Une étude publiée ce 16 mai 2026 par Futura Sciences révèle que les plateformes de glace de l’Antarctique pourraient être bien plus vulnérables au réchauffement climatique qu’on ne le pensait jusqu’ici. Des chercheurs du centre de recherche polaire iC3 de Tromsø, en Norvège, ont en effet découvert que la géométrie cachée sous certaines barrières de glace, comme celle de Fimbulisen en Antarctique oriental, joue un rôle clé dans leur fragilisation. Une configuration en sillons ou canaux permet à l’eau chaude de s’accumuler et d’accélérer la fonte par en dessous, un mécanisme jusqu’alors sous-estimé par les modèles climatiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Une étude norvégienne publiée le 16 mai 2026 montre que la structure interne des plateformes de glace antarctiques influence leur sensibilité au réchauffement.
  • Les canaux sous-glaciaires observés sous la barrière de Fimbulisen favorisent l’accumulation d’eau chaude, accélérant la fonte de 60 % à 80 % selon les estimations.
  • Les modèles climatiques actuels ne prennent pas en compte ce phénomène, risquant de sous-estimer la montée des eaux.
  • Si toute la glace de l’Antarctique fondait, le niveau des mers pourrait s’élever de près de 60 mètres, un scénario catastrophique pour les zones côtières.
  • Les écosystèmes marins et les politiques publiques de gestion des risques côtiers pourraient être profondément impactés par ces découvertes.

L’Antarctique oriental, une région moins protégée qu’il n’y paraît

Longtemps perçue comme un bastion résistant au réchauffement climatique, la partie orientale de l’Antarctique semble en réalité plus fragile qu’on ne le croyait. La banquise y a longtemps résisté, voire s’est étendue, avant qu’un basculement ne s’opère en 2015 : depuis, la glace commence à fondre de manière accélérée. Cette région, autrefois considérée comme « froide » et donc moins menacée, abrite pourtant des mécanismes de fonte insoupçonnés.

Les plateformes de glace, ces immenses étendues flottantes qui agissent comme des contreforts retenant les glaciers, sont au cœur du problème. Leur fonte par le dessous menace de déstabiliser des milliards de tonnes de glace, avec des conséquences directes sur l’élévation du niveau des mers. Selon les chercheurs du iC3, certaines de ces plateformes pourraient s’amincir de manière inégale, réduisant leur résistance structurelle et affaiblissant leur capacité à retenir les glaciers.

Des canaux sous-glaciaires, une bombe à retardement climatique

L’équipe norvégienne a étudié en détail la barrière de Fimbulisen, une plateforme de glace située en Antarctique oriental. Leurs observations, publiées dans la revue Nature Communications, révèlent que la face inférieure de cette barrière présente des sillons ressemblant à des canaux. Ces structures, invisibles depuis la surface, piègent l’eau océanique chaude et l’empêchent de s’écouler rapidement. Résultat : une fonte accélérée de la glace par en dessous.

« Même de faibles quantités d’eau chaude peuvent s’accumuler dans ces canaux et provoquer une fonte bien plus rapide que prévu », explique Tore Hattermann, chercheur au iC3 et auteur principal de l’étude. À mesure que ces sillons s’élargissent, ils fragilisent l’ensemble de la plateforme, augmentant le risque d’effondrement partiel ou total. Un phénomène que les modèles climatiques actuels ne prennent pas en compte, alors qu’il pourrait devenir de plus en plus fréquent.

« Les modèles climatiques actuels ne prennent pas en compte cet effet. Cela signifie qu’ils risquent de sous-estimer la sensibilité des plateformes de glace "froides" le long de la côte de l’Antarctique oriental aux petites variations ou au réchauffement des eaux côtières. De tels changements ont déjà été observés et devraient s’accentuer à l’avenir. »
— Tore Hattermann, chercheur au centre de recherche polaire iC3 de Tromsø

Un risque sous-estimé pour les côtes du monde entier

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) alerte depuis des années sur l’instabilité des plateformes de glace, un risque majeur susceptible de déclencher une élévation du niveau de la mer bien plus rapide que ne le prévoient les modèles actuels. Si toute la glace de l’Antarctique venait à fondre, le niveau des mers s’élèverait de près de 60 mètres, submergeant des villes côtières, des îles et des régions entières. Cette menace, autrefois jugée lointaine, pourrait se concrétiser plus tôt que prévu en raison de mécanismes encore mal compris.

Les conséquences ne se limiteraient pas à la montée des eaux. Les écosystèmes marins autour de l’Antarctique pourraient être profondément perturbés par les changements dans l’apport d’eau de fonte. Les politiques publiques, quant à elles, devront s’adapter à une réalité où la vitesse de la montée des eaux est mal évaluée. « Jusqu’où, et surtout à quelle vitesse, la mer viendra-t-elle redessiner nos côtes ? » s’interrogent les scientifiques. Une question à laquelle cette étude apporte un éclairage nouveau, mais inquiétant.

Et maintenant ?

Les résultats de cette étude soulignent l’urgence de réviser les modèles climatiques pour intégrer ces nouveaux paramètres. Les chercheurs norvégiens appellent à une surveillance accrue des plateformes de glace « froides », comme celle de Fimbulisen, afin d’anticiper les prochaines phases de fonte accélérée. D’ici à 2030, de nouvelles données satellites et des missions robotisées sous la glace devraient permettre d’affiner ces prédictions. En attendant, les côtes du monde entier restent sous la menace d’une élévation des eaux plus rapide que prévu, un scénario qui pourrait devenir réalité bien avant la fin du siècle.

Cette découverte intervient alors que la hausse du niveau des océans s’accélère déjà, comme l’a révélé la Nasa en 2023. Les mécanismes identifiés en Antarctique pourraient donc s’ajouter à d’autres facteurs, comme l’expansion thermique des océans ou la fonte des glaciers alpins, pour aggraver la situation. Les prochaines années seront déterminantes pour évaluer l’ampleur réelle de ce phénomène et adapter les stratégies d’adaptation.

Ces canaux, ou sillons, agissent comme des pièges à eau chaude. Au lieu de s’écouler rapidement vers l’océan, l’eau chaude stagne sous la glace et accélère sa fonte par en dessous. Plus les canaux s’élargissent, plus la fonte devient importante, fragilisant l’ensemble de la plateforme.

Les deltas fluviaux (comme celui du Gange ou du Mékong), les petites îles du Pacifique et de l’océan Indien, ainsi que des villes côtières densément peuplées (New York, Shanghai, Mumbai, Jakarta) sont parmi les plus exposées. En Europe, des régions comme les Pays-Bas ou la Camargue pourraient également être fortement impactées.