Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a réaffirmé ce 22 mai 2026 le refus de son gouvernement d’instaurer un moratoire sur l’application de la loi durcissant les peines contre les relations homosexuelles, adoptée début mars 2024 et promulguée fin mars de la même année. Selon BMF - International, Sonko a dénoncé lors d’une intervention devant les députés une prétendue « tyrannie » de l’Occident cherchant à « imposer l’homosexualité au reste du monde ».

Ce qu'il faut retenir

  • Le Sénégal a adopté en mars 2024 une loi doublant les peines pour relations homosexuelles, passant de 5 à 10 ans de prison.
  • Cette réforme intervient dans un contexte marqué par une hausse des arrestations pour homosexualité présumée et une vague d’homophobie dans le pays.
  • Ousmane Sonko a rejeté toute idée de moratoire, qualifiant cette demande de « complexée » et affirmant que la loi pourrait encore être renforcée.
  • Le Premier ministre a critiqué les pressions venues de l’Occident, notamment de la France, qu’il accuse de vouloir imposer ses valeurs au Sénégal.
  • Une tribune publiée mi-mai 2026 dans Libération, signée par une trentaine de personnalités africaines, appelait à un moratoire en raison d’un climat de « peur et de violence ».

Une loi controversée dans un contexte de tensions sociales

Le vote de cette loi en mars 2024 a suscité une vague de critiques internationales, notamment de la part des organisations de défense des droits humains. Selon BMF - International, les relations homosexuelles étaient déjà criminalisées au Sénégal, mais cette réforme a doublé les peines encourues. Depuis son adoption, plusieurs arrestations pour homosexualité présumée ont été recensées, alimentant les craintes d’une répression accrue dans un pays où cette pratique est largement stigmatisée.

Le contexte politique et social sénégalais est également marqué par une montée des tensions, dans un pays où la question des droits LGBTQ+ reste un sujet sensible. Les autorités justifient cette loi par la nécessité de « mettre un terme à la prolifération du phénomène », comme l’a rappelé Ousmane Sonko lors de son discours.

Ousmane Sonko contre-attaque : l’Occident accusé d’imposer ses valeurs

Face aux critiques venues principalement de France, Ousmane Sonko a choisi de durcir le ton. « Il y a une sorte de tyrannie. Nous sommes huit milliards d’êtres humains dans le monde mais il y a un petit noyau qui s’appelle l’Occident, au sein duquel le débat n’est pas tranché, mais parce qu’il a des moyens et maîtrise les médias, veut l’imposer [l’homosexualité] au reste du monde. Au nom de quoi ? », a-t-il lancé devant les députés. Cette attaque vise directement les pays européens, accusés de vouloir exporter leurs normes sociétales sans tenir compte des spécificités culturelles africaines.

Le Premier ministre a également balayé d’un revers de main les critiques internationales, affirmant : « S’ils ont opté pour ces pratiques, c’est leur problème mais nous n’avons pas de leçon à recevoir d’eux, absolument pas ». Selon lui, aucun pays asiatique, africain ou arabe ne remet en cause cette loi, ce qui, pour lui, légitimerait la position sénégalaise. « Si la loi doit être renforcée, elle le sera », a-t-il prévenu, ajoutant que la justice devra veiller à son application « totale, impersonnelle et parfaite ».

« Une partie de nos élites sont complexées. Il n’y aura pas de moratoire. »
— Ousmane Sonko, Premier ministre du Sénégal, 22 mai 2026

Une tribune internationale pour un moratoire

La position intransigeante du gouvernement sénégalais intervient alors qu’une tribune publiée mi-mai 2026 dans le quotidien français Libération a appelé à l’instauration d’un moratoire sur l’application de cette loi. Signée par une trentaine de personnalités d’origine africaine, dont des militants, des artistes et des intellectuels, elle dénonce un « climat de peur, de haine et de violence » qui se serait installé depuis le vote du texte. Les signataires estiment que cette loi aggrave les discriminations et met en danger les minorités sexuelles dans le pays.

Parmi les auteurs de cette tribune figurent des figures connues pour leur engagement en faveur des droits humains, comme l’écrivain et militant camerounais Werewere Liking ou l’historien sénégalais Felwine Sarr. Leur appel n’a cependant eu aucun écho positif du côté des autorités sénégalaises, qui ont choisi de maintenir leur ligne dure. « Nous ne sommes pas un laboratoire pour les expérimentations sociétales de l’Occident », a martelé Ousmane Sonko, réaffirmant que la loi ne serait pas remise en cause.

Un débat qui dépasse les frontières sénégalaises

Cette affaire dépasse largement le cadre national et s’inscrit dans un débat plus large sur la souveraineté culturelle et les droits humains en Afrique. Plusieurs pays du continent ont durci leur législation contre l’homosexualité ces dernières années, tandis que d’autres, comme l’Afrique du Sud ou le Botswana, adoptent une approche plus libérale. Le Sénégal, pays majoritairement musulman où l’homosexualité est considérée comme une « déviance », a toujours été l’un des États les plus répressifs sur cette question.

La position de Sonko reflète également une tendance plus globale en Afrique, où de nombreux dirigeants rejettent les critiques occidentales sur les droits LGBTQ+, les interprétant comme une forme de néocolonialisme. « Nous ne sommes pas des élèves, nous sommes des nations souveraines », a-t-il insisté, ajoutant que le Sénégal ne céderait pas aux pressions extérieures.

Et maintenant ?

La question d’un éventuel moratoire reste donc close pour l’instant, mais le débat pourrait rebondir si la répression s’intensifie ou si de nouvelles arrestations suscitent une vague de condamnations internationales. Par ailleurs, les prochaines échéances électorales au Sénégal, notamment l’élection présidentielle de 2027, pourraient influencer la position du gouvernement sur ce sujet sensible. Pour l’heure, les autorités maintiennent leur ligne dure, tandis que les défenseurs des droits humains appellent à une mobilisation accrue pour faire pression sur Dakar.

La loi reste donc en vigueur, et son application « totale » sera, selon Sonko, une priorité pour la justice sénégalaise. Quant à l’Occident, il semble peu probable que ses critiques aient un impact significatif sur la politique du gouvernement, tant les autorités sénégalaises affichent une détermination sans faille à maintenir leur position.

Depuis l’adoption de la nouvelle loi en mars 2024, les relations homosexuelles sont passibles de 5 à 10 ans de prison, contre 1 à 5 ans auparavant. Cette réforme a doublé les peines encourues.

Ousmane Sonko accuse les pays occidentaux de vouloir imposer leurs valeurs au Sénégal et de pratiquer un « néocolonialisme culturel ». Il affirme que ces critiques sont une ingérence dans les affaires intérieures du pays et que les élites sénégalaises « complexées » seraient à l’origine de ces pressions.