Cinq ans après son lancement, la réforme du baccalauréat, souvent appelée « bac Blanquer » du nom de l’ancien ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, reste au cœur des débats. Promue pour offrir aux lycéens des parcours plus flexibles et mieux adaptés à l’enseignement supérieur, cette réforme a surtout été marquée par des ajustements annuels et un échec partiel dans sa volonté initiale de rapprocher le baccalauréat des réalités universitaires. Selon Le Figaro, qui publie ce décryptage à l’approche de la cinquième session de cet examen repensé, le dispositif peine toujours à atteindre ses objectifs premiers.

Ce qu'il faut retenir

  • La réforme du bac, lancée en 2017 et mise en œuvre à partir de 2021, visait à personnaliser les parcours des lycéens avec trois spécialités en première et deux en terminale.
  • Ses objectifs affichés étaient de mieux préparer les élèves à l’enseignement supérieur et de réduire le taux d’échec en licence.
  • Cinq ans plus tard, les universités plébiscitent toujours Parcoursup, tandis que le bac réformé continue de subir des modifications annuelles.
  • Les syndicats d’enseignants critiquent une réforme « mal pensée », confrontée à la réalité du terrain.
  • Le bilan reste mitigé : si la structure a évolué, le rapprochement avec l’enseignement supérieur reste incomplet.

Une réforme née d’une promesse présidentielle et d’ambitions pédagogiques

Lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 2017, Emmanuel Macron avait placé la réforme du baccalauréat au cœur de son projet éducatif. Portée par Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l’Éducation nationale, cette refonte visait plusieurs objectifs ambitieux : élargir le champ des possibles pour les lycéens en leur proposant des parcours « à la carte », permettre des spécialisations plus fines (trois spécialités en classe de première, puis deux en terminale), et surtout, former de « vrais scientifiques ». Autant dire que l’enjeu était de taille.

L’autre promesse majeure était de mieux arrimer le baccalauréat à l’enseignement supérieur. L’objectif était double : revaloriser l’examen, alors souvent perçu comme un simple sésame, et faire baisser le taux d’échec en licence, qui atteignait des niveaux préoccupants. Pour y parvenir, la réforme s’est accompagnée, dès 2018, de la mise en place de Parcoursup, la plateforme nationale de préinscription dans l’enseignement supérieur.

Des ajustements permanents depuis 2021

Cinq ans après son entrée en vigueur, la réforme n’a cessé d’être retravaillée. Comme le rapporte Le Figaro, « depuis 2021, nous sommes quasiment sur une adaptation, une modification par an ! », souligne Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes, syndicat majoritaire dans les collèges et lycées. Cette instabilité reflète les difficultés rencontrées pour concilier les ambitions initiales et la réalité du terrain. Les enseignants et les établissements ont dû s’adapter à un système en constante évolution, ce qui a parfois généré des tensions et des incompréhensions.

Parmi les critiques récurrentes, on retrouve la complexité accrue pour les élèves et leurs familles. Le choix des spécialités, devenu central dans l’évaluation du bac, s’est transformé en un parcours semé d’embûches. Certains y voient une source de stress supplémentaire, tandis que d’autres pointent du doigt un manque de cohérence avec les attentes des filières universitaires.

Un échec partiel à raccrocher le bac à l’enseignement supérieur

L’un des échecs les plus patents de cette réforme réside dans son incapacité à réduire significativement le taux d’échec en licence. Malgré la volonté de mieux préparer les élèves à la poursuite d’études, les chiffres restent préoccupants. Les universités, elles, continuent de privilégier Parcoursup pour sélectionner leurs futurs étudiants, ce qui tend à montrer que le nouveau bac n’a pas suffi à combler le fossé entre le secondaire et le supérieur.

Ce constat est partagé par de nombreux acteurs du système éducatif. « La réforme a été mal pensée et s’est heurtée à la réalité, comme cela a souvent été le cas avec les grandes idées de… », confie Sophie Vénétitay. Pour les syndicats, la réforme a manqué de concertation et a sous-estimé les contraintes logistiques et pédagogiques des établissements.

Des spécialités au cœur des débats

Un autre point de friction concerne l’introduction des spécialités. Alors que le gouvernement espérait offrir aux lycéens une meilleure orientation, certains observateurs soulignent que ces choix précoces peuvent enfermer les élèves dans des parcours trop rigides. Les retours des professeurs et des élèves sont mitigés : si certains apprécient la possibilité de se spécialiser, d’autres regrettent un système qui, selon eux, favorise les inégalités entre établissements et entre territoires.

Les spécialités scientifiques, en particulier, ont été au centre des discussions. L’objectif affiché était de renforcer leur attractivité et de former une nouvelle génération de scientifiques. Pourtant, les résultats restent en demi-teinte, avec des effectifs toujours insuffisants dans certaines filières, notamment en mathématiques et en physique-chimie.

Et maintenant ?

Alors que la réforme approche de sa cinquième session, la question de son avenir reste entière. Les prochaines années pourraient voir de nouveaux ajustements, voire des modifications plus profondes, si les pouvoirs publics décident de revoir leur copie. Une chose est sûre : le débat sur l’adéquation entre le baccalauréat et l’enseignement supérieur n’est pas près de s’éteindre. Pour l’heure, les universités continuent de s’appuyer sur Parcoursup, tandis que les lycéens et leurs familles doivent composer avec un système en perpétuelle évolution.

Pour les observateurs, l’enjeu principal reste de trouver un équilibre entre flexibilité et rigueur. Trop de changements annuels risquent d’alimenter la confusion, tandis qu’un statu quo pourrait priver les élèves d’un examen mieux adapté à leurs aspirations et aux besoins de la société.

Selon Le Figaro, ces ajustements fréquents s’expliquent par les difficultés rencontrées pour concilier les ambitions initiales de la réforme avec la réalité du terrain. Les enseignants et les établissements ont dû s’adapter à un système en constante évolution, ce qui a parfois généré des tensions et des incompréhensions.