Un convoi d’aide humanitaire mené par le nonce apostolique au Liban a été intercepté jeudi 11 juin par l’armée israélienne près du village de Debel, dans le sud du pays. Selon Le Figaro, le véhicule a été contraint de faire demi-tour après avoir été pris sous le feu croisé de tirs de chars et de mitrailleuses, plongeant les occupants dans une situation de tension extrême.
Ce qu'il faut retenir
- Un convoi de 25 camions et plusieurs voitures, transportant des habitants et des denrées, a été bloqué près de Debel par des forces israéliennes.
- Plusieurs tirs de chars et de mitrailleuses ont été enregistrés, sans riposte, créant un climat de panique parmi les occupants.
- Le convoi, mené par le nonce apostolique Paolo Borgia, était organisé avec des ONG comme Caritas et L'Œuvre d'Orient.
- Le parcours avait été coordonné avec la Finul, la force intérimaire de l’ONU au Liban, via le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu de 2024.
- Les populations locales, majoritairement des agriculteurs, restent isolées et privées d’accès à leurs terres, selon Vincent Gelot, directeur de L'Œuvre d'Orient.
Le non-viol d’une heure imposé par les militaires israéliens a forcé le convoi à emprunter un itinéraire alternatif, rallongeant la durée du trajet à plus de douze heures. Un membre du convoi, ayant requis l’anonymat auprès de l’AFP, a rapporté avoir été « nez à nez avec plusieurs chars israéliens » avant d’être stoppé net. « Il y a eu plusieurs tirs de chars et de mitrailleuses vers des positions arrière qu’on n’a pas pu identifier », a-t-il expliqué. « Cela a créé un vent de panique. On ne savait pas si c’était pour nous intimider ou pour viser des positions du Hezbollah. » Aucune riposte n’a été engagée depuis le convoi.
Ni l’armée israélienne ni le Vatican n’ont réagi dans l’immédiat aux sollicitations de l’AFP. Le convoi, qui comptait une vingtaine de véhicules, transportait à la fois des denrées alimentaires et des habitants souhaitant regagner leurs villages frontaliers avec Israël. Ces localités, majoritairement chrétiennes, sont aujourd’hui en première ligne d’un conflit qui oppose l’État hébreu au Hezbollah, milice pro-iranienne.
Des villages chrétiens pris en étau entre deux feux
Les habitants de ces zones frontalières refusent pour la plupart d’évacuer, malgré les appels répétés de l’armée israélienne. Leur situation est d’autant plus précaire qu’ils sont désormais coupés du reste du pays. « Les populations qui ont choisi de rester dans ces villages sont complètement isolées, privées de ressources car la plupart sont des agriculteurs sans accès à leurs champs », a souligné Vincent Gelot, directeur de L'Œuvre d'Orient pour le Liban et la Syrie. « Ces villages, situés dans des zones à évacuer, sont menacés de disparaître. »
Les représentants des localités chrétiennes frontalières ont appelé mardi l’État libanais à « ouvrir des couloirs humanitaires », dénonçant des routes désormais « coupées ou extrêmement dangereuses ». Leur isolement s’est encore accentué après un drame survenu le 2 juin : une étudiante a été tuée avec son père et son frère dans une frappe de drone israélien visant leur voiture alors qu’ils rentraient de Beyrouth, où elle passait des examens universitaires.
« Les populations qui ont fait le choix de rester sont complètement isolées du reste du pays. Elles sont privées de ressources parce que la plupart sont des agriculteurs. Ils n’ont pas accès à leurs champs. »
Un itinéraire sous haute tension, coordonné avec l’ONU
Le trajet initial du convoi avait été planifié en coordination avec la Finul, la Force intérimaire des Nations unies au Liban. Ce mécanisme, mis en place après la guerre de 2024 entre Israël et le Hezbollah, vise à surveiller le respect du cessez-le-feu. Pourtant, malgré cette procédure, l’interception par l’armée israélienne a démontré la fragilité des garanties de sécurité dans la région.
Le convoi a finalement pu atteindre sa destination après avoir contourné les zones de tension, mais au prix d’un retard significatif. « On a été bloqués pendant près d’une heure, puis obligés de prendre un autre itinéraire plus long pour parvenir à destination après douze heures de route », a précisé la source anonyme. Cette interruption illustre les défis logistiques et humains auxquels font face les organisations humanitaires dans un contexte de guerre prolongée.
Un conflit qui s’enlise et des civils en première ligne
Le sud du Liban est le théâtre d’affrontements quasi quotidiens depuis le début des hostilités entre Israël et le Hezbollah, qui s’est intensifié depuis octobre 2023. Les frappes israéliennes ciblent régulièrement des positions attribuées au mouvement chiite, tandis que les représailles du Hezbollah visent des zones frontalières israéliennes. Les civils, en particulier dans les villages frontaliers, paient un lourd tribut à cette escalade.
Le drame du 2 juin n’est pas isolé. Plusieurs incidents similaires ont été recensés ces dernières semaines, illustrant l’impossibilité pour les habitants de circuler en toute sécurité. « Les routes les desservant sont désormais coupées ou extrêmement dangereuses », ont alerté les représentants des localités chrétiennes dans un appel public. Leur demande d’ouverture de corridors humanitaires reste pour l’instant sans réponse concrète.
Les prochaines heures seront déterminantes pour évaluer l’impact de cet incident sur les négociations en cours. Les réactions du Vatican et d’Israël, si elles interviennent, pourraient apporter des éclaircissements sur les intentions des parties en présence. En attendant, les habitants des villages frontaliers restent livrés à eux-mêmes, dans l’incertitude la plus totale.
Selon les informations rapportées par Le Figaro, les forces israéliennes n’ont pas communiqué de justification officielle. Le membre du convoi a évoqué des tirs de chars et de mitrailleuses sans riposte, créant un climat de panique, mais sans préciser si l’interception visait spécifiquement le convoi ou s’inscrivait dans un contexte de tensions militaires plus large. Aucune riposte n’a été engagée depuis le convoi.