Une simple prise de sang pourrait permettre d’identifier, des années avant l’apparition des premiers symptômes, les personnes présentant un risque accru de développer la maladie d’Alzheimer. Selon Euronews FR, cette piste, issue d’une étude menée par des chercheurs de l’université de Californie à San Francisco (UCSF), ouvre de nouvelles perspectives pour un diagnostic précoce et potentiellement des interventions préventives.
Ce qu'il faut retenir
- Une étude de l’UCSF révèle que des marqueurs sanguins liés à Alzheimer sont associés à des différences cognitives chez des adultes d’âge moyen sans démence.
- Parmi 1 350 participants âgés de 53 à 69 ans, 6 % présentaient des taux élevés des protéines amyloïde et tau, sans pour autant souffrir de démence.
- Ces personnes présentaient des difficultés accrues dans des tâches de planification et de traitement de l’information, selon les chercheurs.
- Les tests sanguins pourraient offrir un diagnostic plus rapide et moins coûteux que les méthodes actuelles comme l’IRM.
- Cependant, ces examens ne sont pas encore adaptés au dépistage systématique, selon les experts.
- Jusqu’à 40 % des cas de démence pourraient être retardés ou évités en agissant sur des facteurs de risque modifiables, souligne l’étude.
La maladie d’Alzheimer, forme la plus répandue de démence, touche aujourd’hui 57 millions de personnes dans le monde, d’après les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) datant de 2021. Chaque année, près de 10 millions de nouveaux cas sont recensés, soulignant l’urgence de développer des outils de détection précoce. Une étude publiée par des chercheurs de l’université de Californie à San Francisco (UCSF) et rapportée par Euronews FR, apporte un éclairage nouveau sur cette problématique. Leurs travaux, centrés sur l’analyse de marqueurs sanguins, suggèrent qu’il serait possible d’identifier des signes avant-coureurs bien avant que les symptômes ne se manifestent.
Les scientifiques ont examiné des échantillons de sang de 1 350 adultes âgés de 53 à 69 ans, sans diagnostic de démence. Leur objectif : détecter la présence de deux protéines, l’amyloïde et la tau, reconnues comme des biomarqueurs caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Résultat : 6 % des participants présentaient des taux élevés de ces deux protéines. Bien que ces individus ne souffrent pas encore de démence, ils affichaient des différences subtiles dans leurs capacités cognitives. Plus précisément, ils réagissaient plus lentement aux informations changeantes — comme les signaux de circulation ou les conversations — et rencontraient davantage de difficultés dans des tâches nécessitant planification, organisation ou prise de décision, telles que la gestion d’un emploi du temps ou des finances.
Cinq ans après cette première analyse, les chercheurs ont réévalué les mêmes participants. Les résultats ont confirmé que ceux présentant des taux élevés de ces protéines avaient connu un déclin plus marqué de leur mémoire verbale et de leur vitesse de traitement de l’information. Pour Kristine Yaffe, autrice principale de l’étude et vice-présidente du département de psychiatrie et de sciences du comportement à l’UCSF, ces observations sont majeures. « Pour certaines personnes qui découvrent qu’elles présentent ces biomarqueurs, les tests pourraient ouvrir une fenêtre pour engager des interventions susceptibles de repousser l’apparition de la maladie d’Alzheimer », a-t-elle déclaré. Selon elle, ces résultats pourraient ainsi permettre d’anticiper des stratégies de prévention personnalisées.
Un outil de diagnostic moins coûteux, mais pas encore prêt pour le dépistage
À l’heure actuelle, le diagnostic de la maladie d’Alzheimer repose principalement sur des examens d’imagerie cérébrale, comme l’imagerie par résonance magnétique (IRM). Or, ces méthodes sont coûteuses et peu accessibles pour une large partie de la population. Les associations de patients dénoncent régulièrement les délais trop longs pour obtenir un diagnostic clair, souvent posé à un stade avancé de la maladie, lorsque les lésions cérébrales sont déjà importantes. Les tests sanguins, s’ils se révèlent fiables, pourraient donc représenter une alternative plus simple et moins onéreuse. « Des analyses de sang pourraient permettre aux patients d’obtenir un diagnostic plus rapide et moins coûteux », estiment les chercheurs dans leur étude.
