Selon Capital, le moral des dirigeants de très petites entreprises (TPE) atteint un niveau historiquement bas. Une enquête menée par la Confédération nationale de l’artisanat des métiers et des services (CNAMS) révèle que 82 % des chefs d’entreprise interrogés expriment des craintes quant à la pérennité de leur activité. Ce chiffre atteint 91 % pour les TPE spécialisées dans l’export. Ces données, dévoilées ce mardi 12 mai 2026, illustrent un climat d’attentisme généralisé au sein du secteur.

Ce qu’il faut retenir

  • 82 % des dirigeants de TPE redoutent pour l’avenir de leur entreprise, un chiffre qui monte à 91 % pour les structures tournées vers l’export.
  • La CNAMS, présidée par Laurent Munerot, alerte sur un ralentissement généralisé des commandes, quel que soit le secteur.
  • Parmi les facteurs d’inquiétude figurent l’instabilité géopolitique, les annonces économiques changeantes et le manque de visibilité politique.
  • La possible revalorisation automatique du SMIC, en cas de dépassement de l’inflation à 2 %, pourrait aggraver la pression sur les marges des entreprises.
  • Laurent Munerot décrit une situation où « tout le monde se replie », ce qui limite les investissements et freine la croissance.

Un baromètre alarmant pour les très petites entreprises

Le baromètre de la CNAMS, réalisé auprès des dirigeants de TPE, dresse un tableau sombre de la conjoncture économique actuelle. 82 % des chefs d’entreprise se déclarent inquiets pour la survie de leur activité, un niveau de pessimisme qui reflète les multiples incertitudes qui pèsent sur le secteur. Pour les entreprises tournées vers l’export, cette proportion grimpe même à 91 %, signe que la dégradation de la situation économique mondiale affecte directement les acteurs locaux. Laurent Munerot, président de la CNAMS, a commenté ces résultats lors d’une intervention sur RMC ce mardi 12 mai 2026, soulignant l’ampleur de la crise de confiance qui traverse le monde entrepreneurial.

Selon lui, cette inquiétude s’explique par une accumulation de facteurs défavorables. La guerre en Iran, dont l’issue reste incertaine, ainsi que les annonces contradictoires de l’administration Trump – dont les positions économiques varient fréquemment –, créent un environnement particulièrement instable. À cela s’ajoutent les hésitations du gouvernement français, notamment lors des négociations autour du 1er mai, et la morosité générale de l’économie, qui pousse les entrepreneurs à adopter une attitude de repli.

Un repli des commandes et des investissements

La baisse généralisée des commandes, quel que soit le secteur d’activité, constitue l’un des symptômes les plus préoccupants de cette crise. Laurent Munerot explique que « chacun va repousser certains achats, certaines dépenses, certaines livraisons ». Ce phénomène de ralentissement des échanges, qualifié de « repli », a des conséquences directes sur la santé économique des TPE. Moins de commandes signifient moins de revenus, ce qui limite leur capacité à investir et à préparer l’avenir. « Le manque d’investissements, ce n’est pas prévoir l’avenir », rappelle-t-il, insistant sur le fait que sans visibilité à long terme, l’économie pourrait continuer à s’affaiblir.

Cette situation se traduit par une baisse des livraisons et des prestations, quel que soit le métier exercé. Les artisans, commerçants et autres professionnels indépendants constatent une contraction de leur activité, souvent sans possibilité de compenser par de nouvelles opportunités. Laurent Munerot insiste sur le caractère systémique de ce phénomène : « Les commandes sont en baisse quel que soit le métier, quel que soit le secteur d’activité ». Autant dire que personne n’est épargné par cette tendance.

Le spectre de la revalorisation automatique du SMIC

Parmi les menaces immédiates qui pèsent sur les TPE, la possible revalorisation automatique du SMIC en cas de dépassement de l’inflation à 2 % figure en bonne place. Selon Laurent Munerot, cette mesure, bien que socialement justifiée, pourrait fragiliser encore davantage les entreprises déjà sous pression. « Il y a des professions où les tarifs sont réglementés, il y a des professions où il y a de la concurrence effrénée qui fait qu’on ne peut pas augmenter », explique-t-il. Pour les entreprises concernées, une hausse des coûts salariaux ne pourra pas toujours être répercutée sur les prix, ce qui risque d’éroder leurs marges déjà fragiles.

Cette problématique touche particulièrement les secteurs où les marges sont faibles ou où la concurrence est intense. Dans ces conditions, une augmentation des charges fixes, comme les salaires, peut devenir ingérable. « Les entreprises incapables de répercuter immédiatement ces augmentations sur leurs prix » se retrouveraient ainsi dans une situation délicate, voire intenable, selon le président de la CNAMS. Ce scénario illustre les tensions entre les impératifs sociaux et les réalités économiques des petites structures.

Un climat politique et géopolitique particulièrement instable

Les dirigeants de TPE pointent également du doigt l’instabilité du contexte politique et géopolitique. Entre les crises internationales, comme celle en Iran, et les annonces économiques erratiques de certains gouvernements, les entrepreneurs manquent cruellement de repères. Laurent Munerot évoque notamment les « atermoiements du gouvernement », notamment lors des discussions autour du 1er mai, qui ont contribué à alimenter le doute chez les chefs d’entreprise.

Cette instabilité se répercute sur la prise de décision des entrepreneurs. Face à l’absence de visibilité, beaucoup préfèrent adopter une posture attentiste, reportant les investissements et les embauches. « Tout le monde attend », résume Laurent Munerot, soulignant que cette paralysie collective aggrave la situation économique. Sans signal clair de la part des pouvoirs publics ou de la conjoncture internationale, les TPE peinent à se projeter dans l’avenir, ce qui renforce encore le cercle vicieux de la baisse d’activité.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient influencer l’évolution de cette crise. D’abord, la publication des prochains indicateurs économiques, prévue d’ici la fin du mois de mai, devrait apporter des éléments de réponse sur la trajectoire de l’inflation. Ensuite, les décisions du gouvernement concernant le SMIC et les mesures de soutien aux TPE seront scrutées de près. Enfin, l’évolution de la situation géopolitique, notamment en Iran et aux États-Unis, pourrait soit atténuer, soit aggraver les craintes des dirigeants. Dans tous les cas, la capacité des pouvoirs publics à restaurer un climat de confiance sera déterminante pour inverser la tendance.

La situation des TPE reste donc suspendue à plusieurs facteurs, dont aucun ne garantit à ce stade une amélioration rapide. Pour l’heure, les dirigeants, déjà sous pression, continuent de naviguer à vue, dans l’attente de jours meilleurs.

Selon l’enquête de la CNAMS, les TPE tournées vers l’export sont les plus touchées, avec 91 % des dirigeants exprimant des craintes pour leur activité. Viennent ensuite les secteurs où les marges sont faibles ou où la concurrence est intense, rendant toute augmentation de prix difficile. Les artisans et les commerçants indépendants figurent également parmi les plus vulnérables, en raison de leur exposition directe aux fluctuations du pouvoir d’achat des ménages.