D'après RFI, depuis la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024, les autorités de transition syriennes tentent de stabiliser un pays encore profondément marqué par plus d'une décennie de conflit. Malgré les milliards de dollars d'investissements promis à la faveur de la levée progressive des sanctions occidentales, les Syriens, et plus encore les régions historiquement marginalisées, attendent des résultats tangibles. Ces dernières semaines, leur frustration a atteint un point de rupture, s'exprimant par une colère ouverte envers les nouvelles autorités.

Ce qu'il faut retenir

  • La chute de Bachar el-Assad en décembre 2024 a ouvert une phase de transition politique et économique en Syrie.
  • Des milliards de dollars d'investissements ont été promis par les pays occidentaux après la levée partielle des sanctions.
  • Les régions marginalisées sous l'ancien régime — souvent rurales ou périphériques — dénoncent l'absence de retombées concrètes.
  • Des manifestations récentes ont éclaté, exigeant des comptes auprès des autorités de transition.
  • Ces tensions surviennent dans un contexte de reconstruction encore très inégal selon les territoires.

Une transition politique en quête de crédibilité

Deux ans après la chute du régime de Bachar el-Assad, la Syrie tente de se reconstruire sur les décombres d'un conflit dévastateur. Le gouvernement de transition, mis en place après la victoire des forces rebelles, a hérité d'un pays exsangue, où infrastructures et économie avaient été méthodiquement détruites. RFI souligne que la levée progressive des sanctions internationales, notamment celles imposées par les États-Unis et l'Union européenne, devait permettre un afflux de capitaux étrangers pour relancer l'économie. Pourtant, ces promesses peinent à se matérialiser sur le terrain.

Parmi les premières mesures prises figuraient des engagements chiffrés pour financer la reconstruction. Des fonds estimés à plus de 50 milliards de dollars avaient été évoqués lors de conférences internationales, notamment celle de Bruxelles en mars 2025. Pour les autorités, ces annonces devaient symboliser un nouveau départ. Pourtant, sur le terrain, les Syriens restent dubitatifs, d'autant que les régions les plus pauvres — celles qui avaient été délibérément négligées par le régime d'Assad — n'ont vu aucune amélioration tangible.

Les régions oubliées montent au créneau

C'est dans ce contexte que les frustrations se sont cristallisées ces dernières semaines. Dans des villes comme Deir ez-Zor, Raqqa ou encore Idleb, des manifestations ont éclaté pour réclamer des investissements urgents dans les services publics, l'emploi et les infrastructures de base. Ces régions, déjà sous-financées avant la guerre, avaient subi de plein fouet les opérations militaires, les sièges et les bombardements. Aujourd'hui, leurs habitants estiment que les promesses de développement ne leur sont pas destinées.

« Nous avons entendu les discours sur la reconstruction, mais où sont les écoles, les hôpitaux et les routes ? » s'est insurgé un habitant de Raqqa, cité par RFI. Ces revendications ont été relayées par des représentants locaux, qui exigent que les fonds promis soient alloués en priorité aux zones les plus sinistrées. Les autorités de transition, pour leur part, invoquent des retards administratifs et la complexité de la levée des sanctions. Mais cette justification ne suffit plus aux populations, dont la colère grandit.

Un gouvernement sous pression

Face à cette grogne, le gouvernement de transition tente de réagir, sans pour autant disposer des leviers nécessaires pour répondre immédiatement à toutes les demandes. Le Premier ministre, Hussein Arnous, a reconnu lors d'une conférence de presse le 15 mai 2026 que « l'application des promesses prendra du temps ». Il a ajouté que « la priorité était donnée aux zones où la situation humanitaire reste critique », mais sans préciser de calendrier ni de montants alloués.

Selon des observateurs cités par RFI, cette situation expose le gouvernement à un double risque : celui d'une radicalisation des populations marginalisées et celui d'une perte de légitimité face à une opposition qui pourrait instrumentaliser leur mécontentement. Certains craignent même que des groupes radicaux, profitant du vide politique, ne gagnent en influence dans ces régions.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios pourraient se dessiner dans les prochains mois. D'abord, une accélération des projets pilotes dans les zones les plus tendues, avec des annonces concrètes d'investissements d'ici l'automne 2026. Ensuite, une possible escalade des tensions si aucune mesure tangible n'est prise, ce qui pourrait pousser les autorités à déployer des dispositifs sécuritaires renforcés. Enfin, la tenue d'une nouvelle conférence internationale sur la Syrie, prévue pour décembre 2026, pourrait servir de catalyseur pour débloquer de nouveaux fonds — à condition que les promesses soient cette fois assorties de mécanismes de suivi.

Une chose est sûre : pour les Syriens des régions marginalisées, l'heure n'est plus aux discours. L'attente de résultats concrets pourrait bien déterminer la stabilité future du pays.

D'après les déclarations des autorités, la priorité est donnée aux zones où la situation humanitaire reste critique, notamment celles ayant subi des destructions massives pendant le conflit. Cependant, les critères précis — comme le taux de pauvreté, l'accès à l'eau ou la sécurité — n'ont pas été détaillés publiquement, ce qui alimentent les critiques sur un manque de transparence.