C’est l’un des symboles du patrimoine culinaire français : le fromage. Au-delà de son rôle gourmand, il pourrait aussi contribuer à une meilleure santé et à une longévité accrue. Selon une étude menée par des chercheurs clermontois, relayée par Franceinfo - Sciences, la consommation quotidienne de fromages au lait cru, et en particulier du saint-nectaire, présenterait des bénéfices significatifs pour l’organisme.

Ce qu'il faut retenir

  • Une étude scientifique menée pendant cinq ans sur des vers microscopiques montre que la consommation de fromages au lait cru, dont le saint-nectaire, prolonge leur durée de vie de jusqu’à 77 %.
  • Ces fromages améliorent également la mobilité des vers, même à un âge avancé, préservant ainsi leur intégrité musculaire.
  • Parmi les huit fromages étudiés (époisses, cantal, bleu d’Auvergne, etc.), le saint-nectaire affiche les résultats les plus marquants.
  • Les producteurs locaux, comme Patrice Chassard à Saint-Diery (Puy-de-Dôme), accueillent ces résultats comme une reconnaissance de leur savoir-faire.
  • L’affinage du saint-nectaire, qui dure quatre semaines, repose sur une alimentation diversifiée des vaches, clé de ses propriétés.

Une étude menée sur des vers aux similitudes métaboliques avec l’homme

Pour évaluer les effets des fromages au lait cru, une équipe de scientifiques de VetAgroSup Clermont-Ferrand a mené une expérience originale. Pendant cinq ans, des vers microscopiques, dont le métabolisme présente des similitudes avec celui des humains, ont été nourris avec huit types de fromages au lait cru différents. Parmi eux figuraient l’époisses, le cantal, le bleu d’Auvergne ou encore le saint-nectaire. Les résultats, présentés par Laurent Rios, professeur en biotechnologie et sciences des aliments, sont sans équivoque : « On a mis en évidence que la consommation de ces fromages augmentait la durée de vie du ver », précise-t-il. « On pouvait aller jusqu’à plus 77 % de durée de vie en plus selon le fromage consommé. »

Les vers soumis à cette alimentation ont non seulement vécu plus longtemps, mais leur mobilité s’est également améliorée, voire préservée, même à un âge avancé. « Ils ont plus de mouvements, ils parcourent des distances plus grandes et leurs ondulations sont beaucoup plus importantes », observe le chercheur. Ces conclusions suggèrent que les fromages au lait cru pourraient jouer un rôle dans la prévention du vieillissement chez l’homme, en améliorant la santé musculaire et la longévité.

Le saint-nectaire, champion des fromages bénéfiques

Parmi les huit fromages étudiés, c’est le saint-nectaire qui se distingue particulièrement. Ce fromage auvergnat, symbole du terroir et produit dans le Puy-de-Dôme, serait donc le plus efficace pour prolonger la durée de vie et maintenir la mobilité. Pour le vérifier, l’équipe de Franceinfo a rencontré des consommateurs et des producteurs locaux. Chez un affineur de Saint-Nectaire, les retours des clients confirment leur attachement à ce produit. « J’en mange depuis des années, et on ne croirait pas que j’ai l’âge que j’ai, 55 ans », confie l’un d’eux. Un autre ajoute : « J’espère que c’est bon pour la santé, parce que tant qu’on en mange, ça peut nous faire du bien, c’est essentiel ». Certains vont jusqu’à annoncer leur intention d’en consommer quotidiennement.

Côté production, Patrice Chassard, éleveur et producteur de saint-nectaire fermier à Saint-Diery, se réjouit de ces résultats. « C’est une bonne nouvelle, pour une fois ! », s’exclame-t-il, soulignant que cette étude confirme ce que les producteurs pressentaient déjà. « On s’en doutait, ça nous amène des éléments un peu plus précis », explique-t-il. Pour lui, la qualité du fromage repose avant tout sur l’alimentation des vaches, nourries avec une herbe diversifiée et riche, typique des pâturages volcaniques d’Auvergne.

Un atout pour les éleveurs et l’économie locale

Cette étude scientifique tombe à point nommé pour les producteurs de saint-nectaire, un secteur économique vital pour la région. Le saint-nectaire, qui nécessite quatre semaines d’affinage avant commercialisation, est produit toute l’année par les éleveurs locaux. Avec deux traites quotidiennes et deux séances de fabrication par jour, la reconnaissance des vertus santé de ce fromage est perçue comme une bouffée d’oxygène pour un métier exigeant et souvent malmené par les crises économiques.

« C’est très utile pour les fromages au lait cru et pour nous aussi, bien sûr », souligne Patrice Chassard. Pour les consommateurs, cette étude pourrait aussi représenter une incitation à privilégier les produits laitiers au lait cru, souvent associés à une meilleure qualité nutritionnelle. En Auvergne, où le fromage est bien plus qu’un aliment, cette découverte est accueillie comme une fierté locale. Les producteurs espèrent que ces résultats encourageront une consommation plus large, tout en valorisant leur travail et leur terroir.

Et maintenant ?

Cette étude ouvre la voie à de nouvelles recherches sur les effets des fromages au lait cru sur la santé humaine. Les scientifiques pourraient désormais étendre leurs investigations à d’autres populations, comme des mammifères ou des humains, pour confirmer ces premiers résultats. Par ailleurs, les producteurs locaux pourraient s’appuyer sur ces conclusions pour renforcer leur marketing et promouvoir le saint-nectaire comme un produit bénéfique pour la santé. Une chose est sûre : cette découverte devrait relancer l’intérêt pour les fromages traditionnels, à condition que les autorités sanitaires valident ces hypothèses à plus grande échelle.

Reste à voir si ces conclusions suffiront à modifier les habitudes de consommation. En France, où le fromage est une institution, les amateurs ont déjà leur avis : pour certains, la gourmandise prime sur les considérations santé. « J’en mange tous les jours », lance un client chez l’affineur, résumant à lui seul l’engouement pour ce produit emblématique.

Les fromages au lait cru conservent davantage de bactéries lactiques et de micro-organismes naturels que les fromages pasteurisés. Ces éléments pourraient jouer un rôle dans la régulation du microbiote intestinal et, par extension, dans la santé globale de l’organisme. L’étude clermontoise s’est penchée sur cette hypothèse en analysant les effets de ces fromages sur des vers, dont le métabolisme est proche de celui des humains.