Pourtant, malgré ces avancées, les experts restent prudents. Tara Spires-Jones, professeure de neurodégénérescence à l’université d’Édimbourg et responsable de division au UK Dementia Research Institute, met en garde contre une interprétation hâtive de ces résultats. « L’inconvénient de ce type de test, c’est qu’il peut être mal interprété comme un ‘j’ai ces protéines dans le cerveau, donc j’ai la maladie d’Alzheimer’, ce qui n’est absolument pas ce que nous disons ici », explique-t-elle. « Cela nous donne donc un signal de ce qui se passe, mais ce n’est qu’une petite partie de l’ensemble. Ce n’est pas un diagnostic en soi. » Pour la spécialiste, ces tests ne doivent pas être considérés comme une solution miracle, mais plutôt comme un outil complémentaire dans l’évaluation du risque.
Actuellement, ces examens sanguins sont déjà approuvés aux États-Unis, mais uniquement pour les personnes présentant déjà des symptômes de la maladie. Ils ne permettent pas non plus de détecter d’autres formes de démence. Les chercheurs insistent donc sur le fait que ces tests ne remplacent pas les méthodes de diagnostic existantes, mais pourraient, à terme, enrichir les pratiques médicales. « Cela nous donne donc un signal de ce qui se passe, mais ce n’est qu’une petite partie de l’ensemble », précise Spires-Jones. En attendant, les associations de patients appellent à une meilleure prise en charge et à un accès facilité aux examens actuels, souvent jugés trop tardifs.
Prévention : agir sur les facteurs de risque modifiables
Au-delà du diagnostic, l’étude de l’UCSF rappelle l’importance des facteurs de risque modifiables dans le développement de la démence. Selon Kristine Yaffe, jusqu’à 40 % des cas de démence pourraient être retardés ou évités en agissant sur des éléments comme la sédentarité, le tabagisme, la dépression, une mauvaise santé cardiovasculaire ou un faible niveau d’activité cognitive. Ces données soulignent l’intérêt d’une approche globale, combinant détection précoce et prévention active. « Pour certaines personnes, ces tests pourraient être une incitation à modifier leur mode de vie », suggère Yaffe.
Cette dimension préventive est d’autant plus cruciale que les traitements actuels de la maladie d’Alzheimer ne permettent que de ralentir la progression des symptômes, sans offrir de guérison. Les associations de patients, souvent en première ligne, plaident depuis des années pour une prise en charge plus précoce. « Il est difficile d’obtenir un diagnostic clair, qui arrive souvent trop tard et à un stade avancé des symptômes », rappellent-elles, insistant sur l’urgence d’améliorer les parcours de soins.
Cette avancée scientifique, si elle se confirme, pourrait marquer un tournant dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer. Elle s’inscrit dans un contexte où les enjeux de santé publique n’ont jamais été aussi pressants. Avec une population mondiale vieillissante et une incidence croissante de la démence, le besoin de solutions innovantes et accessibles n’a jamais été aussi criant. Les prochaines années seront déterminantes pour transformer ces promesses en réalité concrète.
Non. Selon les chercheurs, ces tests ne fournissent qu’un signal d’alerte basé sur la présence de protéines comme l’amyloïde et la tau. Ils ne permettent pas d’établir un diagnostic définitif, car d’autres facteurs entrent en jeu. « Ce n’est qu’une petite partie de l’ensemble », rappelle Tara Spires-Jones. Ils indiquent un risque accru, mais pas une certitude.
L’étude cite la sédentarité, le tabagisme, la dépression, une mauvaise santé cardiovasculaire et un faible niveau d’activité cognitive. Agir sur ces leviers pourrait réduire jusqu’à 40 % des cas de démence, selon les estimations des chercheurs.