Avec plus de 22 millions de visiteurs en 2025, la Sagrada Família, joyau architectural de Barcelone conçu par Antoni Gaudí, transforme son quartier en un « parc thématique surpeuplé », selon Libération. Cet afflux record, qui devrait se poursuivre dans les années à venir, pose un défi majeur pour les habitants, tandis que les travaux d’achèvement de l’œuvre – prévus pour durer encore une décennie – pourraient entraîner l’expulsion d’un millier de riverains d’ici 2036.
Ce qu'il faut retenir
- En 2025, la Sagrada Família a attiré 22 millions de touristes, un record qui impacte directement la vie des habitants du quartier.
- L’œuvre inachevée de Gaudí, visitée ce mercredi par le pape, nécessite des travaux d’achèvement qui pourraient concerner jusqu’à 1 000 expulsions de résidents d’ici 2036.
- Le site, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, concentre à lui seul une partie croissante du tourisme barcelonais, au détriment des conditions de vie locales.
Un tourisme de masse qui pèse sur le quotidien des Barcelonais
Le quartier de l’Eixample, où trône la basilique, subit les conséquences d’un tourisme devenu ingérable. « C’est comme vivre dans un parc thématique surpeuplé », confiait récemment un riverain à Libération. Entre les files d’attente interminables, la hausse des prix de l’immobilier et la saturation des services locaux, les habitants dénoncent une pression insoutenable. Les autorités municipales, qui avaient tenté de réguler l’accès aux sites majeurs, peinent à trouver des solutions durables.
Selon les données officielles, le nombre de visiteurs a été multiplié par trois en dix ans, passant de 7 millions en 2015 à plus de 22 millions en 2025. Cette fréquentation record a poussé la mairie de Barcelone à étudier des mesures drastiques, comme la limitation des entrées quotidiennes ou la redirection d’une partie des flux vers d’autres monuments de la ville.
Des travaux controversés et des expulsions annoncées
Les travaux d’achèvement de la Sagrada Família, engagés depuis plus d’un siècle et estimés à plusieurs centaines de millions d’euros, se heurtent désormais à une problématique humaine. D’après les documents consultés par Libération, les expropriations nécessaires à l’extension des accès ou à la rénovation des espaces environnants pourraient toucher jusqu’à 1 000 foyers d’ici 2036. Une échéance qui coïncide avec la fin prévue des travaux, prévue pour 2026, bien que certains experts estiment que le chantier pourrait s’étendre au-delà.
Les associations de quartier dénoncent des « expulsions déguisées » et réclament un moratoire sur les expropriations jusqu’à la mise en place d’un plan global de réaménagement. « Ces expulsions ne sont pas une fatalité, mais le résultat d’un manque de vision à long terme », a souligné María López, porte-parole du collectif *Salvem l’Eixample*, dans une déclaration recueillie par Libération.
Le pape en visite : un symbole qui cache une réalité complexe
La visite du pape François à la Sagrada Família, prévue ce mercredi 10 juin 2026, intervient dans un contexte particulièrement tendu. L’Église catholique, propriétaire du monument, se trouve au cœur des débats. D’un côté, elle défend l’achèvement du chantier comme un « devoir spirituel et culturel ». De l’autre, elle est sommée de répondre aux critiques sur l’impact social des travaux.
« La Sagrada Família est un symbole universel, mais elle ne peut pas se construire au détriment des vies humaines », a réagi le maire de Barcelone, Jaume Collboni, dans un entretien accordé à Libération. Le premier magistrat de la ville a rappelé que son équipe travaillait à un « plan de sauvegarde des habitants », sans pour autant dévoiler de mesures concrètes pour l’instant.
Quant aux habitants, ils attendent des garanties. Certains envisagent même de porter l’affaire devant les instances européennes, invoquant le droit à un logement décent. Pour l’heure, aucune décision n’a été prise, mais le compte à rebours est lancé.
La basilique, chef-d’œuvre d’Antoni Gaudí, est l’un des monuments les plus emblématiques d’Espagne et l’un des sites les plus visités d’Europe. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle attire chaque année des millions de visiteurs, séduits par son architecture unique et son histoire. Son statut de « dernière œuvre inachevée de Gaudí » ajoute une dimension symbolique qui renforce son attrait.