d’intelligence artificielle. Selon Libération, le texte n’a finalement pas été retenu, victime d’un lobbying intensif de la part des géants de la tech.
Ce qu'il faut retenir
- Une proposition de loi déposée par Xavier Darcos prévoyait d’instaurer une présomption d’utilisation des contenus culturels par les IA, facilitant ainsi la protection du droit d’auteur.
- Le texte devait être examiné mardi 12 mai 2026 pour une inscription à l’agenda parlementaire, mais a été abandonné sous la pression des lobbys technologiques.
- Les acteurs de la tech ont mené un lobbying actif pour faire obstacle à ce projet, sans qu’aucune alternative concrète ne soit proposée par les défenseurs du texte.
- Cette décision intervient dans un contexte où les débats sur la régulation de l’IA et la protection des droits d’auteur s’intensifient en France et en Europe.
Un texte conçu pour protéger les créateurs face à l’IA
Portée par le sénateur Xavier Darcos, cette proposition de loi avait pour objectif de clarifier le cadre juridique entourant l’utilisation des contenus protégés par le droit d’auteur dans le développement des outils d’intelligence artificielle. Concrètement, elle instaurait une présomption légale selon laquelle toute entreprise utilisant des contenus culturels (musique, images, textes) pour entraîner ses modèles d’IA serait considérée comme les ayant exploités, sauf preuve du contraire. Une mesure destinée à renforcer la position des créateurs face aux géants de la tech, souvent accusés de s’approprier ces données sans compensation.
Le texte s’inscrivait dans une volonté plus large de régulation de l’IA, un sujet devenu prioritaire pour les institutions européennes. En France, où le secteur culturel pèse plus de 100 milliards d’euros par an, la question de la protection des œuvres contre les usages non autorisés par l’IA était déjà au cœur des discussions entre le gouvernement et les professionnels de la culture.
Un lobbying massif des acteurs technologiques
Malgré l’enjeu pour les créateurs, la proposition de loi n’a pas survécu à l’opposition des lobbys de la tech. Selon Libération, les représentants des grandes entreprises du secteur ont multiplié les interventions auprès des parlementaires et des responsables politiques au cours des semaines précédant le vote. Leurs arguments ? Une telle mesure risquait de freiner l’innovation et de placer la France en position de retard par rapport à d’autres pays moins restrictifs. Certains acteurs ont également évoqué la nécessité de trouver un équilibre entre protection des droits et développement de l’IA, sans pour autant proposer de cadre alternatif.
Les défenseurs du texte, eux, dénoncent une stratégie dilatoire des géants de la tech, bien décidés à éviter toute régulation contraignante. «
On nous explique que l’IA est un outil révolutionnaire, mais quand il s’agit de protéger les créateurs qui alimentent ces technologies, soudainement, tout devient trop compliqué», a réagi un représentant du secteur culturel sous couvert d’anonymat. Le texte aurait pu permettre aux artistes et aux industries culturelles de mieux négocier les conditions d’utilisation de leurs œuvres, un enjeu devenu urgent avec l’essor des modèles génératifs.
Un revers pour les défenseurs du droit d’auteur
L’abandon de cette proposition de loi constitue un revers pour les associations de défense des droits d’auteur, ainsi que pour les syndicats du secteur culturel, qui plaidaient depuis des mois pour un cadre juridique plus protecteur. «
Sans cette présomption, les créateurs restent dans une situation d’insécurité juridique», a souligné Cécile Dubernet, présidente de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD). Selon elle, l’absence de texte clair expose les artistes à des utilisations massives et non rémunérées de leurs œuvres par les outils d’IA, un phénomène déjà observé dans d’autres pays européens.
Les professionnels du secteur rappellent que la France, berceau de la protection des droits d’auteur avec le dépôt de la loi de 1791, se devait de jouer un rôle pionnier dans ce domaine. Pourtant, avec cette décision, le pays semble une fois de plus en retrait face aux géants américains et chinois, dont les pratiques en matière d’IA restent largement opaques en termes de respect des droits de propriété intellectuelle.
Reste à voir si cette affaire servira de leçon pour les prochains projets législatifs en matière de régulation numérique. Une chose est sûre : la bataille pour la protection du droit d’auteur face à l’IA ne fait que commencer.
La proposition prévoyait d’instaurer une présomption d’utilisation des contenus culturels par les entreprises d’IA, facilitant ainsi la protection du droit d’auteur. Concrètement, cela aurait signifié qu’une entreprise utilisant des œuvres protégées pour entraîner ses modèles d’IA aurait été considérée comme les ayant exploitées, sauf preuve du contraire. Le texte visait à renforcer la position des créateurs face aux géants de la tech.
Les acteurs de la tech craignent que cette mesure ne freine l’innovation et ne place la France en position de retard par rapport à d’autres pays moins restrictifs. Certains ont aussi évoqué la nécessité de trouver un équilibre entre protection des droits et développement de l’IA, sans pour autant proposer de cadre alternatif. Pour eux, une régulation trop stricte pourrait limiter la compétitivité des entreprises françaises et européennes face aux géants américains et chinois.