L’annihilation systématique d’un établissement médical tenu par Médecins sans frontières (MSF) dans l’État de Jonglei, au Soudan du Sud, marque un tournant dans la dégradation sécuritaire du pays. Selon Courrier International, qui s’appuie sur des informations du Guardian, l’hôpital de Lankien a été bombardé le 3 février 2026 par un avion de l’armée gouvernementale avant d’être incendié par des inconnus. Cet événement survient après des mois de recrudescence des combats entre les forces loyalistes et les rebelles, mettant en péril l’accord de paix de 2018.
Ce qu'il faut retenir
- L’hôpital de Lankien, seul centre de santé de la région avec 80 lits, a été totalement détruit après un bombardement gouvernemental suivi d’un incendie criminel.
- Quelque 250 000 personnes dépendaient de cet établissement pour des soins vitaux, désormais inaccessibles.
- Depuis janvier 2026, 33 établissements de santé ont été détruits au Soudan du Sud, privant 1,4 million de personnes de soins.
- Les violences ont déplacé plus de 304 000 personnes dans l’État de Jonglei depuis décembre 2025, selon l’ONU.
- MSF a fermé quatre hôpitaux dans le pays depuis 2025, victimes d’attaques ciblées.
Un symbole des violences qui resurgissent au Soudan du Sud
Le 3 février 2026, alors que les équipes de MSF évacuaient l’hôpital de Lankien sous la menace, un avion militaire a ciblé le bâtiment avant que des individus non identifiés n’y mettent le feu. « C’était intentionnel. Pour que nous n’ayons d’autre choix que de le fermer définitivement », a déclaré l’ONG dans un communiqué, qualifiant l’attaque de « tendance plus large et profondément inquiétante de violences contre les soins de santé » au Soudan du Sud. Les locaux, autrefois équipés d’une maternité et d’un service de pédiatrie, ne sont plus qu’un champ de ruines calcinées où s’entassent débris médicaux et documents administratifs.
Le retour des violences s’inscrit dans un contexte de rupture de l’accord de paix signé en 2018 entre le président Salva Kiir et le Mouvement populaire de libération du Soudan en opposition (SPLM-IO). Les affrontements opposent désormais les forces gouvernementales, les SSPDF, à la rébellion du SPLM-IO, relançant un conflit dont les cicatrices n’étaient pas encore refermées. Les combats se concentrent particulièrement dans l’État de Jonglei, où les tulkul — ces maisons traditionnelles en terre — brûlent encore au milieu des rues désertes.
L’effondrement du système de santé dans un pays en crise
Avant sa destruction, l’hôpital de Lankien était le seul recours médical pour une population rurale largement privée d’infrastructures. « Il ne reste plus un seul lit, une seule chaise ni un bureau », témoigne Yashovardhan, chef de mission de MSF, lors d’une visite récente sur les lieux. Les images rapportées par le Guardian montrent des climatiseurs éventrés et des équipements médicaux réduits en miettes, signe d’un pillage méthodique avant l’incendie. « Découvrir l’ampleur des destructions est choquant, même pour les humanitaires habitués aux zones de guerre », confie un membre de l’équipe.
Selon l’OCHA, l’agence humanitaire des Nations unies, 18 frappes aériennes ont été recensées entre janvier et mars 2026 au Soudan du Sud, entraînant la destruction de 33 structures sanitaires. Résultat : 1,4 million de personnes n’ont plus accès aux soins de base. Cette situation aggrave une crise humanitaire déjà précaire, où les déplacements massifs de populations et les pénuries alimentaires s’ajoutent à l’insécurité chronique. « La santé est devenue une cible », souligne MSF, qui dénonce une « stratégie délibérée pour affaiblir les populations civiles ».
Un échec cuisant pour l’accord de paix de 2018
Le bombardement de l’hôpital de Lankien intervient après une année 2025 marquée par une escalade des violences. Les combats entre l’armée régulière et les rebelles du SPLM-IO, dirigés par Riek Machar, ont repris de plus belle, malgré l’accord de partage du pouvoir censé mettre fin à cinq années de guerre civile. Les observateurs internationaux s’accordent à dire que l’État de Jonglei, riche en ressources mais pauvre en stabilité, est devenu un foyer de tensions où s’affrontent milices locales, forces gouvernementales et groupes armés rivaux.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : depuis décembre 2025, 304 000 personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers dans l’État de Jonglei, selon les données de l’ONU. Les Nations unies recensent également plus de 1 200 morts liées aux conflits en 2025, un bilan en hausse constante depuis 2024. « Le Soudan du Sud n’est plus en guerre ouverte, mais il sombre dans une violence diffuse et incontrôlable », analyse un analyste cité par le Guardian.
Dans l’immédiat, MSF a appelé à une enquête internationale indépendante sur la destruction de l’hôpital, tandis que l’ONU multiplie les appels à un cessez-le-feu. Mais dans un pays où l’impunité reste la règle, peu croient en une résolution rapide. « Nous sommes face à une spirale de violence qui dépasse largement le cadre médical », résume un responsable de l’OCHA sous couvert d’anonymat. Pour les 250 000 habitants de la région de Lankien, la question n’est plus de savoir quand les combats cesseront, mais comment survivre sans soins.
L’hôpital de Lankien était le seul centre médical de la région disposant de 80 lits, d’une maternité et d’un service de pédiatrie. Quelque 250 000 personnes dépendaient de ses services pour des soins vitaux, notamment dans un État du Soudan du Sud où l’accès aux structures sanitaires reste extrêmement limité.
Depuis janvier 2026, 33 établissements de santé ont été détruits dans le pays, privant 1,4 million de personnes de soins. Cette situation aggrave une crise humanitaire déjà marquée par le déplacement de plus de 304 000 personnes depuis décembre 2025 et une insécurité alimentaire croissante.