Près de 11 % des retraites liquidées en France en 2025 comportaient une erreur de paiement, selon le rapport annuel de certification des comptes de la Sécurité sociale publié par la Cour des comptes. Ce taux, en hausse par rapport à 2024, représente un total de 1,1 milliard d’euros d’impact financier sur l’ensemble des prestations versées aux pensionnés, rapporte Le Figaro.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2025, une prestation légale sur neuf a fait l’objet d’une erreur financière, contre une sur dix en 2024.
  • L’impact total de ces erreurs sur la durée de vie des retraités s’élève à 1,1 milliard d’euros.
  • La branche vieillesse de la Sécurité sociale a distribué 167,3 milliards d’euros en 2025, soit une progression de 6,4 milliards par rapport à l’année précédente.
  • Les erreurs peuvent aussi bien avantager que désavantager les bénéficiaires, selon la Cour des comptes.
  • Le montant des erreurs affectant les règlements de frais de santé a atteint 3,4 milliards d’euros en 2025.

Les chiffres, présentés dans le cadre de l’examen des comptes sociaux, révèlent une dégradation du taux d’erreur dans le versement des pensions. La Cour des comptes précise que 956 280 prestations ont été distribuées l’an dernier pour un montant global de 167,3 milliards d’euros, une enveloppe en forte hausse de 6,4 milliards par rapport à 2024. Cette progression s’inscrit dans un contexte de pression accrue sur les finances sociales, alors que les dépenses de santé et les prestations vieillesse pèsent de plus en plus sur le budget de l’État.

Des erreurs aux conséquences financières lourdes

Le rapport de la Cour des comptes met en lumière l’ampleur des dysfonctionnements dans le système de retraite. Près d’une prestation légale sur neuf liquidées en 2025 comportait une erreur de portée financière, un ratio en progression par rapport à 2024, où seulement 10 % des pensions étaient concernées. L’impact financier global de ces erreurs, sur l’ensemble de la durée de vie des retraités, est estimé à 1,1 milliard d’euros — une somme qui souligne la gravité des dysfonctionnements.

Selon les auteurs du document, ces erreurs ne sont pas systématiquement défavorables aux bénéficiaires : certaines peuvent conduire à un surpaiement, tandis que d’autres génèrent des retards ou des sous-versements. La Cour des comptes n’a pas détaillé la répartition entre ces deux cas de figure, mais souligne que le montant des erreurs dans les frais de santé a atteint 3,4 milliards d’euros en 2025, un chiffre qui illustre l’ampleur des dysfonctionnements dans un autre volet de la Sécurité sociale.

Un système sous tension, entre hausse des dépenses et exigences de rigueur

Le constat intervient alors que la branche vieillesse de la Sécurité sociale voit ses dépenses continuer de progresser. En 2025, les charges des prestations vieillesse ont augmenté de 6,4 milliards d’euros, pour atteindre un montant total de 167,3 milliards d’euros. Ce niveau record reflète à la fois l’inflation, le vieillissement de la population et l’évolution des droits à la retraite. Autant dire que la pression sur les comptes sociaux ne faiblit pas, dans un contexte où l’État cherche à maîtriser ses dépenses publiques.

Par ailleurs, la Cour des comptes avait déjà alerté, dans des rapports précédents, sur la nécessité de renforcer le contrôle des dépenses sociales. Les erreurs de paiement dans les retraites et les frais de santé s’ajoutent à d’autres sources de dérapage, comme les dépenses pharmaceutiques, qui atteignent 36 milliards d’euros par an. La Cour préconise depuis plusieurs années une meilleure gestion des fonds publics, mais les résultats tardent à se matérialiser.

« Près d’une prestation légale sur neuf liquidées comporterait une erreur de portée financière. » — Cour des comptes, rapport annuel 2025

Une situation qui interroge sur la fiabilité du système

Comment expliquer une telle proportion d’erreurs dans le versement des retraites ? Pour la Cour des comptes, plusieurs facteurs entrent en jeu : la complexité croissante des règles de calcul, la multiplication des dispositifs dérogatoires et, parfois, des lacunes dans les systèmes informatiques. Les caisses de retraite, en première ligne, doivent gérer des millions de dossiers avec des règles en constante évolution. Une marge d’erreur difficile à éliminer entièrement, mais dont le coût devient insupportable pour les finances publiques.

La situation est d’autant plus préoccupante que les erreurs ne se limitent pas aux retraites. Dans un autre rapport, la Cour des comptes avait déjà pointé du doigt les dépenses de santé, où 3,4 milliards d’euros de règlements erronés ont été recensés en 2025. Ces dysfonctionnements récurrents soulèvent une question de fond : comment garantir un système social à la fois généreux et rigoureux ?

Et maintenant ?

La publication de ce rapport devrait relancer le débat sur la réforme des retraites et la modernisation des outils de gestion de la Sécurité sociale. Le gouvernement pourrait être amené à renforcer les moyens alloués au contrôle des prestations, alors que les prochaines échéances budgétaires, prévues à l’automne 2026, seront cruciales pour ajuster les dépenses sociales. Les caisses de retraite, de leur côté, devront accélérer la digitalisation de leurs processus, afin de réduire les risques d’erreurs humaines. Reste à voir si ces mesures suffiront à inverser la tendance.

En attendant, les retraités concernés par une erreur de paiement devront se tourner vers les organismes compétents pour faire rectifier leur dossier. La Cour des comptes rappelle que les démarches de recours existent, mais leur efficacité dépendra de la capacité des administrations à traiter les réclamations dans des délais raisonnables.

Les retraités peuvent consulter leur relevé de carrière sur le site de l’Assurance retraite ou contacter leur caisse de retraite (CNAV, MSA, etc.) pour signaler toute anomalie. En cas de désaccord persistant, un recours auprès de la commission de recours amiable (CRA) est possible, avant un éventuel recours devant les tribunaux.

Le gouvernement n’a pas encore détaillé de mesures spécifiques, mais la Cour des comptes recommande un renforcement des contrôles automatisés, une simplification des règles de calcul et une meilleure coordination entre les différents organismes gestionnaires. Une feuille de route devrait être présentée d’ici la fin de l’année 2026.