Pour concrétiser leur projet de disparition de SFR, les trois opérateurs télécoms — Orange, Bouygues Telecom et Free — comptent sur un revirement de la Commission européenne concernant sa doctrine sur les concentrations. Selon Le Monde, cette révision des règles pourrait être déterminante pour que l’opération aboutisse.

Ce qu'il faut retenir

  • Les trois opérateurs historiques — Orange, Bouygues Telecom et Free — misent sur un assouplissement des règles de la Commission européenne pour racheter SFR.
  • Leur projet vise à faire disparaître SFR du paysage télécoms français, réduisant ainsi le nombre d’acteurs majeurs à trois.
  • La révision des règles européennes sur les fusions, attendue prochainement, pourrait jouer un rôle clé dans la validation de cette opération.
  • Cette manœuvre s’inscrit dans un contexte de consolidation du secteur, marqué par une concurrence accrue et des pressions sur les marges.

Un projet de consolidation sous haute surveillance réglementaire

Le projet des trois opérateurs repose sur une logique de concentration du marché, où SFR serait absorbé par l’un d’eux. Orange, Bouygues Telecom et Free estiment qu’un assouplissement des critères de la Commission européenne en matière de fusions leur permettrait de mener à bien cette opération. « Cette révision des règles pourrait rendre possible ce qui est aujourd’hui impensable », a déclaré un proche du dossier à Le Monde.

Les trois groupes justifient cette manœuvre par la nécessité de renforcer leur compétitivité face à la montée en puissance des opérateurs low-cost et des géants étrangers. « Côté performances économiques, cette consolidation pourrait permettre des économies d’échelle et une meilleure allocation des ressources », a ajouté la même source.

Un enjeu pour l’équilibre du marché français

Actuellement, le marché français des télécoms compte quatre opérateurs majeurs : Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free. La disparition de SFR réduirait ce nombre à trois, un scénario qui soulève des questions sur la concurrence et les tarifs pour les consommateurs. « Un marché à trois opérateurs pourrait limiter les pressions concurrentielles et, à terme, entraîner une hausse des prix », s’inquiète un analyste du secteur.

Pour l’instant, la Commission européenne n’a pas encore rendu publique sa position sur une éventuelle révision de sa doctrine. Cependant, les rumeurs d’un assouplissement circulent depuis plusieurs mois, notamment en raison des demandes répétées des États membres, dont la France, qui voient dans ces concentrations un moyen de créer des « champions européens » capables de rivaliser avec les géants américains et chinois.

Et maintenant ?

La prochaine étape consistera en une publication attendue des nouvelles lignes directrices de la Commission européenne sur les concentrations, prévue d’ici la fin de l’année 2026. Si ces règles sont effectivement assouplies, les opérateurs pourront déposer leur dossier de fusion, une procédure qui pourrait s’étaler sur plusieurs mois, voire plus d’un an. En attendant, les observateurs restent prudents : « Rien n’est joué, car même avec un assouplissement, la Commission pourrait imposer des conditions strictes », souligne un expert.

Les réactions des acteurs du secteur

Côté pouvoirs publics, le gouvernement français n’a pas encore pris position publiquement sur ce dossier. « Nous suivons de près les discussions européennes et les initiatives du secteur », a simplement indiqué un porte-parole du ministère de l’Économie. Du côté des syndicats, la crainte d’une réduction des effectifs et d’une dégradation des conditions de travail chez SFR a déjà commencé à émerger.

Pour l’heure, les trois opérateurs concernés gardent le silence sur leurs stratégies respectives. « Nous ne commentons pas les scénarios en cours », a répondu un porte-parole d’Orange à Le Monde. Même prudence du côté de Bouygues Telecom et de Free, qui n’ont pas donné suite à nos demandes d’interviews.

Plusieurs facteurs pourraient jouer en faveur d’un assouplissement. D’abord, la pression exercée par certains États membres, dont la France, qui souhaitent voir émerger des « champions européens » capables de rivaliser avec les géants américains et asiatiques. Ensuite, le contexte économique, marqué par la montée des opérateurs low-cost et la nécessité de réduire les coûts dans un secteur très concurrentiel. Enfin, la Commission pourrait vouloir s’aligner sur des pratiques plus souples observées dans d’autres régions du monde.